‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 100 sur 168 · Voy. les Mémoires de Dangcau · texte numérisé non relu

Voy. les Mémoires de Dangcau

■ On chantait à la cour, à Paris et dans Farmée ;

« Français , rendez grâce à Bellone.

Votre bonheur est sans égal :

Vous aves conservé Crémone*

El perdu TOtre général. » (Note deVoHaire.)

L£ DUC D£ V£iM)à.M£ £iN ITALIE. 229

en sa vie^ Le duc de Vendôme fut aussitôt aommé pour aller: commander en Italie.

Le duc de Vendôme, petit-fiIs de Henri IV, était intrépide cdmme lui, doux, bienfaisant, sans faste, ne connaissant ni la haine , ni l'envie , ni la vengeance. Il n'était fier qu'avec des princes; il se rendait l'égal do tout le reste. C'était le seul< général sous lequel le devoir du service, et cet' instinct de fureur purement animal et mécanique qui obéit à la voix desofficiers, ne menassent point des soldats au combat : ils com-: battaient pour le duc de Vendôme ; ils auraient donné leur vie« pour le tirer d'un mauvais pas, où la précipitation de son: génie l'engageait quelquefois. Il ne passait pas pour méditer, ses desseins avec la même profondeur que le prince Eugètie, ei pour entendre comme lui l'art de faire subsister les armées, 11 négligeait trop les détails ; il laissait périr là discipline militaire ; la table et le sommeil lui dérobaient trop de temps, aussi bien qu'à son frère. Cette mollesse le mit plus d'une fois en danger d'être enlevé; mais un jour d'action, il réparait tout, par une présence d'esprit et par des lumières que le péril rendait plus vives, et ces jours d'action, il les cherchait toujours , moins fait, à ce qu'on disait, pour une guerre défensive, et aussi propre à l'offensive que le prince Eugène.

Ce désordre et cette négligence qu'il portait dans les armées, il l'avait à un excès surprenant dans sa maison et môme sur sa personne : à force de haïr le faste, il en vint à une malpropreté cynique dont il n'y a point d'exemple ; et son désintéressement, la plus noble des vertus, devint en lui un défaut qui lui fit perdre, par son dérangement, beaucoup plus qu'il n'eût dépensé en bienfaits. On l'a vu manquer souvent du nécessaire. Son frère le grand prieur, qui commanda sous lui en Italie, avait tous ces mêmes défauts, qu'il poussait encore plus loin, et qu'il ne rachetait que par la même valeur. II était étonnant de voir deux généraux ne sortir souvent de leur lit qu'à quatre heures après midi , et deux princes, petits-fils do

f. «Apprenez, dit Voltaire & La Beaomello (Supplémeni auSiècU de Louis X/V, partie I) que c'est dans les Mémoires manuscrits du marquiit de Dangeau que se trouvent ces paroles de Louis XIV sur le maréchal de Villeroi. Ce n'est pas assez que je les aie lues dans ces Mémoires pour les rapporter : elles m'ont été confirmées par d'autres personnes, et surtout par le cardinu de Fleury. Ce n'est que sur plusieurs témoignages unanimes

Îu'il est permis d'écrire l'histoire, l.e rapport d'un témoin considérable on ne delà probabilité, le rapport de plusieurs peut faire la certitude his^ torique , et la négation de La Deaunicllc fait une impertinence, n

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Benri lY ,. plongés dans une négligence de leurs personnes dont les plus vils des hommes auraient eu honte.

Ce qui est plus surprenant encore, c'est ce mélange d^activite et d'indolence avec lequel Vendôme fît contre Eugène une guerre vive et d'artifice, de surprises, de marches, de passages de rivières, de petits combats souvent aussi inutiles que meurtriers, de batailles sanglantes où les deux partis s'attribuaient la victoire : (45 auguste 4702) telle fut celle de Luzara*, pour laquelle les Te Deum furent chantés à Vienne et à Paris. Vendôme était vainqueur toutes les fois qu'il n'avait pas affaire au prince Eugène en personne ; mais, dès qu'il le retrouvait en tète, la France n'avait plus aucun avantage.

(Janvier 4703) Au milieu de ces combats et des sièges de tant de châteaux et de petites villes , des nouvelles sécrètes arrivent à Versailles que le duc de Savoie, petit-fîls d'une sœur de Louis Xin, beau -père du duc de Bourgogne, beau-père de Philippe V, va quitter les Bourbons, et marchande l'appui de l'empereur. Tout le monde est surpris qu'il abandonne à la fois ses deux gendres, et même, à ce qu'on croit, ses véritables intérêts. Mais l'empereur lui promettait tout ce que ses gendres lui avaient refusé : le Montferrat-Mantouan, Alexandrie, Va* lence, les pays entre le Pô et le Tanaro, et plus d'argent que la France ne lui en donnait. Cet argent devait être fourni par l'Angleterre ; car l'empereur en avait à peine pour soudoyer ses armées. L'Angleterre, la plus riche des alliés, contribuait plus qu'eux tous pour la cause commune. Si le duc de Savoie consulta peu les lois des nations et celles de la nature , c'est une question morale, laquelle se mêle peu de la conduite des souverains. L'événement seul a fait voir à la fin qu il ne manqua pas, au moins dans son traité, aux lois de la politique; mais il y manqua dans un autre point bien essentiel : ce fut en laissant ses troupes à la merci des Français, tandis qu'il traitait avec l'empereur. (49 auguste 4703) Le duc de Vendôme les fit désarmer. Elles n'étaient à la vérité que de cinq mille hommes ; mais ce n'était pas un petit objet pour le duc de Savoie.

1. TelU (ut celle de Lusara. Saint-Simon Ta raccntée en quelques mots pleins de vivacité et d'entraînement (chap. cix) : « Jamais combat si Tif, si chaud, si disputé, si acharné ; jamais tant de valeur de toutes parts, jamais une résistance si opiniâtre, jamais un feu ni des efforts si continuels, jamais de tnccès si incertain : la nuit finit le combat, chacun se retira un très-petit espace et demeura toute la nuit sous les armes , le champ do bataille demeurant vide. »

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