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hem de Castro, et en plusieurs endroits une traduction ^ Ginna^ qui le suit, était unique. J’ai connu un ancien domestique’^ de la maison de Condé, qui disait que le grand Condé, à l’âge de vingt ans, étant à la première représentation de Cinna^ versa des larmes à ces paroles d’Auguste :
Je suis maître de moi comme de Tunivers;
Je le suis, je veuxTètre. O siècle! ô mémoire I Conservez à jamais ma dernière victoire.
Je triomphe aujourd’hui du plus juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu’à vous :
Soyons amis, Ginna ; c’est moi qui t’en convie.
C’étaient là des larmes de héros. Le grand Corneille faisant pleurer le grand Condé d’admiration est une époque bien célèbre dans riiistoire de l’esprit humain
La quantité de pièces indignes de lui qu’il fit plusieurs années après n’empêcha pas la nation de le regarder comme un grand homme, ainsi que les fautes considérables d’Homère n ont jamais empêché qu’il ne fut sublime. C’est le privilège du vrai génie, et surtout du génie qui ouvre une carrière, de faire impunément de grandes fautes.
Corneille s’était formé tout seul ; mais Louis XIV, Colbert, Sophocle et Euripide contribuèrent tous à former Racine. Une ode qu’il composa à l’âge de dix-huit ans^ pour le mariage du roi, lui attira un présent qu’il n’attendait pas, et le détermina à la poésie. Sa réputation s’est accrue de jour en jour, et celle des ouvrages de Corneille a un peu diminué. La raison en est que Racine, dans tous ses ouvrages, depuis son Alexandre, est toujours élégant, toujours correct, toujours vrai, qu’il parle au cœur, et que l’autre manque trop souvent à tous ses devoirs. Racine passa de bien loin et les Grecs et Corneille dans l’intelligence des passions, et porta la douce harmonie de la poésie, ainsi que les grâces de la parole, au plus haut point où elles puissent parvenir®. Ces hommes enseignèrent à la nation à
1. « Il y avait deux tragédies espagnoles sur ce sujet : le Cid de Guilhem de Castro, et el Honrador de su padre de Jean-Baptiste Diamante. Corneille imita autant de scènes de Diamante que de Castro. » (Note de Voltaire.)