‹ Sicle de Louis XIVChapitre 73 sur 447 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

cot argent était destiné à payer un assassin ; il fut dissipé par les dépositaires, comme tout l’argent qu’on levait alors. Le cardinal, de son côté, n’employait contre ses ennemis ni le poison ni l’assassinat; et. malgré l’aigreur, et la manie de tant de partis et de tant de haine, on ne commit pas autant de grands crimes, les chefs de parti furent moins cruels, et les peuples moins furieux que du temps de la ligue

(Décembre 1651). L’esprit de vertige qui régnait en ce temps posséda si bien tout le corps du parlement de Paris, qu’après avoir solenne^Lunent ordonné un assassinat dont on se moquait, il rendit un arrêt par lequel plusieurs conseillers devaient se transporter sur la frontière pour informer contre l’armée du cardinal Ma/^arin, c’est-à-dire contre l’armée royale. *

Deux conseillers furent assez imprudents pour aller avec quelques paysans faire rompre les ponts par où le cardinal devait passer . »’un deux, nommé Bitaut, fut fait prisonnier par les troupes du roi, relâché avec indulgence et moqué de tous les partis.

(6 auguste 1652). Cependant le roi majeur interdit le parlement de Paris et le transfère à Pontoise Quatorze membres attachés à la cour obéissent, les autres résistent. Voilà deux parlements qui, pour mettre le comble à la confusion, se foudroient par des arrêts réciproques, comme du temps de Henri IV et de Charles VI.

Précisément dans le temps que cette compagnie s’abandonnait à ces extrémités contre le ministre du roi, elle déclarait criminel de lèse-majesté le prince de Condé, qui n’était armé que contre ce ministre ; et, par un renversement d’esprit que toutes les démarches précédentes rendent croyable, elle ordonna que les nouvelles troupes de Gaston, duc d’Orléans, marcheraient contre Mazarin, et elle défendit en même temps qu’on prît aucuns deniers dans les recettes publiques pour les soudoyer.

On ne pouvait attendre autre chose d’une compagnie de magistrats qui, jetée hors de sa sphère, et ne connaissant ni ses

sa magnifique bibliothèque, qui forme aujourd’hui le premier fonds de la bibliothèque Mazarine.

1. Madame de Motteville a dit la même chose avec plus de convenance ; « Il faut dire, à la louange de tous, que jamais il n’y a eu de guerre qui se soit faite avec moins d'animosité. Nous avons ouï et vu des menaces, des inso-

lences et des crieries, même des mauvaises actions, mais non pas de ces massacres et ces barbaries que nous lisons dans les histoires, et que les autres révoltes ont produites. »

2. Il y a ici confusion ; le Parlement ne fut transféré à Pontoise qu’après les combats de Bléneau et du faubourg Saint-Antoine (Voir plus loin).

droits, ni son pouvoir réel, ni les affaires politiques, ni la guerre, s’assemblant et décidant en tumulte, prenait des partis auxquels elle n’avait pas pensé le jour d’auparavant, et dont elle-même s’étonnait ensuite ^

Le parlement de Bordeaux servait alors le prince de Condé ; mais il tint une conduite un peu plus uniforme, parce qu’étant plus éloigné de la cour, il était moins agité par des factions opposées. Des objets plus considérables intéressaient toute la France.

Condé, ligué avec les Espagnols, était en campagne contre le roi ; et Turenne, ayant quitté ces mêmes Espagnols, avec lesquels il avait été battu à Réthel, venait de faire sa paix avec la cour et commandait l’armée royale L’épuisement des finances ne permettait ni à l’un ni à l’autre des deux partis d’avoir de grandes armées ; mais de petites ne décidaient pas moins du sort de l’État. Il y a des temps où cent mille hommes en campagne peuvent à peine prendre deux villes; il y en a d’autres où une bataille entre sept ou liuit mille hommes peut renverser un trône ou l’affermir.

Louis XIV, élevé dans l’adversité, allait avec sa mère, son frère et le cardinal Mazarin, de province en province, n’ayant pas autant de troupes autour de sa personne, à beaucoup près, qu’il en eut depuis en temps de paix pour sa seule garde. Cinq à six mille hommes, les uns envoyés d’Espagne, les autres levés par les partisans du prince de Condé, le poursuivaient au cœur même de son royaume.

Le prince de Condé courait cependant de Bordeaux à Montauban, prenait des villes et grossissait partout son partit.

Toute l’espérance de la cour était dans le maréchal de Turenne. L’armée royale se trouvait auprès de Gien sur la Loire L

1. La conduite du Parlement n’est alors qu’une série de contradictions et d’absurdités. Il met à prix la tête de INIazarin, ordonne qu’on prenne les armes contre lui, et déclare que les deniers du roi sont sacrés; il défend même qu’on lève des soldats contre le cardinal, sans commission du roi, attendu que la levée des soldats est un acte d’autorité royale bien différent de l'ordre donné aux communes de courir sus à un malfaiteur,

2. Turenne répugnait à la guerre civile ; il avait été choqué des prétentions de Condé, et le duc de Bouillon, par déférence pour sa femme, embrassait le parti du roi (fin de 1651) ; les inté-

rêts de la famille avaient d’ailleurs été réglés. Le duc de Bouillon était satisfait. Turenne s’échappa de Paris, où Gaston avait voulu le faire arrêter, et il vint rejoindre la cour à Poitiers (P'" février 1652).

3. Cette campagne de Condé fut peu remarquable : il échoua au siège de Cognac, devant la place de Miradoux, fut surpris par le comte d’Harcourt, réduit à s’enfermer dans Agen, où les bourgeois élevèrent des barricades contre ses troupes. Enfin, il était fatigué de cette guerre du Midi, quand il se décida à quitter son armée.

4. L’armée royale était revenue de la Charente vers Angers; alors elle re-

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