‹ SidoChapitre 12 sur 39 · AVE, "= S1D · texte numérisé non relu

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molle de corps liés sur la terre accueillante et sarclée, au pied des abricotiers. Mais ils se délièrent aussitôt avec une hâte sage.

Ils ne s’étaient jamais battus, ni insultés. Je crois qu’ils savaient déjà que ce bouquet de cheveux roux, ce corsage lilas, merveilles accessibles, ne devaient pas compter parmi leurs enjeux indivis, leurs déleétations baroques et pudiques. D’un pas bien accordé, ils s’en retournèrent vers les “ étaloirs ” de liège où séchaient les machaons, vers la construétion d’un jet d’eau, vers un “ sy$tème ” d’alambic à distiller la menthe des marais, instrument capricieux qui enlevait au produit distillé le parfum de la menthe, mais lui laissait intaéte l’odeur du marécage….

Leur farouche humeur n’était pas toujours innocente. L’âge qu’on dit ingrat, qui étire douloureusement les corps enfantins, exige des holocaustes. Il fallait à mes frères une viétime. Ils élurent un camarade de collège, que les vacances ramenaient dans le canton voisin. Mathieu M... n’avait point de défauts, ni de grands mérites. Sociable, bien vêtu, un peu blondasse, sa seule vue échauffait mes frères d’une perversité comparable à celle des femmes enceintes. Aussi s’attachait-il avec passion aux deux sauvages fiers, chaussés de toile, coiffés de jonc, et qui méprisaient ses cravates. L’aîné n’avait que rigueurs pour ce “ fils de tabellion ”” et le cadet, par imitation et renchérissement, effilochait son mouchoir, retroüssait son pantalon déjà trop court, pour accueillir Mathieu M..., ganté, qui descendait de son tricycle:

— J'ai apporté la partition des Noces de Jeannette, criait de loin l’affeétueuse viétime, et l’édition allemande des Syphonies de Beethoven à quatre mains!

Sombre, l’aîné, le barbare au frais visage, toisait l’intrus, banal enfant des hommes que rien n’obscurcissait, qui ne portait en lui ni vœu de solitude ni intolérance, qui se troublait sous son regard et mendiait :

— Tu veux faire un peu de quatre mains avec moi?

— Avec toi, non; — sans toi, oui.

— Je tournerai les pages, alors.

L'un soumis, l’autre inexplicablement malveillant et chargé d’orage, ils souffraient d’incompatibilité, mais

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Mathieu M..., patient comme une épouse rudoyée, ne se lassait pas de revenir.

Un jour, les sauvages prirent le large dès le déjeuner, ne rentrèrent que le soir. Ils semblaient las, excités, et ils se jetèrent tout fumants sur les deux vieux canapés de reps vert.

— D'où venez-vous dans cet état? demanda notre mère.

— De loin, répondit avec douceur l’aîné.

— Mathieu e$t venu, il a paru surpris de ne pas te trouver.

— C'est un garçon qui s’étonne d’un rien...

Quand ils furent seuls avec moi, mes deux frères parlèrent. Je ne comptais guère, et d’ailleurs ils m’avaient élevée à ne point trahir. Je sus que cachés dans un bois qui surplombe la route de St-F... ils n’avaient pas, au passage de Mathieu, révélé leur présence. Je m’intéressai assez peu à des détails qu’ils ressassaient :

— Quand j'ai entendu le grelot de son tricycle… commençait le cadet.

— Je l’ai entendu de plus loin que toi, va...

— Pas sûr! Tu te souviens du moment où il s’est arrêté juste sous notre nez, pour s’essuyer?

Ils dialoguaient presque bas, couchés, les yeux au plafond. L’aîné s’agita :

— Oui... Cet animal, il regardait à gauche et à droite comme s’il nous flairait… ‘

— Ça, mon vieux, c’est fort, hein? C’est curieux? C’est nous qui l’avons arrêté en le regardant, hein? Il avait l’air tout gêné, tout chose.

Les yeux de l’aîné noircissaient.

— Ça se peut. Il avait sa cravate écossaise... Cette cravate-là, j’ai toujours pensé qu’elle serait cause d’un malheur...

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