CHAPITRE III. Tl
On l’accuse, dans quelques livres, de fanfaronnade, pour avoir ouvert la tranchée avec des violons. On ne savait pas que c’était l’usage en Espagne.
Bientôt les affaires chancelantes forcèrent la cour de rappeler Condé ^ en Flandre. L’archiduc Léopold, frère de l’empereur Ferdinand III, assiégeait Lens en Artois Condé, rendu h ses troupes qui avaient toujours vaincu sous lui, les mena droit à l’archiduc. C’était pour la troisième fois qu’il donnait bataille avec le désavantage du nombre. Il dit à ses soldats ces seules paroles : (( xAmis, souvenez- vous de Rocroi, de Fribourg, et de Nordlingen. »
(10 auguste 1648) Il dégagea lui-même le maréchal de Gramont, qui pliait avec l’aile gauche; il prit le général Beck. L’archiduc se sauva à peine avec le comte de Fuensaldagne. Les Impériaux et les Espagnols, qui composaient cette armée, furent dissipés; ils perdirent plus de cent drapeaux et trerte-huit pièces de canon, ce qui était alors très-considérable. On leur fit cinq mille prisonniers, on leur tua trois mille hommes, le reste déserta, et l’archiduc demeura sans armée.
Ceux qui veulent véritablement s’instruire peuvent remarquer que, depuis la fondation de la monarchie, jamais les Français n’avaient gagné de suite tant de batailles et de si glorieuses par la conduite et par le courage.
Tandis que le prince de Condé comptait ainsi les années de sa jeunesse par des victoires, et que le duc d’Orléans, frère de Louis XIII, avait aussi soutenu la réputation d’un fils de Henri IV et celle de la France par la prise de Gravelines (juillet 1644), par celle de Courirai et de Mardick (novembre 164i)^, le vicomte de Turenne avait pris Landau; il avait chassé les Espagnols de Trêves et rétabli l’électeur.
(Novembre 1647) Il gagna avec les Suédois la balaille de Lavingen, celle de Sommeriiausen, et contraignit le duc de Bavière à sortir de ses États à l’âge de près de quatre-vings ans (1645)