‹ SidoChapitre 5 sur 39 · S l i + ; Fi F 17 e · texte numérisé non relu

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CELA me semble étrange, à présent, que je l’aie si peu connu. Mon attention, ma ferveur, tournées vers “ Sido ”, ne s’en détachaient que par caprices. Aïnsi faisait-il, lui, mon père. Il contemplait “ Sido ”. En y réfléchissant, je crois qu’elle aussi l’a mal connu. Elle se contentait de quelques grandes vérités encombrantes : il l’aimait sans mesure, — il la ruina dans le dessein de l’enrichir — elle l’aimait d’un invariable amour, le traitait légèrement dans l’ordinaire de la vie, mais respe@tait toutes ses décisions.

Derrière ces évidences aveuglantes, un caraétère d’homme n'apparaissait que par échappées. Enfant, qu’ai-je su de lui? Qu’il con$truisait pour moi, à ravir, des “ maisons de hannetons ” avec fenêtres et portes vitrées et aussi des bateaux. Qu’il chantait. Qu’il dispensait — et cachait — les crayons de couleur, le papier blanc, les règles en palissandre, la poudre d’or, les larges pains à cacheter blancs que je mangeais à poignées. Qu’il nageait, avec sa jambe unique, plus vite et mieux que ses rivaux à quatre membres... |

Mais je savais aussi qu’il ne s’intéressait pas beaucoup, en apparence du moins, à ses enfants. J'écris “en apparence ”. La timidité étrange des pères, dans leurs rapports avec leurs enfants, m’a donné, depuis, beaucoup à penser. Les deux aînés de ma mère, fille et garçon, issus d’un premier mariage, — celle-là égarée dans le roman, à peine présente, habitée par les fantômes litté-

raires des héros; celui-ci altier, tendre en secret — l’ont gêné. Il croyait naïvement que l’on conquiert un enfant par des dons... Il ne voulut pas reconnaître sa fantaisie musicienne et nonchalante dans son propre fils, “le lazzarone ”, comme disait ma mère. C’est à moi qu’il accorda le plus d'importance. J'étais encore petite quand mon père commença d’en appeler à mon sens critique. Plus tard, je me montrai, Dieu merci, moins précoce. Mais quelle intransigeance, je m’en souviens, chez ce juge de dix ans...

— Ecoute ça, me disait mon père.

J'écoutais, sévère. Il s’agissait d’un beau morceau de ptose oratoire, ou d’une ode, vers faciles, faStueux par le rythme, par la rime, sonores comme un orage de montagne.

— Hein? interrogeait mon père. Je crois que cette fois-cil,.. Eh bien, parle!

Je hochais ma tête et mes nattes blondes, mon front trop grand pour être aimable et mon petit menton en. bille, et je laissais tomber mon blâme :

— Toujours trop d’adjetifs!

Alors mon père éclatait, écrasait d’inveétives la poussière, la vermine, le pou vaniteux que j'étais. Mais la vermine, imperturbable, ajoutait :

— Je te l’avais déjà dit la semaine dernière, pour POde à Paul Bert. Trop d’adjeétifs!

Il devait, derrière moi, rire, et peut-être s’enorgueillir... Mais au premier moment nous nous toisions en égaux, ct déjà confraternels. C’est lui, à n’en pas douter, c’est lui qui me domine quand la musique, un spectacle de danse — et non les mots, jamais les mots! — mouillent mes yeux. C’est lui qui se voulait faire jour, et revivre quand je commençai, obscurément, d’écrire, et qui me

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