Condolttert vient da mot eondottay contrat de louage
2. «Torstenson était pa^e de Gustare-Àdo^phe, en i624. Le roi, prêt d'altaaver un corps de Uthaaniens en Livonie,et n'ayant point d'adjudant auprès de lui, envoya Tor^^tenson porter ses ordres k an officier général, pour profiter d'un mouvement qu'il vit Taire aur ennemis. Torstenson part et revient. Cependant les ennemis avaient changé leur marche; le roi était désespéré de l'ordre qoHl avait donné : « Sire, dit Torstenson, daignez me pardonner; •I voyant les ennemis faire un mouvement contraire, j*ai donné un ordre con- « traire. » Le roi ne dit mot; mais le soir, ce page servant à table, il le lit souper à côté de lui, et lui donna une enseigne aux gardes, quinze jours après une compagnie, ensuite un régimenu Torstenson fut un des grands capitaines de l'Europe. » (Note de Voltaire.)
(19 mai 4643)* On remarque que ce prince, ayant toui réglé le soir, veille de la bataille , s'enëormit si profondément qu'il fallut le réveiller pour combattre. On conte la même chose d'Alexandre. Il est naturel qu'un jeune homme , épuisé par les fatigues que demande l'arrangement d'un si grand jour, tombo ensuite dans un sommeil plein ; il l'est aussi qu'un génie fait pour la guerre , agissant sans inquiétude , laisse au corps assez de calme pour dormir. Le prince ga^nala bataille par luimême , par un coup d'œil qui voyait î la fois le danger et la ressource , par son activité exempte de trouble, qui le portait à propos à tous les endroits. Ce fut lui qui, avec de la cavalerie, attaqua cette infanterie espagnole jusque-là invincible, aussi forte, aussi serrée que la phalange ancienne si estimée» et qui s'ouvrait, avec une agilité que la phalange n'avait pas^ pour laisser partir la décharge dedix-huit canons qu'elle ren« fermait au milieu d'elle. Le prince l'entoura et l'attaqua trois fois. Â peine victorieux , il arrêta le carnage. Les ofiiciers espagnols se jetaient à ses genoux pour trouver auprès de lui un asile contre la fureur du soldat vainqueur. Le duc d'Ënghien eut autant de soin de les épargner qu'il en avait pris pour les vaincre.
Le vieux comte de Fuentes, qui commandait cette infanterie espagnole, mourut percé de coups. Condé en l'apprenant dit « qu'il voudrait être mort comme lui , s'il n'avait pas vaincu. »
Le respect qu'on avait en Europe pour les armées espagnoles se tourna du côté des armées françaises , qui n'avaient point depuis cent ans gagné de bataille si célèbre; car la sanglante journée de Marignan , disputée plutôt que gagnée par Françoisl*^ contre les Suisses, avait été l'ouvrage des bandes noires allemandes' autant que des troupes françaises. Les journées de Pavie et de Saint-Quentin étaient encore des époques fatales à la réputation de la France. Henri IV avait eu le malheur de ne remporter des avantages mémorables que sur sa propre nation. Sous Louis XIII, le maréchal de Guébriant avait eu de petits succès, maie toujours balancés par des pertes. Les
I. 11 faut comparer le récit de Bossoet, dans VOraison funèbre du princê de Condéy avec celui de Voliaire. L'un est plus oratoire, plus entraînant, d'une magnificence presque poétique; l'autre est plus simple, comme il conrient à Tbistoire.
2. Des bandes noires allemandes. On désîg>nail ainsi les lansquenets, à «anse de la couleur de leurs drapeaux.
grandes batailles qui ébranlent les Ëtats , et qui restent à jamais dans la mémoire des hommes , n'avaient été livrées en ce tonps que par Gustave-Adolphe.
Cette journée de Rocroi devint Tépoque de la gloire française et de celle de Condé. Il sut vaincre et profiter de la victoire. Ses lettres à la cour firent résoudra le siège de Thionvilie, que le cardinal de Richelieu n'avait pas osé hasarder ; et au retour de BOé courriers, tout était déjà préparé pour cette expé^ dition.
