‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 109 sur 168 · LOUIS XIV DEMANDE LA PAIX · texte numérisé non relu

LOUIS XIV DEMANDE LA PAIX

une Irévë; et pendant cette trôve une satisfaction entière pour lous leurs alliés, et aucune pour les alliés du roi, à condition que le roi se joindrait à ses ennemis pour chasser d'Espagne son propre petit-fils dans l'espace de deux mois, et que pour sûreté il commencerait par céder à jamais dix villes aux Hollandais dans la Flandre, par rendre Strasbourg et Brisach, et par renoncera la souveraineté de l'Alsace. Louis XIV ne s'était pas attendu, quand il rerusait autrefois un régiment au prince Eugène, quand Churchill n'était pas encore colonel en Angleterre, et qu'à peine le nom de Heinsius lui était connu, qu'un jour ces trois hommes lui imposeraient de pareilles lois. En vain Torcy voulut tenter Marlborough par l'offre de quatre millions: le duc, qui aimait autant la gioire que l'argent, et qui, par ses gains immenses produits par des victoires , était au-dessus de quatre millions , laissa au ministre de France la douleur d'une proposition honteuse et inutile. Torcy apporta au roi les ordres de ses ennemis. Louis XIY fit alors ce qu'il n'avait jamais fait avec ses sujets. Il se justifia devant eux; il adressa aux gouverneurs des provinces, aux communautés des villes^ une lettre circulaire' par laquelle, en rendant compte à ses peuples du fardeau qu'il était obligé de leur faire encore soutenir^ il excitait leur indignation, leur honneur et même leur pitié*. Les politiques dirent que Torcy n'était allé s'humilier à la Haye que pour mettre les ennemis dans leur tort, pour justifier Louis XIV aux yeux de l'Europe , et pour

I. TorcT a rapporté (fidit. PcUtot, t. LXVII, p. 349) cette noble lettre qnffait oublier bien des fautes : « Que ceux, disait le roi, qui depuis tant d'années me donnent des marques de leur zèle en contribuant de leurs peines, de leurs biens et de leur sang à soutenir une guerre aussi pesante, connaissent le prix que mes ennemis prétendent mettre à une suspension d*armes de

eux-mêmes h, la recevoir à des conditions également contraires à la ju&tice et à l'honneur du nom français. » L'effet de cette lettre fut prodigieux : « Le succès en fut tel qu'on avait espéré, dit Saint-Simon avec une ironie mal dissimulée (chap. ccxxxiii) : ce ne fut qu'un cri d'indignation et de vengeance; ce ne furent que propos de donner tout son bien pour soutenir la ifuerre, et d'extrémités semblables pour signaler son zèle. »

». te L'auteur des Mémoires de M'^* d$ Maintenon dit , pages 92 et 93 du lomeV, que « le duc de Marlborough et le prince Eugène gagnèrent Hein- « sins, » oommesi Heinsius avait eu besoin d'être gagné, il met dans la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles qa'U prononça en plein conseil, ces mots bas et plaui : illors comme tdort. Il cite Fauteur du SièeU de Louis XI V, et le reprend d'avoir dit que « Leids XIV fit afficher sa lettre circulaire dans • les mes de Paris. » Neus avons confronté toutes les éditions du Siècle de Louis XIV; il n'y a pas un seul mot de ce que eite cet homme, pas même dans l'édition subrepiice qu'il fit ii Francfort en i753. » (Note de Voltaire.)

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animer les Français par le ressentiment de l'outrage fait en sa personne à la nation ; mais il n'y était allé réellement que po^ur demander la paix. On laissa même encore quelques jours le président Rouillé à la Haye, pour tâcher d'obtenir des con< ditions moins accablantes : et, pour toute réponse, les États ordonnèrent à Rouillé de partir dans vingt-quatre heures.

Louis Xiy, à qui l'on rapporta des réponses si dures, dit en plein conseil : « Puisqu'il faut faire ta guerre, j'aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes enfants. » Il se prépara donc à tenter encore la fortune en Flandre. La famine , qui désolait les campagnes, fut une ressource pour la guerre. Ceux qui manquaient de pain se firent soldats. Beaucoup de terres re& tèrent en friche , mais on eut une armée. Le maréchal de Villai^, qu'on avait envoyé commander l'année précédente en Savoie quelques troupes dont il avait réveillé l'ardeur, et qui avait eu quelques petits succès, fut rappelé en Flandre, comme celui en qui TÉtat mettait son espérance.

