Le marquis d'O. » (Rote de Voltaire
3. Il faudrait lire dans Jes Mémoires de Saint^imon (chap. cci à ccir) l'histoire de cette campagne désastreuse. Il rejette tous les torts sur le duc de Vendôme qu'il n'aimait pas, on sait pourquoi; et cependant on peut trouver dans son récit même bien des faits qui justitieraient le petit-flls de Henri IV et condamneraient le duc de Bourgogne. Albéroni, plus urd cardinal ; Campistion, « l'un de ces po^es crottés qui meurent ae faim et qui font tout pour vivre » (Saint-Simon, chap. cct); le comte dBvreux, « qui se mit de niveau avec ces deux valets, » prirent la défense de Vendôme dans de longues lettres qu'il avait peut-être inspirées. Fénelon lui-même.
PHISE DZ LILLE PAR LES ALLIÉS. 267
pides des alliés enflaient le cœur de l'empereur Joseph. De^ potique dans TEmpire, mattre de Landau , il voyait le chemin de Paris presque ouvert par la prise de Lille. Déjà même un parti hollandais avait eu la hardiesse de pénétrer de Courtrai jusqu'auprès de Versailles, et avait enlevé sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi , croyant se saisir de la personne du Dauphin, père du duc de Bourgogne*. La terreur était dans Paris.
L*empg:eur avait autant d'espértince au moins d'établir son frère Charles en Espagne , que Louis XIV d'y conserver son petit-fils. Déjà cette succession , que les Espagnols avaient voulu rendre indivisible, était partagée entre trois têtes. L'empereur avait pris pour lui la Lombardie et le royaume de Naples. Charles, son frère, avait encore la Catalogne et une partie de l'Aragon. L'empereur forç9 alors le pape Clément XI à reconnaître Farehiduc pour roi d'Espagne. Ce pape, dont on disait qu'il ressemblait à saint Pierre, parce qu'il affirmait, niait, se repentait et pleurait, avait toujours reconnu Philippe V, à l'exemple de son prédécesseur ; et il était attaché à la maison de Bourbon. L'empereur l'en punit en déclarant dépendants de l'Bmpire beaucoup de fiefs qui relevaient jusqu'alors des papes, et surtout Parme et Plaisance, en ravageant quelques terres ecclésiastiques, en se saisissant de la ville de Comacchio,
Autrefois un pape eût excommunié tout empereur qui lui aurait disputé le droit le plus léger, et cette excommunication eût fait tomber l'empereur du trône ; mais la puissance des clefs étant réduite à peu près au point où elle doit l'être, Clé^ ment XI , animé par la France, avait osé un moment se servir de la puissance du glaive. Il arma et s'en repentit bientôt. Il
dont le témoignage ne saurait èlre sospect, reproche à son élève (Lettre» dtt is et du 25 octobre 1708) d'être amusé, inappliqué, irrésolu; d^ écrire à des gens indiscrets ei ir^ianes de sa confiance les mimes choses qu'il écrivait au roi avec un chiffre; de trop écouter les mauvais conseils des gens faibles et timides , et mime de son confesseur, ^i se mêlait de lui parler de la guerre, etc.
1. te Ce furent des officiers an service de Hollande qui firent ce coup liardi. ~ ifat * ■
infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une ebaise do poste. Cela consuma du temps. Les pages du roi coururent après eux , le premier écuyer fut délivré , et ceux qui l'avaient enlevé furent
Knsouniers eux-mêmes; quelques minutes plus tard, ils auraient pris le aapfain , qui arrivait aorès Beringhen avec un seul garde. » ( noie 4e Voltaire.)
ÏG8 CHAPITRE JXL .
vit que les Romains, sous un gouvernement tout sacerdotal, n'étaient pas farts pour manier Tépée. Il désarma , il laissci Comacchio en dépôt à l*empereur; il consentit à écrire à l'archiduc : A notre très-cher fils^ roi catholi^e en Espagne, Une flotte anglaise dans ia Méditerranée et des troupes allemandes sur ses terres le forcèrent bientôt d'écrire : A notre très^^chcr filSf roi des Espagnes, Ce suffrage du pape, qui n'était rie» dans l'empire d'Allemagne, pouvait quelque chose sur le peuple espagnol , à qui on avait fait accroire que l'archidur était indigne de régner , parce qu'il était protégé par'des hérétiques qui s'étaient emparés de Gibraltar.
