CONQUÊTE DE LA FLANDRE
domination de l'empereur *. il n*est pas dit s*ilencoûtade l'ar* gent pour cette étrange négociation. D'ordinaire ce principal article de tant de traités demeure secret.
Léopold n'eut pas sitôt signé Tacte qu'il s'en repentit : il exigea au moins qu'aucune cour n'en eût connaissance, qu'on n'en fît Doint une double copie selon l'usage, et que le seul instrument qui devait subsister fût enfermé dans une cassette de métal , dont l'empereur aurait une clef et le roi de France l'autre. Cette cassette dut être déposée entre les mains du grand-duc de Florence. L'empereur la remit pour cet effet entre les mains de l'ambassadeur de France à Vienne, et le roi envoya seize de ses gardes du corps aux portes devienne pour accompagner le courrier, do peur que l'empereur no changeât d'avis et ne fît enlever la cassette sur la route. Elle fut portée à Versailles, et non à Florence, ce qui laisse soupçonner que Léopold avait reçu de l'argent, puisqu'il n'osa se plaindre*.
Voilà comment l'empereur laissa dépouiller le roi d'Espagne.
Le roi, comptant encore plus sur ses forces que sur ses raisons , marcha en Flandre à des conquêtes assurées *.
1. H. Hignet a exposé tous les détails de cette longue et étonnante négociation , commencée le 8 janvier 1667 et terminée seulement le 17 janvier do Tannée suiTante, quelques jours après la conquête de la Flandre. Elle fui Conduite par l'ambasaadeur de France à Vienne , le chevalier de GrémODville, un de ces diplomates formés à l'école de Mazarin. «Telle fut, diiM. Mignet, la lin d'une des plus grandes affaires entreprises par la politique, puisqu'elle était destinée à régFer la plus vaste succession territoriale du monde; des plus hardies , puisqu'elle réglait cette succession trente-deux ans avant qu'elle s'ouvrît; des plus habilen^ent conduites, puisqu'elle réussit; et des plus mystérieuses, puisqu'elle est restée secrète jusqu'à nos jours. » (iV^ociatMna relatiioes, etc., partie III, section m.) Il n'est pas tout à fait exact
découvertes précieuses qu'il avait faites dans l'histoire diplomatique de ce règne, alors si peu connue.
2. On ne sait si Léopold avait reçu de l'argent; mais Louis XIV nous dit dans SCS Mémoires (t. II, p. 153) qu'il avait fait accepter au principal miniFire de l'empereur une somme de lOOOOO écus pour se le rendre favorable dans ces négociations. Le roi de France, enrichi par Colbert, était, suivant 'a remarque ingénieuse de M. Mignet, le trésorier des souverains nécessiteux de l'Eurojpe et de leurs ministres.
3. Louis XIV avait tout préparé pour accabler l'Espagne : il lui avait en- Jevé tous ses alliés en Europe , à commencer par l'Empire et l'empereur, et i 1 aval t réduit les au très Ëtats à la neuu*alité ou àri naclion . Les négociation s qui ont rempli cette belle époque, ignorées ou mal connues jus/^u'à nos jours, ont été publiées par M. Mignet (t. I et II). Après les avoir résumées en qaelqaes lignes dans son Introduction, il ajoute : « Presque toutes ces négociations réussirent. On n'en est pas surpris lorsqu'on connaît la manière dont elles furent conduites par M. de Lionne. La vue de ce ministre embrasse avec aisance le vaste champ des affaires politiques de l'Europe, et elles lai sont si familières , qu'il les traite avec une facilité merveîl -
98 CHIPITRE VIII.
(4667) Il était à la tête de trente-cinq mille hommes; an antre corps de huit mille fut envoyé vers Dunkerque , un de quatro mille vers Luxembourg. Turenne était sous lui le général de celte armée. Colbert avait multiplié les ressources de VÉIA pour fournir à ces dépenses. Louvois, nouveau ministre de la guerre, avait fait des préparatifs immenses pour la campagne. Des magasins de toute espèce étaient distribués sur la frontière. 11 introduisit le premier cette méthode avantageuse, que la faiblesse du gouvernement avait jusqu'alors rendue impraticable, de faire subsister les armées par magasins : quelque siège que le roi voulût faire, de quelque côté qu'il tournât ses armes, les secours en tout genre étaient prêts , les logements des troupes marqués, leurs marches réglées. La discipline, rendue.plus sévère de jour en jour par Faustérité inflexible du ministre, enchaînait tous les officiers à leur devoir. La présence d'un jeune roi , Tidole de son armée, leur rendait la dureté de ce devoir aisée et chère. Le grade militaire commença dès lors à être un droit beaucoup au-dessus de celui de la naissance. Les services et non les aïeux furent comptés, ce qui ne s'était guère vu encore : par là l'officier de la plus médiocre naissance fut encouragé, sans que ceux de la plus haute eussent à se plaindre. L'infanterie, sur qui tombait tout le poids de la guvre, depuis l'inutilité reconnue des lances, partagea les récompenses dont la cavalerie était en possession. Les maxin'js nouvelles dans le gouvernement inspiraient un nouveau iourage.
Le roi, entre un chef et un ministre également habiles, tous Jeux jaloux l'un de l'autre , et cependant ne l'en servant que mieux, suivi des meilleures troupes de l'Europe, enfin ligué de jDOuveau avec le Portugal, attaquait avec tous ses avantagea une province mal défendue d'un royaume ruiné et déchiré. Il ii'avait à faire qu'à sa belle-mère, femme faible, gouvernée par un jésuite , dont l'administration méprisée et malheureuse
lease. Dans les ordres et les directions qu'il donne, il montre la connais, sance la plus profonde des hommes et des matières d'État ; il prévoit toutes ks difficultés probables, et il indique avec abondance les moyens de les vaincre. On le surprend fréquemment à penser, agir, diriger de lui-même, sauf l'approbation au roi qui ne lui manque jamais : il paraît ne pas douter que ses avis seront écoutés, préférés, suivis. » Le marquis de Lionne n'a
Pas été jugé moins favorablement par ses contemporains : « Il avait, dit abbé de Cboisy (Édition Petitot, t. LXIII, p. 214), un génie supérieur. Son esprit, naturellement vif et perçant, s'était encore aiguisé dans les affaires oh le cardinal Mazarin l'avait mis de l>onne heure. » SainV^imoD (cbap. cxxx) TatipeUe « le plus grand ministre du règne de Louis XIV. »