Déjà Marlborough avait pris Tournai (29 juillet 4709), dont Eugène avait couvert le siège. Déjà ces deux généraux marchaient pour investir Mons. Le maréchal de Viilars s'avança pour les en empêcher. Il avait avec lui le maréchal de Boufflers, son ancien, qui avait demandé à servir sous lui. Boufflers aimait véritablement le roi et la patrie. Il prouva en cette occasion (malCTé la maxime d'un homme de beaucoup d'esprit) que dans un Etat monarchique, et surtout sous un bon maître, il y a des vertus. Il y en a sans doute tout autant que dans les républiques, avec moins d'enthousiasme peut-être, mais avec plus de ce qu'on appelle honneur».

1. « Cet endroit mérite d'être éclaird. L'auteur célèbre de VBtjprii de* lois dit que l'honneur e&i le principe des gouvernements monarchiques, e: la Tenu le principe des gouvernements républicains. Ce sont là des idées ▼Agnes et confuses qu'on a attaquées d'une manière aussi vague, parce que rarement on convient de la valeur des termes, rarement on s'entend. L'honneur est le désir d'être honoré, d'être estimé : de là vient l'habitude de ne rien faire dont on puisse rougir. La vertu est l'accomplissement des devoirs, indépendamment au désir de l'estime; de là vient que l'honneur e^t commun, la vertu rare.

« Le principe d'une monarchie ou d'une république n'est ni l'honneur ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir d'un seul ; une république est fondée sur le pouvoir que plusieurs ont d'empêcher le ponvoir d'un seul. La plupart des monarchies ont éié établies par des chefs dWmées^ les républiques par des citoyens assemblés. Ij'bonneur est commun à *ou8 les hommes, et la vertu rare dans tout gouvernement. L'amour-propre de chaque

B4TAILLE D£ IIÂLPLAQUET P£IIDUK 275

Dès que les Français s'avancèrent pour s'opposer à l'inves* tissement de Mons, les alUés vinrent les attaquer près des bois deBlangies et du village de Malplaquet.

L'armée des alliés était d'environ quatre-vingt mille com< battants, et celle du maréchal de Yillars d'environ soixante et dix mille. Les Français traînaient avec eux quatre-vingts pièces de canon, les alliés quarante. Le duc de Marlborougb commaadait l'aile droite, où étaient les Anglais et les troupes allemandes à la solde d'Angleterre. Le prince Eugène était au centre; miy et un comte de Nassau à la gauche, avec les Hollandais.

(41 septembre 1709) Le maréchal de Villars prit pour lui la gauche, et laissa la droite au maréchal de Boufflers. 11 avait retranché son armée à la hâte, manœuvre probablement convenable à des troupes inférieures en nombre, longtemps malheureuses, dont la moitié était composée de nouvelles recrues', et convenable encore à la situation de la France, qu'une défaite entière eût mise aux derniers abois. Quelques historiens ont blâmé le général dans sa disposition. Il devait, disaient-ils, passer une large trouée, au lieu de la laisser devont lui. Ceux qui de leur cabinet jugent ainsi ce qui se passe sur U3 champ de bataille, ne sont-ils pas trop habiles?

Tout ce que je sais , c'est que le maréchal dit lui-même que les soldats, qui, ayant manqué de pain un jour entier, venaient de le recevoir, en jetèrent une partie pour courir plus légèrement au combat. Il y a eu , depuis plusieurs siècles , peu de

ne peut s'élever qa'en plaisant au maître ou & ceux qui gouvernent bous le maître. Il n'^ a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu, de part ni d'autre ; il n'y a que* de l'intérêt. La vertu est en tout pays le fruit de Pédncation et du caractère. Il est dit dans VEsprit des lois qu'il faut plus de vertu dans une république; c'est, en uu sens, tout le contraire : il faut beaucoup plus de vertu dans une cour pour résister à tant de séductions. Le duc de Montausier, le duc de Beaoviiliers étaient des hommes d'une vertn très-austère. Le maréchal de Villeroi joignit des mœurs les plus douces à une probité non moins incorruptible. Le marquis de Torcy a été un des plus honnêtes hommes de l'Europe , dans une place oti la politiaue permet I« relàdiement dans la morale. Les contrôleurs généraux Le Pelletier et ChamUlart passèrent pour être moins habiles que vertueux. Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse, ne fut guère entouré que d'hommes irréproobables; c'est une observation très-vraie et très-importante dans une histoire oh les mœurs ont tant de part.» (Note de Voltaire.)

