C’est un peu trop absolu
2. « Au tome IV, page 136, des Mémoires de il/™* de Maintenon, on trouve que la capitation « rendit au delà des « espérances des fermiers. » Jamais il n’y a eu de ferme de la capitation. 11 est dit « que les laquais de Paris allèrent à «l’Hôtel de ville prier qu’on » les imposât à la capitation. » Ce conte ridicule se détruit de lui-même ; les maîtres payèrent toujours pour leurs domestiques. » (Note de Voltaire.)
3. La capitation fut établie, après beaucoup d’hésitations, par Pontchartrain, en janvier 1695 ; l’idée venait de l’intendant du Languedoc, Lamoignon de Basville. Toute la population fut divisée en vinct-deux classes, depuis le
dauphin jusqu’aux paysans et aux artisans ; dans la première classe, on payait 2,000 fr. par tête; les autres, dans une proportion décroissante ; l’impôt produisit 21 millions. La capitation supprimée en 1698, fut rétablie dès 1701.
4. On appela d’abord maltôte (male tollere) tout impôt illégalement levé puis toute espèce d’impôts, mais avec un sens injurieux. Les percepteurs de de l’impôt furent des maltôtiers,
5-Vauban avait proposé de remplacer par la dime royale presque tous les impôts; Desmarets, en les conservant tous, fit décréter que tous les citoyens payeraient le dixième de leur revenu brut (7 octobre 1710). On promit que la dime serait supprimée à la paix.
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relira pas vingt-cinq millions annuels, à quarante francs le marc.
Colbert avait peu changé la valeur numéraire des monnaies. Il vaut mieux ne la point changer du tout. L’argent et l’or, ces gages d’échange, doivent être des mesures invariables. Il n’avait poussé la valeur numéraire du marc d’argent, de vingtsix francs où il l’avait trouvée, qu’à vingt-sept et à vingt-huit; et après lui, dans les dernières années de Louis XIV, on étendit cette dénomination jusqu’à quarante livres idéales ressource fatale, par laquelle le roi était soulagé un moment pour être ruiné ensuite; car, au lieu d’un marc d’argent, on ne lui en donnait presque plus que la moitié. Celui qui devait vingtsix livres en 1G68 donnait un marc, et qui devait quarante livres ne donnait qu’à peu près ce même marc en 1710. Les diminutions qui suivirent dérangèrent le peu qui restait de commerce autant qu’avait fait l’augmentation.
On aurait trouvé une ressource dans un papier de crédit; mais ce papier doit être établi dans un temps de prospérité pour se soutenir dans un temps malheureux.
Le ministre Chamillart commença, en 1706, à payer en billets de monnaie, en billets de subsistance, d’ustensile - ; et comme cette monnaie de papier n’était pas reçue dans les coffres du roi, elle fut décriée presque aussitôt qu’elle parut. On fut réduit à continuer de faire des emprunts onéreux, à consommer d’avance quatre années dos revenus de la couronne^.
On fit toujours ce qu’on appelle des affaires extraordinaires : on créa des charges ridicules, toujours achetées par ceux qui veulent se mettre à l’abri de la taille; car l’impôt de la taille
1. C’est-à-dire que le marc d’argent fut censé valoir 40 livres au lieu de 27 livres; mais c’était en apparence, en idée.
2. Les billets de monnaie étaient des billets donnés aux particuliers en échange des vieilles pièces qu’ils portaient à la Monnaie, à l’époque des refontes. Les billets de subsistance et d’ustensile étaient donnés pour promettre le payement des provisions et objets nécessaires qu’on fournissait aux troupes de passage dans une ville.
3. « II est dit dans l’histoire écrite par La Ilode, et rédigée sous le nom de La Martinièrc, qu’il en coûtait soixantedouze pour cent pour le change dans les guerres d’Italie. C’est une absurdité. Le fait est que M. de Cha-
millart, pour payer les armées, se servit du crédit du chevalier Bernard. Ce ministre croyait, par un ancien préjugé, qu’il ne fallait pas que l’argent sortit du royaume, comme si l’on donnait cet argent pour rien, et comme s'il était possible qu'une nation débitrice à uno autre, et qui ne s’acquitte pas en effets commerçables, ne payât point en argent comptant : ce ministre donnait au banquier huit pour cent de profit, à condition qu’on payât l’étranger sans faire sortir de l’argent de France. 11 payait outre cela le change, qui allait à cinq ou six pour cent de perte ; et le banquier était obligé, malgré sa promesse, de solder son compte en argent avec l'étranger, ce qui produisait une perte considérable. » (Note de Voltaire).
étant avilissant en France, et les hommes étant nés vains ^ l’appât qui les décharge de cette honte fait toujours des dupes, et les gages considérables attachés à ces nouvelles charges invitent à les acheter dans des temps difficiles, parce qu’on ne fait pas réflexion qu’elles seront supprimées dans des temps moins fâcheux. Ainsi, en 1707, on inventa la dignité des conseillers du roi rouleurs et courtiers de vin, et cela produisit cent quatrevingt mille livres. On imagina des greffiers royaux, dés subdélégués des intendants des provinces. On inventa des conseillers du roi contrôleurs aux empilements des bois, des conseillers de police, des charges de barbiers-perruquiers, des contrôleursvisiteurs de beurre frais, des essayeurs de beurre salé. Ces extravagances font rire aujourd’hui; mais alors elles faisaient pleurer.
Le contrôleur général Desmarets, neveu de l’illustre Colbert, ayant en 1708 succédé à Chamillart, ne put guérir un mal que tout rendait incurable.
La nature conspira avec la fortune pour accabler l’État. Le cruel hiver de 1709 força le roi de reînettre aux peuples neuf millions de tailles dans le temps qu’il n’avait pas de quoi payer ses soldats. La disette des denrées fut si excessive, qu’il en coûta quarante-cinq millions pour les vivres de l’armée. La dépense de cette année 1709 montait à deux cent vingt et un millions, et le revenu ordinaire du roi n’en produisit pas quarante-neuf. Il fallut donc ruiner l’État pour que les ennemis ne s’en rendissent pas les maîtres. Le désordre s’accrut tellement, et fut si peu réparé, que longtemps après la paix, au commencement de l’année 1715, le roi fut obligé de faire négocier trente-deux millions de billets, pour en avoir huit en espèces. Enfin, il laissa à sa mort deux milliards six cents millions de dettes, à vingt-huit livres le marc, à quoi les espèces se trouvèrent alors réduites, ce qui fait environ quatre milliards cinq cents millions de notre monnaie courante en 1760.
Il est étonnant, mais il est vrai que cette immense dette n’aurait point été un fardeau impossible à soutenir^, s’il y avait
1. «Toutes les fois, disait Pontchartrain au roi, que Votre Majesté crée un office, Dieu crée un sot pour l’acheter.» Outre ces charges ridicules et onéreuses nouvellement inventées, on vendit les fonctions de toute nature dans les tribunaux, l’industrie, les municipalités des villes, on vendit des augmentations de
^ages considérables aux anciens fonctionnaires, etc.
2. Cette dette immense a été cependant l’une des grandes causes des embarras du gouvernement au xviiie siècle, et l’une des principales raisons de la Révolution française.