Le prince de Condé passa à travers le pays ennemi , trompa la vigilance du général Beck, et prit enfin Thiooville(8 auguste ' 4643). De là, il courut mettre le siège devant Syrck, et s'en rendit matlre. Il fit repasser le Rhin aux Allemands ; il le passa après eux ; il courut réparer les pertes et les déraitesque les Français avaient essuyées sur ces frontières après la mort du maréchal deGuébriant.ll trouva Fribourg pris, et le général Merci sous ses murs avec une armée supérieure encore à la sienne. Condé avait sous lui deux maréchaux de France, dont l-un était Gramont, et Tautre ce Turenne, fait maréchal depuis peu de mois, après avoir servi heureusement en Piémont contre les Espagnols. Il jetait alors les fondements de la grande réputation quMI eut depuis. Le prince, avecces deux généraux, attaqua le camp de Merci , retranché sur deux éminences (34 auguste 4644). Le combat recommença trois fois, à trois jours différents. On dit que le duc d'Enghien jeta son bftton de commandement dans les retranchements des ennemis, et marcha pour le reprendre Tépée à la main , à la tète du régiment de Conti. II fallait peut-être des actions aussi hardies pour mener les troupes à des attaques aussi difficiles *. Cette bataille de Fribourg, plus meurtrière que décisive , fut la seconde victoire de ce prince. Merci décampa quatre jours après. Philipsbourg et Mayence rendus furent la preuve et le fruit de la victoire.
Le duc d'Enghien retourne à Paris, reçoit les acclamations
1. Voltaire écHt partoat et avec intention auguste au lieu à*août. Il dit plas d'une fois, dans le Siècle de I,o\iti A7 V : « Ju{;ut(«, que nous appelons si improprement aoti^ » L'usage contraire a préTalu. (Voy. la note 2 de la p. '.) ^
3. Dans le récit de la bataille de Fribonrg, Bossuet ne parle pas de cette action héroïque du prince de Condé. Il dit seulement: « On ne Peut pas plutôt TU pied à terre forcer le premier ces inaccessibles hauteurs, que son ardeur entraîna tout apris elle. » Aacon antre oontemporain ne parait avoir connu ce fait, si souvent cité depuis. G est peut-être une de ees traditions populaires, comme il s'en forme tant autour du nom d«s grands hommes, après leur mort.
28 CHAPITRE in.
du peuple et demande des récompenses à la cour, ii laisse son armée au prince maréchal de Turenne. Mais ce général , tout habile qu'il est déjà, est battu à Mariendal. (avril 4645) Le prince revole à Tarmée, reprend iecommandenrient, et Joint à la gloire de commander encore Turenne celle de réparer sa défaite. Il attaque Méh;i dans les plaines de Nordlingen. Il y gagne une bataille complète (3 auguste 4645); le maréchal de Gramont y est pris, mais le général Glen, qui commandait sous Merci , est fait prisonnier , et Merci est au nombre des morts. Ce général , regardé comme un des plus grands capitaines , fut enterré près du cliampde bataille ; et on grava sur sa tombe, sta, viator; heroeh calcas : Arrête, voyageur; tu foules un héros. Cette bataille mit le comble à la gloire de Condé, et fit celle de Turenne, qui eut Thonneur d'aider puissamment le prince à remporter une victoire dont il pouvait être humilié. Peut-être ne fut-il jamais si grand qu'en servant ainsk celui dont il fut depuis Fémuie et le vainqueur.
Le nom du duc d'Enghien éclipsait alors tous les autres noms. (7 octobre 4646} II assiégea ensuite Dunkerque, à la vue de l'armée espagnole , et il fut le premier qui donna celte place à la France.
Tant de succès et de services, moins récompensés que suspects à la cour, le faisaient craindre du ministère autant que des ennemis. On le tira du théâtre de ses conquêtes et de sa gloire, et on l'envoya en Catalogne avec de mauvaises troupes mal payées; il assiégea Lérida et fut obligé de lever le siège (4647). On l'accuse, dans quelques livres, de fanfaronnade, pour avoir ouvert la tranchée avec des violons. On ne savait pas que c'était l'usage en Espagne *.
Bientôt les affaires chancelantes forcèrent la cour de rappeler Condé* en Flandre. L'archiduc Léopold, frère de l'empereur Ferdinand III, assiégeait Lens en Artois. Condé, rendu à ses troupes qui avaient toujours vaincu sous lui , les mena droit à l'archiduc. C'était pour la troisième fois qu'il donnait bataille avec le désavantage du nombre, il dit à ses soldats ces seules paroles : « Amis, souvenez-vous de Rocroi, de Fribourg^ et de Nordlingen. »
I. On Ui dans les ana du temps que plus tard le grand Condé, se trourant au théâtre, voulut faire saisir par le guet un spectateur qui troublait Tordre, mais que celui-ci dit tout haut en a'esquiTant : « On ne me prend pas, je me nomme Lérida. »