I. Les Mémoires de Villars (Édition Petitot, t. i^XIX, p. 257 à 259; nous apprennent dans quel état déplorable le général avait trouvé Tannée : point d'habits, point d'armes, point de pain ; il lui arrivait à peine chaque jour le blé nécessaire à la subsistance du lendemain. « Pour donner du pain aux bri§^ea que je fais marcher, je fais jeClner celles qui restent, dit-il ; dans ces ocQaswDs. je passe dans les rangs, le caresse le soldat, je lui parie de manière à lui faire prendre patience, et ]'ai eu la consolation d'en enietKiro plusieurs dire: Monsieur le maréchal a raison, il faut souffrir quelquefois.

batailles plus disputées et plus longues , aucune pkis meurtrière. Je ne dirai autre <;hose de cette bataille que ce qui fui avoué de tout le monde. La gauche des ennemis , où combattaient les Hollandais, fut presque toute détruite, et même pou^ Buivie la baïonnette au bout du fusil. Marlborough, à la droite, faisait et soutenait les plus grands efforts. Le maréchal de Villars dégarnit un peu son centre pour s'opposer à Marlborough, et alors même ce centre fut attaqué. Les retranchements qui le couvraient furent emportés. Le régiment des gardes, qui les défendait , ne put résister. Le maréchal , en accourant de ba gauche à son centre, fut blessé, et la bataille fut perdue. Le champ était jonché de près de trente mille morts ou mourants

On marchait sur les cadavres entassés , surtout au quartier des Hollandais. La France ne perdit guère plus de huit mille hommes dans cette journée. Ses ennemis en laissèrent environ vingt et un mille tués ou blessés ; mais le centre étant forcé, les deux ailes coupées , ceux qui avaient fait le plus grand carnage furent les vaincus.

Le maréchal de BoufQers' 6t la retraite en bon ordre, aidé du prince de Tingry-Montmorency, depuis maréchal de Luxembourg, héritier du courage de ses pères. L'armée se retira entre leQuesnoyet Yalenciennes, emportant plusieurs dra* peaux et étendards pris sur les ennemis. Ces dépouilles consolèrent Louis XIV ; et on compta pour une victoire Thonneur de ravoir disputée si longtemps , et de n*avoir perdu que le champ de bataille. Le maréchal de Yillars, en revenant à la cour, assura le roi que sans sa blessure il aurait remporté la victoire. J'en ai vu ce général persuadé, mais j'ai vu peu de personnes qui le crussent.

On peut s'étonner qu'une armée qui avait tué aux ennemis deux tiers plus de monde qu'elle n'en avait perdu n'essayât pas d'empôcher que ceux qui n'avaient eu d'autre avantage

1. « Dans le livre iniitulé Mémoiret du maréchal de Berwick, il eet dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite. C'est ainsi que tantde Méaooires sont écrits. On trouve dans ceux deMmede Maintenon, parI.aUeaumelle,t.V, page 99, que les alliés accusèrent le maréchal de Villars «i de s'être blessé •< lui-même, et que les Français lui reprochèrent de s'ôtre retiré trop tôt. » Ce sont deux impostures ridicules. Ce général avait reçu an coup de carabine au-dessous du genou, qui lui fracassa Vœ, et qui le fît boiter toute sa vie. ).e roi lui envoya le sieur Maréchal, son premier chirurgien, qui seul empècoa qu'on lui coupât la cuisse. C'est ce que je tiens de la bouche de M. le marechai de Villars et de ce chirurgien célèbre; c'est ce que tous les officiera ont 8u ; c'est ce que M. le duc de Villars daicne me connrmer ptr ses lettres. Il n'oppose que le mépris aux sottises insolentes et criomnicuses de La Beauraelle. • (Note de Voltaire.)

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