‹ Sicle de Louis XIVChapitre 383 sur 447 · Ceci n’est pas tout à fait exact · texte numérisé non relu

Ceci n’est pas tout à fait exact

Colbert, voulant prévenir le retour des calamités dont il avait été le témoin, interdit dès lors l’exportation des grains, ou la permit avec des droits ou même

sans droits, suivant l’appréciation que le gouvernement ferait chaque année de la récolte. De 1669 à 1683, l’exportation fut autorisée neuf années sur quatorze, et encore ce fut en temps de guerre. Mais les restrictions, les obstacles de toute nature mis au commerce des grains à l’intérieur furent malheureusement maintenus.

tracter aucune association pour ce commerce, et à tous particuliers de faire un amas de grains. Ce qui était bon dans une disette passagère devenait pernicieux à la longue, et décourageait tous les agriculteurs. Casser un tel arrêt, dans un temps de crise et de préjugés, c’eût été soulever les peuples.

Le ministre n’eut d’autres ressources que d’acheter chèrement chez les étrangers les mêmes blés que les Français leur avaient précédemment vendus dans les années d’abondance. Le peuple fut nourri, mais il en coûta beaucoup à l’État; et l’ordre que M. Colbert avait déjà remis dans les finances rendit cette perte légère.

La crainte de retomber dans la disette ferma nos ports à l’exportation du blé. Chaque intendant, dans sa province, se fit même un mérite de s’opposer au transport des grains dans la province voisine. On ne put dans les bonnes années vendre scs grains que par une requête au conseil. Cette fatale administration semblait excusable par l’expérience du passé. Tout le conseil craignait que le commerce du blé ne le forçât de racheter encore à grands frais des autres nations une denrée si nécessaire, que l’intérêt et l’imprévoyance des cultivateurs auraient vendue à vil prix.

Le laboureur alors, plus timide que le conseil, craignit de se ruiner à créer une denrée dont il ne pouvait espérer un grand profit; et les terres ne furent pas aussi bien cultivées qu’elles auraient dû l’être. Toutes les autres branches de l’administration étant florissantes empêchèrent Colbert de remédier au défaut de la principale.

C’est la seule tache de son ministère; elle est grande; mais ce qui l’excuse, ce qui prouve combien il est malaisé de détruire les préjugés dans l’administration française, et comme il est difficile de faire le bien, c’est que cette faute, sentie par tous les citoyens habiles, n’a été réparée par aucun ministre, pendant cent années entières, jusqu’à l’époque mémorable de 1764, où un ministère^ plus éclairé a tiré la France d’une misère profonde en rendant le commerce des grains libre, avec des restrictions à peu près semblables à celles dont on use en Angleterre.

Colbert, pour fournir à la fois aux dépenses des guerres, des

1. Le contrôleur général de Laverdy décréta alors la liberté du commerce des grains, sous les auspices du ministre Choiseul; elle fut de nouveau suspendue par l’abbé Terray, en 1770, puis

rétablie par Turgot, en 1776, malgré l’opposition du Parlement, au milieu des intrigues et des émeutes, qui finirent par le renverser.

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