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Les instituts c'est-à-dire les institutions

3. La guerre civile des deux Bases, c’est-à-dire de la Rose blanche ou de la maison d York contre la Rose rouge ou maison de Lancastre, ensanglanta l’Angleterre de 1455 à 1485.

années entières ; on n’est point étonné de lire dans son épitaphe qu'il a été la gloire du genre humain^ et on le serait beaucoup, si on voyait en ce pays les cendres d’aucun homme d’État honorées d’un pareil titre.

Je voudrais ici pouvoir rendre justice à tous les grands hommes qui ont comme lui illustré leur patrie dans le dernier siècle. J’ai appelé ce siècle celui de Louis XIV, non-seulement parce que ce monarque a protégé les arts beaucoup plus que tous les rois ses contemporains ensemble, mais encore parce qu’il a vu renouveler trois fois toutes les générations des princes de l’Europe. J’ai fixé cette époque à quelques années avant Louis XIV, et à quelques années après lui; c’est en effet dans cet espace de temps que l’esprit humain a fait les plus grands progrès.

Les Anglais ont plus avancé vers la perfection presque en tous les genres depuis 1 660 jusqu’à nos jours, que dans tous les siècles précédents. Je ne répéterai point ici ce que j’ai dit ailleurs de Milton L II est vrai que plusieurs critiques lui reprochent de la bizarrerie dans ses peintures, son paradis des sots, ses murailles d’albâtre qui entourent le paradis terrestre; ses diables qui, de géants qu’ils étaient, se transforment en pygmées pour tenir moins de place au conseil, dans une grande salle toute d’or bâtie en enfer; les canons qu’on tire dans le ciel, les montagnes qu’on s’y jette à la tête; des anges à cheval, des anges qu’on coupe en deux, et dont les parties se rejoignent soudain. On se plaint de ses longueurs, de scs répétitions; on dit qu’il n’a égalé ni Ovide ni Hésiode dans sa longue description de la manière dont la terre, les animaux et l’homme furent formés. On censure ses dissertations sur l’astronomie, qu’on croit trop sèches, et ses inventions qu’on croit plus extravagantes que merveilleuses, plus dégoûtantes que fortes : telles sont une longue chaussée sur le Chaos; le Péché et la Mort amoureux l’un de l’autre, et la Mort qui « lève le nez pour renifler à travers l’immensité du chaos le changement arrivé à la terre, comme un corbeau qui sent les cadavres, » cette Mort qui flaire l’odeur du Péché, qui frappe de sa massue pétrifique sur le froid et sur le sec; ce froid et ce sec avec le chaud et l’humide qui, devenus quatre braves généraux d’armée, conduisent en bataille des embryons d’atomes armés à la légère. Enfin on s'est épuisé sur les critiques, mais on ne s’épuise pas sur les louanges. Milton reste la gloire et

1. Dans le chapitre ix de V Essai sur 1 Henriade^ Voltaire y a été beaucoup la •poésie épique, qui accompagne la | moins sévère à l’égard de Milton.

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Tadmiration de rAügleterre : on le compare a Homère, dont les défauts sont aussi grands ; et on le met au-dessus de Dante, dont les imaginations sont encore plus bizarres ^

Dans le grand nombre des poètes agréables qui décorèrent le règne de Charles II ^ comme les Waller, les comtes de Dorset et de Rocliester, le duc de Buckingham, etc., on distingue le célèbre Dryden^, qui s'est signalé dans tous les genres de poésie : ses ouvrages sont pleins de détails naturels à la fois et brillants, animés, vigoureux, hardis, passionnés, mérite qu’aucun poète de sa nation n’égale, et qu’aucun ancien n’a surpassé. Si Pope*, qui est venu après lui, n’avait pas, sur la fin de sa vie, fait son Essai sur l'homme, il ne serait pas comparable à Dryden.

Nulle nation n’a traité la morale en vers avec plus d’énergie et de profondeur que la nation anglaise-, c’est là, ce me semble, le plus grand mérite de ses poètes.

Il y a une autre sorte de littérature variée, qui demande un esprit encore plus cultivé et plus universel ; c’est celle qu’Addison a possédée ^ ; non-seulement il s’est immortalisé par son Caton, la seule tragédie anglaise écrite avec une élégance et une noblesse continue, mais ses autres ouvrages de morale et de critique respirent le goût : on voit partout le bon sens paré des fleurs de l’imagination; sa manière d’écrire est un excellent modèle en tout pays. Il y a du doyen Swift® plusieurs morceaux dont on ne trouve aucun exemple dans l’antiquité : c’est Rabelais perfectionné.

