DISPUTES SUR LES CÉRÉMONIES CDINOISES
avec les autres Européans sur les rites de la Chine vous ont nui infinimont. Que dirioz-vous si, nous transportant dans TEurope, nous y tenions la même conduite que vous lenez ici? en bonne foi, le souffririez-vous? » Il était difficile dé répliquer à ce discours. Cependant ils obtinrent que ce prince parlât à l'empereur en leur faveur; et, lorsquMls furent admis aux pieds du trône , Tempereur leur déclara qu'il renvoyait enfln tous ceux qui se disaient missionnaires.
Nous avons, déjà rapporté ses paroles . « Si vous avez su tromper mon père, n'espérez pas me tromper de môme*. »
Malgré les ordres sages de Terapereur, quelques^ésuites revinrent depuis secrèlemenTdâns tes provinces sous le successeur du célèbre Young-tching ; ils furent condamnés à la mort pour avoir violé manifestement les lois de Tempire. C'est ainsi que nous faisons exécuter en France les prédicants huguenots qui viennent faire des attroupements malgré les ordres du roi. Cette fureur des prosélytes est une maladie particulière à nos climats , ainsi qu'on Ta déjà remarqué ; elle a toujours été inconnue dans la haute Asie. Jamais ces peuples n'ont envoyé de missionnaires en Europe , et nos nations sont les seules qui aient voulu porter leurs opinions, comme leur commerce , aux deux extrémités du globe. w
Les jésuites mêmes attirèrent la mort à plusieurs Chinois , et surtout à deux princes du sang qui les favorisaient. N'étaient-ils pas bien malheureux de venir du bout du monde mettre lu trouble dans la famille impériale, et faire périr deux princes par le dernier supplice? Ils crurent rendre leur mission respectable en Europe en prétendant que Dieu se déclarait pour eux , et qu'il avait fait paraître quatre croix dans les nuées sur Thorizon de la Chine. Ils firent graver les figures de ces croix dans leurs Lettres édifiantes et curieuses; mais, si Dieu avait voulu que la Chine fût chrétienne, se serait* il contenté de mettre des croix dans Tair? ne les aurait-il pas mises aans le cœur des Chinois ? —
I. « Voyei VBttai iur les Mœun, chap. cxcv. » (Kcte de Voltaire.