‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 68 sur 168 · CONQUÊTE DE LA FLANDRE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE LA FLANDRE

laissait la monarchie espagnole sans défense '. Le roi de France avait tout ce qui manquait à l'Espagne.

L'art d'attaquer les places n'était pas encoie perfectionné comme aujourd'hui, parce que celui de les bien fortifier et de k^ bien défendre était plus ignoré. Les frontières de la Flandre espagnole étaient presque sans fortifications et sans garnisons.

Louis n'eut qu'à se présenter devant elles. (Juin 1667) Il entra dans Charleroi comme dans Paris; Ath, Tournai, furent prises en deux jours ; Furnes, Armentières, Courtrai, ne tinrent pas davantage. Il descendit dans la tranchée devant Douai, qui se rendit le lendemain (6 juillet). Lille , la plus florissante ville de ces pays, la seule bien fortifiée, et qui avait une garnison de six mille hommes , capitula (27 auguste) après neuf jours de siège. Les Espagnols n'avaient que huit mille hommes à opposer à l'armée victorieuse ; encore l'arrière-garde de cette petite armée fut-elle taillée en pièces (34 auguste) par le marquis f depuis maréchal , de Créqui. Le reste se cacha sous Bruxelles et sous Mons, laissant le roi vaincre sans combattre.

Cette campagne, faite au milieu de la plus grande abondance, parmi des succès si faciles, parut le voyage d'une cour. La bonne chère, le luxe et les plaisirs s'introduisirent alors dans les armées, dans le temps même que la discipline s'affermissait. Les officiers faisaient le devoir militaire beaucoup plus exactement, mais avec des commodités plus recherchées. Le maréchal de Turenne n'avait eu longtemps que des assiettes de fer en campagne. Le marquis d'Humières fut le premier, au siège d'Arras *, en 4658 , qui se lit servir en vaisselle d'argent à la tranchée, et'qui fit manger des ragoûts et des entremets. Mais dans cette campagne de 4 667, où un jeune roi, aimant la magnificence, étalait celle de sa cour dans les fatigues de la guerre^ tout le monde se piqua de somptuosité et de goût dans la bonne chère, dans les habits , dans les équipages. Ce luxe, la marque certaine de la richesse d'un grand Etat, et souvent la cause de la décadence d'un petit, était cependant encore trèspeu de chose auprès de celui qu'on a vu depuis. Le roi , ses généraux et ses ministres allaient au rendez-vous de l'armée à

1. Dont l'administration laissait la monarchie espagnole sans défense. C'était le père Nithard, confesseur de la reine, qui raYait accompagnée en Espagne et exerçait sur elle un empire absolu.

2. Il y a ici erreur, au moins dans le nom d'Arras. Arras appartenait à la France depuis le i3 Juin 1640; en i684, les Espagnols en tentèrent inutilement le iiege , comme on Ta vu plus haut (chap. vi , p. 64).

Page 1