On dirait de nos jours un homme de talent
los premiers pas sont faits, alors les génies se développent , l’émulation, la faveur publique prodiguée à ces nouveaux efforts, excitent tous les talents. Chaque artiste saisit en son genre les beautés naturelles que ce genre comporte. Quiconque approfondit la théorie des arts purement de génie doit, s’il a quelque génie lui-même, savoir que ces premières beautés, ces grands traits naturels qui appartiennent à ces arts, et qui conviennent à la nation pour laquelle on travaille, sont en petit nombre. Les sujets et les embellissements propres aux sujets ont des bornes bien plus resserrées qu’on ne pense. L’abbé Dubos homme d’un très-grand sens, qui écrivait son traité sur la poésie et sur la peinture vers l’an 1719, trouva que dans toute Thistoire de France il n’y avait de vrai sujet de poème épique que la destruction de la Ligue par Henri le Grand L II devait ajouter que les embellissements de l’épopée, convenables aux Grecs, aux Romains, aux Italiens du xv® et du xvi® siècle, étant proscrits parmi les Français, les dieux de la fable, les oracles, les béroi invulnérables, les monstres, les sortilèges, les métamorphoses, les aventures romanesques n’étant plus de saison, les beautés propres au poème épique sont renfermées dans un cercle trèsétroit^. Si donc il se trouve jamais quelque artiste qui s’empare des seuls ornements convenables au temps, au sujet, à la nation et qui exécute ce qu’on a tenté, ceux qui viendront après lui trouveront la carrière remplie.
Il en est de même dans l’art de la tragédie. Il ne faut pas croire que les grandes passions tragiques et les grands sentiments puissent se varier à l’infini d’une manière neuve et frappante. Tout a ses bornes.
La haute comédie a les siennes. Il n’y a dans la nature humaine qu’une douzaine, tout au plus, de caractères vraiment comiques et marqués de grands traits. L’abbé Dubos, faute de génie, croit que les hommes de géuie peuvent encore trouver une foule de nouveaux caractères : mais il faudrait que la nature en fît. Il s’imagine que ces petites différences qui sont daus
i. Dubos (Jean-Baptiste), né eu 1670, mort en 1742, diplomate historien, et critique. i Son Histoire de la Ligue de Cambrai^ dit Voltaire, est profonde, politique, intéressante. Tous les artistes lisent avec fruit ses Réflexions sur la poésie, la peinture et la musique. Ce qui fait la bonté de cet ouvrage, c’est qu’il n’y a que peu d’erreurs et beaucoup de réflexions vraies, nouvelles et profondes.! Son ouvrage le plus important
est ï Histoire critique de rétablissement de la Monarchie française dans les Gaules.
2. On sait que c’est là le sujet du poème épique de Voltaire, la Henriade, et son exemple semble avoir prouvé ju^ qu’ici la difnculté, sinon l’impossibilité, pour les modernes, de réussir dans l'épopée.
3. Voltaire a développé toutes ces idées dans son Essai sur le poème épique.