‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 32 sur 168 · DE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

DE L'ESPAGNE

L'Espagne, gouvernée par la branche aînée de la maison d'Autriche, avait imprimé, après la mort de Charles-Quint, plus de terreur que la nation germanique. Les rois d'Espagne étaient incomparablement plus absolus et plus riches. Les

1. Génie, ingeniuvfit esprit, caractère, naturel. Ce mot n'a pas d'autre sens, au xvii* siècle, et cnez nos grands écrivains. Un auteur oe génie ^ignlfîaii tout simplement un homme d'esprit Boileau a dit de lui-même *

« Ainsi , sans m'aveugler d'une vaine manie , Je mesure mon vol à mon faible génie. »

La Bruyère a écrit de Fénelon : « On sent la force et l'ascendant de ce rare esprit, soit qull proche de génie et sans préparation, soit qu'il prononce un discours étudié et oratoire. » C'est seulemcni de nos jours que le génie est devenu cette faculté supérieure et créatrice qui n'a appartenu qu'à quelques hommes dans riiistoire des lettres et des arts.

L'EUROPE AVANT LOUIS XIY Xï

mines du Mexique et du Potosi * semblaient leur fournir de quoi acheter la liberté de l'Europe. Vous avez vu ce projet de la monarchie ou plutôt de la supériorité universelle sur notre^ continent chrétien , commencé par Charles-Quint et soutenu par Philippe II.

La grandeur espagnole ne fat plus, sous Philippe III, qu'un vaste corps sans substance» qui avait plus de réputation qu& de force.

Philippe IV, héritier de la faiblesse de son père, perdit le Portugal par sa négligence, le Roussiilon par la faiblesse do ses armes, et la Catalogne par Tabus du despotisme. De tels rois ne pouvaient être longtemps heureux dans leurs guerres contre la France. S'ils obtenaient quelques avantages par l€S divisions et les fautes de leurs ennemis, ils en perdaient le fruit par leur incapacité. De plus , ils commandaient à des peuplesque leurs privilèges mettaient en droit de mal servir : les Castillans avaient la prérogative de ne point combattre hors de leur patrie ; les Aragonais disputaient sans cesse leur liberté contre le conseil royal ; et les Catalans , qui regardaient leurs rois comme leurs ennemis , ne leur permettaient pas même de lever des milices dans leurs provinces.

L'Esi)€igne cependant, réunie avec TEmpire, mettait un poids redoutable dans la balance de TEurope.

Page 1