(Auguste 4708) Restait à la monarchie espagnole, au delà du continent, Tlle deSardaigne avec celle de Sicile, ijne flotte anglaise donna la Sardaigne à l'empereur Joseph ; car les An-' glais voulaient que l'archiduc son frère n'eût que l'Espagne. Leurs armes faisaient alors les traités de partage. Uç réservèrent la conquête de la Sicile pour un autre temps, et iaimèren! mieux employer leurs vaisseaux à chercher sur les mers les galions de l'Amérique dont ils prirent quelques-uns, qu'à donner à l'empereur de nouvelles terres.
La France était aussi humiliée que Rome, et plus en danger ; les ressources s'épuisaient; le crédit était anéanti; les peuples, qui avaient idolâtré leur roi dans ses prospérités, murmuraient contre Louis XIV malheureux *.
Des partisans*, à qui le ministère avait vendu la nation pour quelque argent comptant dans ses besoins pressants, s'en* graissaient du malheur public, et insultaient à ce malheur par leur luxe. Ce qu'ils avaient prêté était dissipé. SansTindustrie hardie de quelques négociants et surtout de ceux de Saint- Malo, qui allèrent au Pérou et rapportèrent trente millions dont ils prêtèrent la moitié à l'État, Louis XIV n'aurait pas eu
1. Saint-Simon applaudît presque, avec une sorte de joie sauvaçe, à ces nkalheors et à ces numiliationa de lA>uis XIV : « Voilà oii conduisit l'aveuclément dos choix, Tcrgueil de tout faire, la jalousie des anciens ministres ef lapitaines, la vanité d'en choisir de tels qu'on ne pût leur rien attribuer* pom ne partager la réputation de grand avec personne, enfin toute cette dep]o> rable façon de gouverner, qui précipita dans le |)lus évident péril d une perte entière et qui jeta dans le dernier désespoir ce maître de la paix et de la guerre, ce distributeur des couronnes , ce chàtieur des nations, ce conquérant , ce grand par excellence , cet homme immortel pour qui en épuisait le marbre et le bronze, pour qui tout était à bout d'encens, m (Chap. CDviii.)
2. On nommait parlûans ou fermters ceux qui prenaient à fcrnAe les impute indirects, en vertu d'un traité avec le roi; ce traité s'appelait parti. Quant à la taille, elle était levée directement par les gens du roi.
CROEL HITIR DB 1709. 260
do quoi payer sôs troupes. La guerre avaii ruiné la France, et des marchands la sauvèrent. II en fut de même en Espagne. Les galions qui ne furent pas pris par les Anglais servirent à défendre Philippe. Mais cette ressource de quelques mois ne rendait pas les recrues de soldats plus faciles. ChamiK larl, élevé au ministère des finances et de la guerre, se démit en 4708 des finances, qu'il laissa dans un désordre que rien ne put réparer sous ce règne; et, en 4709, il quitta le ministère de la guerre , devenu non moins difficile que i*autre. On lui reprochait beaucoup de fautes. Le public, d'autant plus sévère qu'il souffrait, ne songeait pas qu'il y a dei temps malheureux où les fautes sont inévitables '. Voisin, qui après lui gouverna l'état militaire, et Desmarets, qui administra les finances, no purent ni faire des plans de guerre plus heureux, ni rétablir un crédit anéanti*.
(4709) Le cruel hiver de 4709 acheva de désespérer la nation. Les oliviers, qui sont une grande ressource dans le midi de la France, périrent. Presque tous les arbres fruitiers gelèrent. Il n'y eut point d'espérance de récolte. On avait trèspeu de magasins. Les grains qu'on pouvait faire venir à grands frais des Echelles du Levant et de l'Afrique pouvaient être pris par les Hottes ennemies, auxquelles on n'avait presque plus de vaisseaux de guerre à opposer. Le fléau de cet hiver était général dans l'Europe, mais les ennemis avaient plus de ressources. Les Hollandais surtout, qui ont été si longtemps les facteurs des nations, avaient assez de magasins pour met- Ire les armées florissantes des alliés dans l'abondance , tandis
f . « L'histoire de l'ex-jésulte La Molle, rédigée par La Martinière, dit que Chamillart fut dcstitaé du ministère des finances en nos, et que la vuix publique v appela le maréchal d'Harcoart. Les fautes de cet historien sont sans nombre. » (Note de Voltaire.)
