‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 137 sur 168 · BATIMENTS ET FONDATIONS · texte numérisé non relu

BATIMENTS ET FONDATIONS

mille, et une de cinq cents pour son fils. Cette générosité de Louis XÏV envers le Bernin fut encore plus grande que la magnificence de François !" pour Raphaël. Le Bernin , par reconnaissance , fit depuis à Rome la statue équestre du roi, qu'on voit à VersailU»s. Mais quand il arriva à Paris avec tant d'appareil, comme le seul homme digne do travailler pour Louis XIV, il fut bien surpris de voir le dessin de la façade du Louvre, du côté de Saint-Germain-FAuxerrois, qui devint bientôt après dans l'exécution un des plus augustes monuments d'architecture qui soient au monde. Claude Perrault avait donné ce dessin, exécuté parLouisLevau et Dorbay. Il inventa les machines avec lesquelles on transporta des pierres de cinquante-deux pieds de long, qui forment le fronton de ce majestueux édifice. On va chercher quelquefois bien loin ce qu'on a chez soi. Aucun palais de Rome n'a une entrée comparable à celle du Louvre , dont on est redevable à ce Perrault que Boileau osa vouloir rendre ridicule. Ces vfgnos si renommées sont, dePaveu des voyageurs, très-inférieures au seul château de Maisons , qu'avait bâti François Mansard à si peu de frais. Bernini fut magnifiquement récompensé, et ne mérita pas ses récompenses : il donna seulement des dessins qui ne furent pas exécutés.

Le roi, en faisant bâtir ce Louvre dontrachôvement est tant désiré, en faisant une ville à Versailles près de ce château qui a coûté tant de millions, en bâtissant Trianon , Marly *, et en faisant embellir tant d'autres édifices, fit élever l'Observatoire, commencé en 4666 , dès le temps qu'il établit l'académie de^ sciences. Mais le monument le plus glorieux par son utilité par sa grandeur et par ses difficultés, fut ce canal du Langue doc qui joint les deux mers', et qui tombe dans le port de

1. Oiï peut lire dans Saint-Simon (chap. cnx) un réiil piquant sur roriginti de Marly. Le roi , fatigué de ia poinpo et du bruit de Versailles , clierclra un pied'à-tcrre plus simple, Iranquitle et solitaire; il choisit Marly : « li crut choisir un ministre, un (Wvori, un général d'armée.» Mais bientôt Tcrmitage devint un palais, les bâtiments furent augmentés, les embellissements succédèrent aux cmbellissenients, les dépenses aux dépenses, la fameuse machine fut créée, et «c'est peu de dire que Versailles, tel

Î[u'on Ta vu , n'a pas coûte Marly. » — Quant à la machine hydraulique, elle ui l'œuvre d'un mécanicien, Rennequin Sualem, tils d'un charpentier de Ijége, appelé en France par Celbert : commencée en 1675, elle fut achevée en 1682, et fonctionna l'année suivante. Elle est regardée cumme un chefd'œuvre pour l'époque où elle fut exécutée, et elle nt à sou auteur une ré' puiation immense. En 1826, elle a été remplacée par une machine à vapeui beaucoup plus simple et d'un entretien moins dispendieux.

2. Ce canal fut exécuté par le célèbre Riquet, issu d'une famille florentme

Cette, construit pour recevoir ses eaux. Tout ce travail fut commencé dès 4664, et on le continua sans interruption jus* qu'en 4684. La fondation des Invalides et la chapelle de ce bâtiment, la plus belle de Paris, l'établissement de Saint-Gyr, le dernier de tant d'ouvrages construits par ce monarque, Suffiraient seuls pour faire bénir sa mémoire*. Quatre mille soldats et un grand nombre d'officiers, qui trouvent dans l'un de ces grands asiles une consolation dans leur vieillesse et des secours pour leurs blessures et pour leurs bssoitis, deux cent cinquante filles nobles, qui reçoivent dans l'autre une éducation digne d'elles, sont autant de voix qui célèbrent Louis XIV. L'établissement de Saint-Cyr sera surpassé par celui que Louis XV vient de former pour élever cinq cents gentilshommes ^ ; mais loin de faire oublier SainUCyr, il en fait souvenir : c'est l'art de faire du bien qui s'est perfectionné.

