‹ Sicle de Louis XIVChapitre 399 sur 447 · CHAPITRE XXXlî · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXlî

ampoulées ; il écrivait au premier cardinal de Retz : <( Vous venez de prendre le sceptre des rois et la livrée des roses. » 11 écrivait de Rome à Boisrobert^ en parlant des eaux de senteur : (( Je me sauve à la nage dans ma chambre, au milieu des parfums. » Avec tous ces défauts, il charmait l’oreille. L’éloquence a tant de pouvoir sur les hommes, qu’on admira Balzac dans son temps pour avoir trouvé cette petite partie de l’art ignorée et nécessaire, qui consiste dans le choix harmonieux des paroles, et même pour l'avoir employée souvent hors de sa place.

Voiture donna quelque idée des grâces légères de ce style, épistolaire qui n’est pas le meilleur, puisqu’il ne consiste que dans la plaisanterie 2. C’est un baladinage que deux tomes de lettres dans lesquelles il n’y en a pas une seule instructive, pas une qui parte du cœur, qui peigne les mœurs du temps et les caractères des hommes; c’est plutôt un abus qu’un usage de l’esprit.

La langue commençait à s’épurer et à prendre une forme constante. On en était redevable à l’académie française, et surtout à Vaugelas. Sa traduction de Quinte-Curce, qui parut en 1646, fut le premier bon livre écrit purement; et il s’y trouve peu d’expressions et de tours qui aient vieilli^.

Olivier Patru^, qui le suivit de près, contribua beaucoup à régler, à épurer le langage; et, quoiqu’il ne passât pas pour un avocat profond, on lui dut néanmoins l’ordre, la clarté, la bienséance, l’élégance du discours, mérites absolument inconnus avant lui au barreau.

leur genre, assez de bon et de mauvais pour former après eux de très-grands hommes en vers et en prose. »

1. Boisrobert (François Le Métel de), né en 1592, mort en^lCGS, bel esprit, poète employé par Richelieu, qui aimait sa gaieté, a beaucoup contribué à rétablissement de l’Académie française. Il a laissé des épîtres, des comédies et des tragi-comédies.

2. Voiture (Vincent), né à Amiens en 1598, mort en 1648. C’est le premier dit Voltaire, qui fut en France ce qu’on appelle un bel esprit. Il n’eut guère que ce mérite dans ses écrits, sur lesquels on ne peut se former le goût; mais ce mérite était alors très-rare. Au xvii® siècle, il était beaucoup plus admiré : « Je ne sais, a dit La Bruyère, si l’on pourra jamais mettre dans des lettres plus d’esprit, plus de tour, plus d’agrément et plus de style que l’on en voit dans celles

de Balzac et de Voiture. — Balzac, pour les termes etpour l’expression, est moins vieux que Voiture ; mais si ce dernier, pour le tour, pour l’esprit et pour le naturel n’est pas moderne et ne ressemble en rien à nos écrivains, c’est qu’il leur a été plus facile de le négliger que de l’imiter. » La réputation de Voiture est bien tombée depuis lors, et avec raison.

3. Vaugelas (Claude-Favre de), né en 1585, mort en 1650, est un des premiers qui ont épuré et réglé la langue. Il retoucha pendant trente ans sa traduction de Quinte-Curce. (Voltaire.)

4. Patru, né à Paris en 1604, mort en 1681. 11 est plus célèbre comme avocat que comme écrivain; il a cependant publié des remarques estimées sur la langue française; elles font suite à celles de Vaugelas.

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Un des ouvrages qui contribuèrent le plus à former le goût de la nation, et à lui donner un esprit de justesse et de précision, fut le petit recueil des Maximes de François duc de La Rochefoucauld L Quoiqu’il n’y ait presque qu’une vérité dans ce livre, qui est que V amour-propre est le mobile de tout, cependant cette pensée se présente sous tant d’aspects variés, qu’elle est presque toujours piquante. C’est moins un livre que des matériaux pour orner un livre. On lut avidement ce petit recueil; il accoutuma à penser et à renfermer ses pensées dans un tour vif, précis et délicat. C’était un mérite que personne n’avait eu avant lui en Europe, depuis la renaissance des lettres.

Un des premiers qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente fut le P. Bourdaloue, vers l’an 1668^. Ce fut une lumière nouvelle. Il y a eu après lui d’autres orateurs de la chaire, comme le P. Massillon, évêque de Clermont*, qui ont répandu dans leurs discours plus de grâces, des peintures plus fines et plus pénétrantes des mœurs du siècle ; mais aucun ne l’a fait oublier. Dans son style plus nerveux que fleuri, sans aucune imagination dans l’expression, il paraît vouloir plutôt convaincre que toucher, et jamais il ne songe à plaire.

Peut-être serait-il à souhaiter qu’en bannissant de la chaire le mauvais goût qui l’avilissait, il en eût banni aussi cette coutume de prêcher sur un texte. En effet, parler longtemps sur une citation d’une ligne ou deux, se fatiguer à compasser tout son discours sur cette ligne, un tel travail paraît un jeu peu digne de la gravité de ce ministère. Le texte devient une espèce de devise, ou plutôt d’énigme, que le discours développe. Jamais les Grecs et les Romains ne connurent cet usage. C’est dans la décadence des lettres qu’il commença, et le temps l’a consaeré.

La Rochefoucauld. — Voyez page 46, note 4.

2. Bourdaloue (Louis), né à Bourges en 1632, jésuite, le premier modèle des bons prédicateurs en Europe, mort en 1704. (Voltaire.) « C’est l’athlète de la raison combattant pour la foi. » (Villemain.) Il prêcha dix carêmes de suite devant Louis XIV : « Il était d’une force à faire trembler les courtisans...

Il m’a souvent ôté la respiration par l’extrême attention avec laquelle on est pendu à la force et à la justesse de ses discours. » (M“® de Sévigné.) « Mais il n’a rien d’affectueux, de sensible, dit Fénelon. Ce sont des raisonnements

qui demandent de la contention d'esprit. »

3. Massillon, né en Provence en 1663, de l’Oratoire, évêque de Clermont. Le prédicateur qui a le mieux connu le monde, plus fleuri que Bourdaloue, plus agréable, et dont l’éloquence sent l’homme de cour, l’académicien et l’homme d’esprit. Mort en 1742. (Voltaire.) O Son Avent et son Carême, prêchés à Versailles devant Louis XIV, sont une suite de chefs-d’œuvre; le Petit- Carême, prêché devant le jeune Louis XV, en 1718, est plus remarquable encore. »

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