‹ Sicle de Louis XIVChapitre 48 sur 447 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Merci sous ses murs avec une année supérieure encore à ia sienne. Gondé avait sous lui deux maréchaux de France, dont ; Fun était Gramont^ et l’autre ce Tureime^, lait maréchal depuis j peu de mois, après avoir servi heureusement en Piémont contre les Espagnols. 11 jetait alors les fondements de la grande réputation qu’il eut depuis. Le prince, avec ces deux généraux, attaqua le camp de Merci retranché sur deux éminences (31 auguste 1644). Le combat recommença trois fois, à troisjours différents^. On dit que le duc d’Enghien jeta son bâton de commandement dans les retranchements des ennemis^, et marcha pour le reprendre, l’épée à la main, à la tête du régiment de Conti. Il fallait peut-être des actions aussi hardies pour mener les troupes à des attaques aussi difficiles. Cette bataille de Fribourg, plus meurtrière que décisive, fut la seconde victoire de ce prince. Merci décampa quatre jours après. Philipsbourg et j Mayence rendus furent la preuve et le fruit de la victoire

Le duc d’Enghien retourne à Paris, reçoit les acclamations du 1 peuple et demande des récompenses à la cour ; il laisse son armée au prince maréchal de Turenne. Mais ce général, tout ha- I bile qu’il est déjà, est battu à MariendaP (4 avril 1645). Le

Treisam, affluent du Rhin, célèbre par son université, était jadis une place très-forte ; elle est dans le grand duché de Bade.

1. Gramont (Antoine III, duc de), né en 1604, maréchal en 1641, mort en 1678. -Il avait la réputation d’un courtisan déliée et il a laissé des Mémoires qui contiennent des détails intéressants sur les faits militaires de cette époque, et sur ses négociations en Allemagne et en Espagne. Il ne faut pas les confondre avec ceux dont le héros est son frère, Philibert, comte de Gramont, et l’auteur, Antoine, comte d’Hamilton.

2. Turenne (Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de), second fils du duc de Bouillon, né en 1611, s’était déjà distingué en Allemagne, en Italie, en Espagne, quand il fut nommé maréchal en 1643, pour remplacer Guébriant à la tête de Tarmée d’Allemagne.

3. Mercy (François, baron de), né à Longwy vers la fin du xvi® siècle ; l’un des meilleurs généraux de l’Empire, fut tué à Nordlingen (1645).

4. Les combats de Fribourg furent livrés les 3, 5 et 9 août, et non le 31.

5. C’est une tradition très populaire ; l’anecdote se trouve pour la première fois, dans une histoire de Gondé, publiée en 1694. Bossuet, si bien rensei-

gné sur tous les détails de son illustre ami, dit seulement: « On ne l’eut pas » plutôt vu pied à terre forcer le pre- » mier ces inaccessibles hauteurs, que » son ardeur entraîna tout après elle.

» Mercy voit sa perte assurée, etc. »

Si Gondé n’a pas jeté son bâton de commandement dans les retranchements ennemis, il s’y est jeté lui-même.

6. Philipsbourg, « qui tint si longtemps le Rhin captif sous nos lois, »

se rend à Turenne le 9 septembre ; puis Baden, Spire, Worms, Mayence au duc d’Enghien; et l’on frappa une médaille où le jeune vo\,puer triumphator^ recevait les dépouilles de trente villes ou forteresses. « Le Rhin, disait le duc d’Enghien dans sa relation, est retourné à ses anciens maîtres, qui, depuis la seconde race de nos rois, l’avaient perdu par leurs dissensions et leurs guerres civiles. »

7. Marienthal ou Mergentbeim, sur le Tauber, dans l’ancienne Franconie, a été, depuis la Réforme, la résidence des grands maîtres de l’ordre Teutonique; c’est une ville du Wurtemberg.

L’armée d’Allemagne, laissée à Turenne, était bien affaiblie ; il entra, en 1645, dans le Wurtemberg, et distribua ses troupes, pour vivre, dans plusieurs quartiers. Malgré sa vigilance,

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prince revoie à Tarmée, reprend le commandement, et joint à la gloire de commander encore Turenne, celle de réparer sa défaite. Il attaque Merci dans les plaines de Nordlingen ^ Il y gagne une bataille complète (3 auguste 164oj; le maréchal de Gramont y est pris ; mais le général Glen, qui commandait sous Merci, est fait prisonnier, et Merci est au nombre des morts. Ce général, regardé comme un des plus grands capitaines, fut enterré près du champ de bataille-, et on grava sur sa tombe : sta, viator; heroem calgas : Arrête, voyageur^ tu foules un hèros^. Cette bataille mit le comble à la gloire de Condé, et fit celle de Turenne, qui eut l'honneur d’aider puissamment le prince à remporter une victoire dont il pouvait être humilié. Peut-être ne futil jamais si grand qu’en servant ainsi celui dont il fut depuis l’émule et le vainqueur.

Le nom du duc d’Enghien éclipsait alors tous les autres noms (7 octobre 1646). Il assiégea ensuite Dunkerque, à la vue de l’armée espagnole, et il fut le premier qui donna cette place à la France^.

Tant de succès et de services, moins récompensés que suspects à la cour, le faisaient craindre du ministère autant que des ennemis On le tira du théâtre de ses conquêtes et de sa gloire, et on l’envoya en Catalogne avec de mauvaises troupes mal payées; il assiégea Lérida^;et fut obligé de lever le siège (1647).

il fut surpris par Mercy, et battu le 5 mat (et non en avril). Il n’oublia jamais sa défaite, qui n’eut pas d’effets désastreux, parce qu’il reçut des secours des Hessois et des Suédois : d’Enghien et Gramont lui amenèrent, en juillet, les troupes de renfort qu’il avait depuis longtemps réclamées.

1. Nordlingen, sur l’Eger, à la gauche du Danube, dans le royaume de Bavière. — La première bataille de Nordlingen, gagnée par les Impériaux sur les Suédois, en 1634, avait abattu le parti protestant ; la deuxième n’eut presque aucun résultat ; Enghien malade dut rentrer en France, et Turenne ne reçut pas de renforts. Mazarin dit à la reine, en lui annonçant cette bataille : « Tant de gens sont'*morts. Madame, qu’il ne faut quasi pas que votre majesté se réjouisse. » .

2. Mercy, dqct Bossuet a fait un si noble éloge, est également bien apprécié par le maréchal de Gramont :

« Dans tout le cours des deux longues » campagnes que le duc d'Enghien, le B maréchal de Gramont et le maréchal » de Turenne ont faites contre lui, ils

» n’ont jamais projeté quelque chose, » dans leur conseil de guerre, qui pût » être avantageux aux armes du roi, fl que Mercy ne l’ait deviné, et préve- » nu de même que s’il eût été en quart » avec eux, et qu’ils lui eussent fait » confidence de leur dessein. »

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