Les Anglais n’ont guère connu les oraisons funèbres; ce n’est

1 .Voltaire, malgré sa vive intelligence paraît avoir peu compris comme la plu-^ part de ses contemporains, les beautés des littératures étrangères. Il s’est amusé à réunir les bizarreries de Milton, et, quoiqu’il le déclare la gloire et l’admiration de l’Angleterre, on aurait une bien triste idée du Paradis perdu par la caricature qu’en donne Voltaire. La Divine comédie n’est pas mieux jugée ; il y a autre chose que de bizarres imaginations dans la sublime conception du poète florentin.

2. Tout ce que dit Voltaire dans ce chapitre, beaucoup trop court, sur les lettres et les sciences en Europe au xvne siècle est faible et souvent peu précis. Ce n’est pas même une esquisse exacte et spirituelle. Nous renvoyons, pour la littérature anglaise à cette époque, aux leçons 5®, 6® et 7® de M. Villemain [Cours de littérature au xviii® siècle).

3. Dryden, né en 1631, morten 1700, est le chef de l’école française en Angleterre du temps des Stuarts ; c’est, après Shakespeare et Milton, le plus grand poète anglais au xvii® siècle. Il a composé des fables, des drames, des satires, la traduction des Géorgiques et de V Enéide^ etc.

4. Pope, né en 1688, mort en 1744, a composé des pastorales, des odes, des épîtres, des satires, la Forêt de Windsor, une traduction de Vlliade et de V Odyssée, V Essai sur l'homme, etc.

5. Addisson, néen 1672, morten 1719, est l’auteur de nombreux écrits dans 1e Babillard (the Tattler) et le Spectateur ; il a écrit la tragédie de Caton, etc. Voir la page 259, note 4.

6. Le docteur Jonathan Swift (1697- 1745) a beaucoup écrit en prose et en vers. Dans les voyages de Gulliver ( 1 726) il a spirituellement critiqué plusieurs des institutions de son temps.

j.ias la coutume chez eux de louer des rois et des reines dans les églises; mais l’éloquence de la chaire qui était très-grossière à Londres avant Charles II, se forma tout d’un coup. L’éveque Burnet ^ avoue dans ses Mémoires que ce fut en imitant les Français.

Il est encore remarquable que ces insulaires, séparés du reste du monde ^ et instruits si tard, aient acquis pour le moins autant de connaissances de l’antiquité qu’on en a pu rassembler dans Rome, qui a été si longtemps le centre des nations. Marsham^ a percé dans les ténèbres de l’ancienne Égypte. Il n’y a point de Persan qui ait connu la religion de Zoroastre comme le savant Hyde L’histoire de Mahomet et des temps qui le précèdent était ignorée des Turcs, et a été développée par l’Anglais Sale, qui a voyagé si utilement en Arabie.

11 n’y a point de pays au monde où la religion chrétienne ait été si fortement combattue, et défendue si savamment qu’en Angleterre. Depuis Henri VIII jusqu’à Cromwell, on avait disputé et combattu comme cette ancienne espèce de gladiateurs qui descendaient dans l’arène un cimeterre à la main et un bandeau sur les yeux.

C’est surtout en philosophie ^ que les Anglais ont été les maîtres des autres nations. Il ne s’agissait plus de systèmes ingénieux. Les fables des Grecs devaient disparaître depuis longtemps, et les fables des modernes ne devaient jamais paraître®. Le chancelier Bacon avait commencé par dire qu’on devait interroger la nature d’une manière nouvelle, qu’il fallait faire des expériences : Boyle^ passa sa vie à en faire. Ce n’est pas ici le lieu d’une dissertation physique; il suffit de dire qu’après trois

1. L’évêque Gilbert Burnet (1643- 1713) a laissé àes, Mémoires et Vhistoire de la Réfoimiation anglaise.

2. C’est l’expression latine Britanni^ pene toto orbe divisi; elle n’était plus juste au XVII® et au xviii® siècle.

3. Marsham (Sir John), né en 1602, mort en 1683, savant chronologiste, a porté la lumière dans le chaos des dynasties de l’ancienne Egypte. Son principal ouvrage est intitulé : Chronicus canon egyptiacus, hebraicus, græcus^ et disquisüiones,

4. Hyde (Thomas), né en 1636, mort en 1703, célèbre orientaliste. Son ouvrage capital est intitulé : Historia religionis veterum Persarum. Mais, privé des documents les plus essentiels, il a

dû commettre beaucoup d’erreurs, qu’on a reconnues, surtout depuis les travaux d’Anquetil Duperron.

b. Philosophie, c’est-à-dire sciences.

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