Louis XIV voulut en même temps faire des choses plus grandes et d'une utilité plus générale, mais d'une exécution plus difficile; c'était de réformer les lois. Il y fît travailler le chancelier Séguier, les Lamoignon , les Talon, les Bignon, et surtout le conseiller d'État Pussort. Il assistait quelquefois à leurs assemblées. L'année 4667 fut à la fois l'époque de ses premières lois et de ses conquêtes. L'ordonnance civile' parut

réfugiée en France, sur les dessins de IMngénieur français Andréossy. Les travaux coûtèrent environ trenie-quaire millions, et employèrent chaque année dix à douze mille ouvriers. Boileau a dit, dans son Lpître au roi«

J'entends déjà frémir les deux mers étonnées De voir^ieurs flots unis aux pieds des Pyrénées.

1. « I/abbé de Saint-Pierre critique cet établissement, que presque toute.* les nations ont imiié. » ( Note de Voltaire. )

2. ],' École militaire, fondée en 1751, ouverte de nos jours à toutes les conditions et à toutes les fortunes.

3. I/ordonnance civile avait pour but de régler la forme et la marcbc des procès : un arrêté qui date de la même époque devait les rendre moins nombreux , en réformant les registres de Tétai civil. Depuis François l*' qui les avait insiiiués, ils étaient tenus par les curés des paroisses, mai« presque toujours sans oidre et sans exactitude, quelquefois illisibles , soa vent remplis de noies étrangères aux actes de la vie religieuse et civile Voici quelques exemples pris au hasard dans les registres de la paroisse Saint-Paul : « Le mardi 18 août 1649 , notre pauvre peut roi Louis XIV nou fut ramené par cellec ei ceux qui nous ravaicnt ravi de la bonne ville de Paris. Ke mercredi 6 janvier, année présente , je suppliai bien humblement le bon Dieu de lui vouloir donner lu grâce et la conauile de son bisaïeul saini Louis pour le bon gouvernement, la paix de .ses peuples et de tous ses sujets. — Le dernier jour de l'année 1647, reçu de M"" Foresi deux bouteilles de vie <»t un grand morceau de pàlé ; de M»« de Monlplaisir, deux quarts d'écu.— La nuit d'entre le jeudi 9 et vendredi lo janvier 1642 , qui était la fèie de saint Guillaume , ma bichonne lit deux chiennes et un chien : je donnai la plus Mtite et la plus belle à M. Hallard , et le lendemain je coupai les oreilles aux deux autres etc. m ^ François Barrière , Essai sur les Mœurs et U* usageg

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d'abord, ensuite le code des eaux et forêts, puis dés' statuts pour toutes les manufactures ; rordonnancé criminelle, le code du conunerce, celui de la marine, tout cela se suivit presque d'année en année. 11 y eut même une jurisprudence nouvelle, établie en faveur des nègres de nos colonies^ espèces d'hommes qui n'avaient pas encore joui des droits de fhumanilé.

Une connaissance approfondie de la jurisprudence n'est pas le partage d'un souverain ; mais le roi élait instruit des lois principales : il en possédait l'esprit, et savait ou les soutenir ou les mitiger à propos. Il jugeait souvent les causes de ses sujets, non-seulement dans le conseil des secrétaires d'État, mais dans celui qu'on appelle le conseil des parties^. Il y a de lui deux jugements célèbres , dans lesquels sa voix décida contre lui-même.

Dans le premier, en 4680, il s'agissait d*un procès entre lui et des particuliers de Paris qui avaient bâti sur son fonds. H '*'oulut que les maisons leur demeurassent avec le fonds qui aii appartenait, et qu'il leur céda.

