‹ Sicle de Louis XIVChapitre 415 sur 447 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

n’avaient fait que de faibles progrès en France avant le temps qu’on nomme le siècle de Louis XIV L La musique était au berceau : quelques chansons languissantes, quelques airs de violon, de guitare et de téorbe, la plupart même composés en Espagne, étaient tout ce qu’on connaissait. Lulli^ étonna par son goût et par sa science. Il fut le premier en France qui fit des basses, des milieux et des fugues. On avait d’abord quelque peine à exécuter ses compositions, qui paraissent aujourd’hui si simples et si aisées. Il y a de nos jours mille personnes qui savent la musique, pour une qui la savait du temps de Louis XIII ; et l’art s’est perfectionné dans cette progression. Il n’y a point de grandes villes qui n’ait des concerts publics, et Paris même alors n’en avait pas : vingt-quatre violons du roi étaient toute la musique de la France^.

Les connaissances qui appartiennent à la musique et aux arts qui en dépendent ont fait tant de progrès que, sur la fin du règne de Louis XIV, on a inventé l’art de noter la danse; de sorte qu’aujourd’hui il est vrai de dire qu’on danse à livre ouvert.

Nous avions eu de très-grands architectes du temps de la régence de Marie de Médicis. Elle fit élever le palais du Luxembourg dans le goût toscan, pour honorer sa patrie et pour embellir la nôtre Le même de Brosse, dont nous avons le portail de Saint-Gervais, bâtit le palais de cette reine, qui n’en jouit jamais. Il s’en fallut beaucoup que le cardinal de Richelieu, avec autant de grandeur dans l’esprit, eût autant de goût qu’elle. Le Palais-Cardinal, qui est aujourd’hui le Palais-Royal, en est la preuve Nous conçûmes les plus grandes espérances, quand

1. Nous avons remarqué déjà plus d’une fois cette erreur ou ce préjugé de Voltaire. — Voir page 2, note 6.

2. Lulli ou Lully (Jean-Baptiste de), né à Florence en 1633, mort à Paris en 1687, d’abord employé dans les cuisines de Mademoiselle de Montpensier, devint l’un des musiciens de cette princesse, puis, dès 1653, eut la charge de compositeur de la musique du roi. Très-habile instrumentiste, il composa la musique des ballets ou mascarades de la cour, puis de la plupart des comédies de Molière. Louis XIV ne voulut plus entendre d’autre musique que celle de Lully, et lui donna en 1672 le privilège d’établir une Académie royale de Musique. Associé à Quinault; il créa véritablement l’opéra français, ses compositions sont très-nombreuses :

Alceste^ Atys, Phaéton, Isis, Armide sont les plus célèbres.

3. La bande de vingt-quatre violons du roi existait déjà sous Henri IV; mais ils étaient très-ignorants, et les petits violons ou la bande des seize., créés et dirigés par Lully, les dépassèrent rapidement.

4 En 1612, Marie de Médicis fit construire, sur les terrains qui avaient appartenu au duc de Piney-Luxembourg, sur les dessins de Jacques Desbrosses, un palais remarquable par la beauté de ses proportions et par sa magniû cence ; il fut achevé en 1620 ; Rubens y peignit la chambre à coucher de la reine, et décora les galeries de vingtquatre tableaux.

5. Richelieu fit construire son Palais Cardinal, d’après les dessins de Lemer-

nous vîmes élever cette belle façade du Louvre qui fait tant désirer raclièvement de ce palais L Beaucoup de citoyens ont construit des édifices magnifiques, mais plus recherchés pour l’intérieur que recommandables par des dehors dans le grand goût, et qui satisfont le luxe des particuliers encore plus qu’ils n’embellissent la ville.

Colbert, le Mécène de tous les arts, forma une académie d’architecture en 1671. C’est peu d’avoir des Yitruves il faut que les Augustes les emploient.

Il faut aussi que les magistrats municipaux soient animés par le zèle et éclairés par le goût. S’il y avait eu deux ou trois prévôts des marchands comme le président Turgot^, on ne reprocherait pas à la ville de Paris cet Hôtel de Ville mal construit et mal situé, cette place si petite et si irrégulière, qui n’est célèbre que par des gibets et de petits feux de joie, ces rues étroites dans les quartiers les plus fréquentés, et enfin un reste de barbarie au milieu de la grandeur et dans le sein de tous les arts^.

La peinture commença sous Louis XIII avec le Poussin^. Il ne faut point compter les peintres médiocres qui l’ont précédé. Nous avons eu toujours depuis lui de grands peintres, non pas dans cette profusion qui tait une des richesses de l’Italie : mais sans nous arrêter à un Lesueur®, qui n’eut d’auti'es maîtres que lui-même, à un Lebrun'^, qui égala les Italiens dans le dessin et dans la composition, nous avons eu plus de trente peintres qui ont laissé des morceaux très-dignes de recherches. Les étrangers commencent à nous les enlever. J’ai vu chez un grand roi ® des galeries et des appartements qui ne sont ornés que de

cier, sur l’emplacement des hôtels de Rambouillet et de Mercœur. C’était une habitation très-irrégulière et qui n’avait rien de monumental. Devenu le Palais- Royal en 1642, puis donné par Louis XIV à son frère, il a été depuis changé, reconstruit par les ducs d’Orléans.

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