CHAPITRE IV
Le prince de Condé eut pu gouverner l’État s’il avait seulement voulu plaire ^ ,* mais il se contentait d’etre admiré. Le peuple de Paris, qui avait fait des barricades pour un conseiller-clerc presque imbécile fit des feux de joie lorsqu’on mena au donjon de Vincennesle défenseur et le héros delà France.
Ce qui montre encore combien les événements trompent les hommes, c’est que cette prison des trois princes, qui semblait devoir assoupir les factions, fut ce qui les releva. La mère du prince de Condé, exilée, resta dans Paris malgré la cour^, et porta sa requête au Parlement (1650). Sa femme, après mille périls, se réfugia dans la ville de Bordeaux ; aidée des ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld, elle souleva cette ville et arma l’Espagne.
(13 février 1651). ün an après, les mêmes Frondeurs, qui avaient vendu le grand Condé et les princes à la vengeance timide de Mazarin, forcèrent la reine à ouvrir leurs prisons, et à chasser du royaume s^n premier ministre^. Mazarin alla luimême au Havre, où ils étaient détenus; il leur rendit leur liberté, et ne fut reçu d’eux qu’avec le mépris qu’il en devait attendre®; après quoi il se retira à Liège®. Condé revint dans Paris aux acclamations de ce même peuple qui l’avait tant haï. Sa présence renouvela les cabales, les dissensions et les meurtres’^.
1. Par ses prétentions croissantes, Condé était devenu plus rebelle que les Frondeurs. «11 savait mieux gagner des batailles que des cœurs. Dans la vie ordinaire, il était si impraticable, qu'on n’y pouvait tenir; il avait des airs si moqueurs et disait des choses si offensantes, que personne ne le pouvait souffrir. »
[Mémoires de la duchesse de Nemours.)
2. Imbécile. — Le mot est un peu fort; mais les contemporains s’accordent à parler de l’incapacité de Broussel; le cardinal de Retz l’appelle le bonhomme Broiissel, et dit qu’il était simple jusqu'à Vinnocence. « C’était un homme de bien et de vertu, au reste de peu d’esprit; quand je l’ai vu, je me suis étonnée comme il put soutenir si longtemps une telle réputation avec si peu de capacité. » [Mémoires de Mademoiselle de Montpensier.)
3. Les deux princesses de Condé reçurent l’ordre de se retirer à Chantilly; elles obéirent, et se trouvèrent entourées d’une cour de dames, brillantes d’esprit et de beauté. Alors, par les soins de Lénet, la femme de Condé
s’enfuit avec son jeune fils, et se réfugia dans le Midi. Puis la princesse douairière s’évada à son tour et vint à Paris implorer la protection et la justice du Parlement,
4. Les Frondeurs n’avaient pas oublié leurs antipathies contre Mazarin; Gondi n’avait pas encore obtenu le chapeau de cardinal ; le duc d’Orléans dominé par le coadjuteur, se déclara contre le ministre; le Parlement demanda son renvoi et la liberté des princes ; la reine voulait une seconde fois quitter Paris avec Mazarin ; mais elle fut retenue par le peuple, tandis que le cardinal se dirigeait vers le Havre.
5. Les Princes accueillirent convenablement Mazarin, le retinrent à dîner dans leur prison même, s’entretinrent avec lui ; et c’est seulement en montant en carrosse pour Paris que Condé laissa échapper un grand éclat de rire.
6. Mazarin se retira d’abord à Bouillon, puis, sur une invitation de la reine, à Brühl, à une lieue de Cologne.
7. Condé voulait se venger; aussi il disait plus tard, ■ en parlant de cette
Le royaume resta dans cette combustion encore quelques années. Le gouvernement ne prit presque jamais que des partis faibles et incertains: il semblait devoir succomber; mais les révoltés furent toujours désunis, et c’est ce qui sauva la cour. Le coadjuteur, tantôt ami, tantôt ennemi du prince de Condé, suscita contre lui une partie du Parlement et du peuple : il osa en même temps servir la reine, en tenant tête à ce prince, et l’outrager, en la forçant d’éloigner le cardinal Mazarin, qui se retira à Cologne. La reine, par une contradiction trop ordinaire aux gouvernements faibles, fut obligée de recevoir à la fois ses services et ses offenses, et de nommer au cardinalat ce même coadjuteur, l’auteur des barricades, qui avait contraint la famille royale à sortir de la capitale et à l’assiéger L