Z. Nous lisons dans une lettre de M"" de Maintenon à la princesse des Ur- 8in8(4 mars 1708) que la réputation seule de Desmarets, neveu du grand Colbert, renouvela le crédit comme par enchantement, et fit trouver au nouveau ministre huit à dix millions que l'Ëiat emprunta sans peine. €c fiii assez pour payer les armées de 1708. Vovcz plus loin, au chap. xxx, l'ad« ministration financière de Desmarets. Voltaire a dit de lui, dans la Liste det iecrétaires d'État : « Zélé, laborieux, intelligent, il ne put réparer les maUi de la guerre. Démis après la mon de Louis XIV. En quittant sa place, il donna au régent une apologie de son administration qu'on a imprimée depuis. 1 y parle avec franchise des opérations injustes en elles-mêmes auxquellot il a été forcé par le malheur des temps, pour prévenir de nouveaux maihcuiv et déplus grandes injustices. Ce mémoire prouve qu'il avait des talents, unt grande modestie et des intentions droites. On peut le regarder comme- un modèle de la manière sini|Ae, noble, respectueuse et ferme qui convient > un ministre obligé de- rendre compte de son administration. U. l'ut immele â la. haine publique, et ses successeurs le fireui regretter. Mort eu 1 72i . »
que les troupes de France , diminuées et découragées, semblaient devoir périr de misère.
Le roi vendit pour quatre cent mille francs de vaisselle d'or. Les plus grands seigneurs envoyèrent leur vaisselle d*argent à la Monnaie. On ne mangea dans Paris que du pain bis pen> dant quelques mois. Plusieurs familles, à Versailles même, 9" nourrirent de pain d*avoine. M*"* de Maintenon en donni Texemple.
Louis XIV, qui avait déjà fait quelques avances pour la paix, n'hésita pas , dans ces circonstances funestes , à la demander à ces mêmes Hollandais autrefois si maltraités par lui.
Les États-Généraux n'avaient plus de stalhouder depuis la mort du roi Guillaume, et les magistrats hollandais, qui appelaient déjà leurs familles les familles patriciennes^ étaient autant de rois. Les quatre commissaires hollandais députés à l'armée traitaient avec fierté trente princes d'Allemagne à leur solde. Qu*on fasse venir Holstein^ disaient-ils; qu'on dise à Hesse de nous venir parler ' . Ainsi s'expliquaient des marchands qui, dans la simplicité de leurs vêtements et dans la frugalité de leurs repas , se plaisaient à écraser à la fois l'orgueil allemand qui était à leurs gages, et la fierté d'un grand roi autrefois leur vainqueur.
On les avait vus vendre à bas prix leur attachement à Louis XIV en 4665, soutenir leurs malheurs en 4672 et les réparer avec un courage intrépide ; et alors ils voulaient user de leur fortune. Ils étaient bien loin de s'en tenir à faire voir aux hommes, par de simples démonstrations de supériorité, qu'il n'y a de vraie grandeur que la puissance : ils voulaient que leur État eût en souveraineté dix villes en Flandre, entre autres Lille, qui était entre leurs mains, et Tournai, qui n'y était pas encore. Ainsi les Hollandais prétendaient retirer le fruit de la guerre , non-seulement aux dépens de la France, mais encore aux dépens de l'Autriche pour laquelle ils combattaient , comme Venise avait autrefois augmenté son territoire des terres de tous ses voisins. L'esprit républicain est au fond aussi ambitieux que l'esprit monarchique.
Il y parut bien quelques mois après; car, lorsque ce fantôme de négociation fut évanoui, lorsque les armes des alliés
t. « C'est oe mie Tautear tient de la bouche de vingt personnes qui les entendirent parler ainsi à Lille, après la prise de cette Tille. Cependant il se peut que ces expressions fussent moins Teffet d'une fierté grossière aue a un etYie laconique assez en usage dans les armées. » (Note de V-oltaire.)