POLICE
II s'en fallait beaucoup que la ville de Paris fût ce qu'elle est aujourd'hui. Il n'y avait ni clarté, ni sûreté , ni propreté *• Il fallut pourvoir à ce nettoiement continuel des rues , à cette illumination que cinq mille fanaux forment toutes les nuits , paver la ville tout entière, y construire deux nouveaux ports, rétablir les anciens, faire veiller une garde continuelle , à pied et à cheval, pour la' sûreté des citoyens. Le roi se chargea d© tout en affectant des fonds à ces dépenses nécessaires. Il créa en 4667 un magistrat uniquement pour veillera la police*. La plupart des grandes villes de l'Europe ont à peine imité ces exemples longtemps après, et aucune ne les a égalés. Il n'y a point de ville pavée comme Paris , et Rome même n'est pas éclairée.
Tout commençait à tendre tellement à la perfection , que le second lieutenant de police qu'eut Paris acquit dans cette place une réputation qui le mit au rang de ceux qui ont fait honneur à ce siècle : aussi était-ce un homme capahie de tout. Il fut depuis dans le ministère; et il eût été bon général d'armée. La place de lieutenant de police était au-dessous de sa naissance et de son mérite; et cependant cette place lui fit un bien plus grand nom que le ministère gêné et passager qu il obtint sur la fin de sa vie.
On doit observer ici que M. d'Argenson ne fut pas le seul, à beaucoup près , de l'ancienne chevalerie , qui eût exercé la magistrature. La France est presque l'unique pays de l'Europe où l'ancienne noblesse ait pris souvent le parti de la robe. Presque tous les autres États, par un restede barbarie gothique, ignorent encore qu'il y ait de la grandeur dans cette profession.
Le roi ne cessa de bâtir au Louvre, à .Saint-Germain, à Versailles, depuis 1664 . Les particuliers, à son exemple, élevèrent dans Paris mille édifices superbes et commodes. Le nombre s'en est accru tellement, que, depuis les environs du Palais- Royal et ceux de Saint-Sulpice, il se forma dans Paris deux villes nouvelles , fort supérieures à l'ancienne. Ce fut en ce temps-là qu'on inventa la commodité magnifique de ces car-
1. Nous voyons dans une lettre de M"" de Sévigné (20 février i67i), <rae les capucins étaient alors cliargés du service des incendies. Le coipsdeb pompiers ne fut institué qu'en 1699, sons le ministère de Chamillart.
2. Le premier lieutenant général de police fut Gabriel-Nicolas de La Reynie, de 1667 à 1697. Le second fut le marquis d'Argenson, dont Voltaire va parler ( 1697-1718), nommé plus tard chancelier sous le régent, après la disgrâce de d'Agueueau, qui s'éthit montré trop opposé aux réformes financières de La^.
I 388 cnAPiTRE XXIX.
I rosses ornés de glaces et suspendus par des ressorts * ; de
sorte qu'un citoyen de Paris se promenait dans cette grande ville avec plus de luxe que les premiers triomphateurs romains n'allaient autrefois au Captlole. Cet usage, qui a commencé dans Paris , fut bientôt reçu dans toute l'Europe , et, devenu commun, il n'est ))!us un luxe.
Louis XIV avait du goût pour l'architecture, pour les jardins, pour la sculpture ; et ce goût était en tout dans le grand et dans le noble. Dès que le contrôleur général Colbert eut en 4664 la direction des bâtiments, qui est proprement le ministère des arts*, il s'appliqua à seconder les projets de son maître. II fallut d'abord travaillera achever le Louvre. François Mansard', l'un des plus grands architectes qu'ait eus la France, fut choisi pour construire les vastes édifices qu*on projetait. 11 ne voulut pas s'en charger sans avoir la liberté de refaire ce qui lui paraîtrait défectueux dans l'exécution. Cette défiance de lui-même, qui eût entraîné trop de dépenses, le fit exclure. On appela de Rome le cavalier Bernini, dont le nom était célèbre par la colonnade qui entoure le parvis de Saint- Pierre, par la statue équestre de Constantin et par la fontaine Navonne. Des équipages lui furent fournis pour son voyage. Il fut conduit à Paris en homme qui venait honorer la France. 11 reçut, outre cinq louis par jour pendant huit mois qu'il y resta, un présent de cinquante mille écus, avec une pension de deux
1. Les carrosses rureni inventes au commencement du xvii* siècle; mais on s'en servit peu d'abord , et il y en avait à peine cent dans Paris sotts le rè^ne de Henri IV .* les rues étaient trop étroites, à peine pavées. C'était le privilège des grandes dames, surtout de la maison au roi; les hommes allaient achevai. Le prince de Condé,au retour de son exil, amena de Bruxelles rers 1660 un carrosse où il y avait des vitres; et bientôt, avec les améliorations qui changèrent la face de Paris, la mode devint générale.
2. «L'abbé de Saint-Pierre, dans ses Annales politiques, page !04 de son manuscrit, dit que «ces choses prouvent le nombre des fainéants; leur M goût pour la fainéantise, qui suffit à entretenir et à nourrir d'autres espèces •c de fainéants...; que c'est présentement ce qu'est la nation italienne, où <c ces arts sont portés à une haute perfection; ils sont gueux, fainéants, pa- « resseux, vains , occu|)és de niaiseries , etc. »
« Ces réflexions grossières et écrites grossièrement n*en sont |)as plus iustes. Lorsque les italiens réussirent le plus dans ces arts, c'était sous les licdicis, pendant que Venise était 'a plus guerrière et la plus opulente, des républiques C'était le temps oh IMtolie produisit de grands hommes de guerre et dBA artistes illustres en tout genre ; et «'est de même dans les années fIo> rissanies de Louis XI V aue les arts ont c;é le plus perfeaionnés. L'abbé da Saint-Pierre s'est trompe dans beaucoup de chuses , et a fait regretter que la raison n'ait pas secondé en lui les bonnes internions. » ( Note de Voltaire.;
3. II y a eu, au xvii« siècle, deux architectes célèbres de ce nom , François Mansard , qui construisit le palais de Maisons près de Saint-^îermain ci inventa les man9ard««; Jules -Uardouin Mansard, son neveu, qui éleva !• 'Chapelle dofc Invalides et celle de Versailles.