DISPUTES SUR LES CÉRÉMONIES CHINOISES
qiie ces atnés murmurassent. La piété filiale , qui est la base de cet empire , fait que dans toutes les conditions c*est un crime et un opprobre de se plaindre des dernières volontés d*un père.
Le nouvel empereur Young-tching surpassa son père dana Tamour des lois et du bien public. Aucun empereur n*encouragea plus Tagriculture. 11 porta son attention sur ce premier des arts nécessaires jusqu'à élever au grade de mandarin du huitième ordre , dans chaque province , celui des laboureurs qui serait jugé par les magistrats de son canton le plus diligent , le plus industrieux et le plus honnête homme ; non que ce laboureur dût abandonner un métier où il avait réussi pour exercer les fonctions de la judicature, qu'il n'aurait pas connues; il restait laboureur avec le titre de mandarin; il avait le droit de s'asseoir chez le vice-roi de la province, et de manger avec lui. Son nom était écrit en lettres d'or dans une salle publique. On dit que ce règlement si éloigné de nos mœurs , et qui peut-être les condamne , subsiste encore.
Ce prince ordonna que dans toute l'étendue de l'empire on n'exécutât personne à mort avant que le procès criminel lui eût été envoyé , et même présenté trois fois. Deux raisons qui motivent cet édit sont aussi respectables que l'édit même» L'une est le cas qu'on doit faire de la vie de l'homme; l'autre, la tendresse qu'un roi doit à son peuple.
il fit établir de grands magasins de riz dans chaque province avec une économie qui ne pouvait être à charge au peuple , et qui prévenait pour jamais les disettes. Toutes les provinces faisaient éclater leur joie par de nouveaux spectacles , et leur reconnaissance en lui érigeant des arcs de triomphe. Il exhorta par un édit à cesser ces spectacles, qui ruinaient réconomie par lui recommandée , et défendit qu'on lui élevât des monuments. « Quand j'ai accordé des grâces y dit-il dans son rescrit aux mandarins , ce n'est pas pour avoir une vaine réputation : je veux que le peuple soit heureux ; je veux qu'iî soit meilleur , qu'il remplisse tous ses devoirs. Voilà les seuls monuments que j'accepte. »
Tel était cet empereur , et malheureusement ce fut lui qui. proscrivit la religion chrétienne. Les jésuites avaient déjà plusieurs églises publiques, et même quolqui^s princes du sang impérial avaient reçu le baptême : on commençait à craindre des innovations funestes dans l'empire. Les malheurs arrivé»
au Japon faisaient plus d'impression sur les esprits que la [rareté du christianisme , trop généralement méconnu , n'en pou* vaît faire. On sut que précisément en ce temps-là les disputée qui aigrissaient les missionnaires de différents ordres les uns contre les autres avaient produit Textirpation de la religion chrétienne dans le Tonquin ; et ces mômes disputes, qui éclataient encore plus à la Qiine , indisposèrent tous les tribunaux contre ceux qui , venant prêcher leur loi , n'étaient pas d'accord entre eux sur cette loi même. EnGn on apprit qu'à Can* ton il y avait des Hollandais , des Suédois , des Danois , des Anglais qui , quoique chrétiens, ne passaient pas pour être de la religion des chrétiens de Macao.
Toutes ces réflexions réunies déterminèrent enfin le suprême tribunal des rites à défendre l'exercice du christianisme. L'arrêt fut porté le 1 4 janvierJ22i , mais sans aucune flétrissure, sans décerner de peines rigoureuses , sans le moindre mot offensant contre les missionnaires : l'arrêt même invitait Tempercur à conserver à Pékin ceux qui pourraient être utiles dans les mathématique. L'empereur confirma Tarrêt , et ordonna par son édit qu'on renvoyât les missionnaires à Macao, accompagnés d'un mandarin pour avoir soin d'eux dans le chemin , et pour les garantir de toule insulte. Ce sont les propres mots de l'édit.
Il en garda quelques-uns auprès de lui, entre autres le jésuite nommé Parennin, dont j'ai déjà fait l'éloge', homme célèbre par ses connaissances et par la sagesse de son caractère, qui parlait très-bien le chinois et le tartare. Il était nécessaire , non-seulement comme interprète , mais comme bon mathématicien. Cest lui qui est principalement connu parmi nous par les réponses sages et instructives sur les sciences de la Chine aux difficultés savantes d'un de nos meilleurs philosophes. Ce religieux avait eu la faveur de l'empereur Kang-hi, et conservait encore celle d'Young-tching. Si quelqu'un avait pu sauver la religion chrétienne, c'était lui. Il obtint, avec deux autres jésuites, audience du prince frère de Tempereur, chargé d'examiner l'arrêt et d'en faire le rapport. Parennin rapporte avec candeur ce quî leur fut répondu. Le prince, qui les protégeait, leur dit : « Vos affaires m'embarrassent; j'ai lu les accusations portées contre vous : vos querelles continuelles
t Dans PfMat «ur /M JfoNirt, chap. L