L'autre regardait un Persan, nommé Roupli , dont les marchandises avaient été saisies par les commis de ses fermes en 4687. Il opina que tout lui fût rendu, et y ajouta un présent de trois mille écus. Roupli porta dans sa patrie son admiration et sa reconnaissance. Lorsque nous avons vu depuis à Paris l'ambassadeur persan, Mehemet Rizabeg, nous l'avons trouvé instruit dès longtemps de ce fait par la renommée.

L'abolition des duels fut un des plus grands services rendus à la patrie.' Ces combats avaient été autorisés autrefois par les rois, par les parlements même et par l'Église; et, quoiqu'ils fussent défendus depuis Henri IV, celte funeste coutume subsistait plus que jamais. Le fameux combat des La Frette, de quatre contre quatre, en 4 663, fut ce qui détermina Louis XIV à ne plus pardonner. Son heureuse sévérité corrigea peu à peu noire nation, et même les nations voisines, qui se conformèrent à nos sages coutumes, après avoir pris nos mauvaises. Il y a dans l'Europe cent fois moins de duels aujourd'hui que du temps de Louis XIII.

du XVII* siècle y en tête des Mémoires de Brienne, tome l, p. 157.) Pour remédier à ces abus, qui multipliaient nécessairement les procès de succession , une ordounance de 1667 régla la forme et la teneur des registres de l'état civil.

1. Le conseil des parties ou grand conseil était une des auatre cours supérieures. Vov. la note i de la page» 34.

302" CUAPITRE XXIX.

Législateur de ses peuples, il le fut de aes armées*. Il est étrange qu'avant lui on ne connût point les habits uniformes dans les troupos. Ce fut lui qui , la première année de son administration, ordonna que chaque régiment fût distingué par la couleur des habité ou par différentes marques ; règlement adopté bientôt par toutes les nations. Ce fut lui qui institua les brigadiers*, et qui mit les corps dont la maison du roi est formée sur le pied où ils sont aujourd'hui. Il fit une compa gnie de mousquetaires des gardes du cardinal Mazarin, et fîxë à cinq cents hommes le nombre des deux compagnies, auxquelles il donna Thabit qu'elles portent encore.

Sous lui plus de connétable, et, après la mort du duc d'Épernon,plus de colonel général de l'infanterie; ils étaient trop maîtres : il voulait l'être, et le devait. Le maréchal de Gramont, simple mestre de camp des gardes françaises sous le duc d'Ëpernon , et prenant l'ordre de ce colonel général , ne le prit plus que du roi, et fut le premier qui eut le nom de colonel des gardes. Il installait lui-même ces colonels à la têle du régiment, en leur donnant de sa main un hausse-col doré avec une pique, et ensuite un esponton', quand l'usage des piques fut aboli. Il institua les grenadiers, d'abord au nombre de quatre par compagnie dans le régiment du roi , qui est de sa création; ensuite il forma une compagnie de grenadiere dans chaque régiment d'infanterie; il en donna deux aux gardes françaises; maintenant il y en a dans toute l'infanterie une par bataillon. Il augmenta beaucoup le corps des dragons, et leur donna un colonel général. Il ne faut pas oublier rétablissement des haras en 4667. Ils étaient absolument abandonnés auparavant, et ils furent d'une grande ressource pour remonter la cavalerie : ressource importante, depuis trop négligée.

L'usage de la baïonnette au bout du fusil est de son institution. Avant lui on s'en servait quelquefois , mais il n'y avait que quelques coippagnies qui combattissent avec cette arme.

1. Lesrérormes dans Tarmée forent principalement Tœuvre de Loavoif. La haine de Sainv-Simon ne s'y trompe pas : c'est le ministre plus encoïc que le roi qu'il poursuit de ses attaques (Nissionnées et souvent injustes. So le caractère de LouYois, voy. plus baut, au chapitre xi, page iSi, une letin de M-« de Sévigné.

2. tt i;al)bé oe Saint-Pierre, dans ses Annales, ne parle que de cette insti tuiion de brigadiers , et oublie tout ce que Louis XIY fit pour la discipliiic militaire. » ( Note de Voltaire. )

S. Vttnonton était une ?or'.c rîc demi-pique. L'usage en fut aboli en tlhi

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