CONQUÊTE DE LA HOLLANDE
leor genre, en faisaient les fonctions. Martinet mettait alors rinfanterie sur le pied do discipline où elle est aujourd'hui. Le chevalier de Fourilles faisait la même charge dans la cavalerie. Il y avait un an que Martinet avait mis la baïonnette en usage dans quelques régiments. Avant lui on ne s'en servait pas d'une manière constante et uniforme. Ce dernier effort peut-être de ce que l'art militaire a inventé de plus terrible était connu , mais peu pratiqué , parce que les piques prévalaient. H avait imaginé des pontons de cuivre, qu'on portait aisément sur des charrettes '. Le roi, avec tant d'avantages, sûr de sa fortune et de sa gloire , menait avec lui un historien qui devait écrire ses victoires ; c'était Pellissou , homme dont il sera parlé dans l'article des beaux-arts, plus capable de bien écrire que de ne pas flatter.
Ce qui avançait encore la chute des Hollandais , c'est que le marquis de Louvois avait feit acheter chez eux par le comte de Ben theim, secrètement gagné, une grande partie des munilions qui allaient servir à les détruire, et avait ainsi dégarni beaucoup leurs magasins. 11 n'est point du tout étonnant que des marchands eussent vendu ces provisions avant la déclaration de la guerre, eux qui en vendent tous les jours à leurs ennemis pendant les plus vives campagnes. On sait qu'un négociant de ce pays avait autrefois répondu au prince Maurice, qui le réprimandait sur un tel négoce : « Monseigneur, si on pouvait par mer faire quelque commerce avantageux avec l'enfer, je hasarderais d'y aller brûler mes voiles. » Mais ce qui est surprenant, c'est qu'on a imprimé que le marquis de Louvois alla lui-même, déguisé, conclure ses marchés en Hol-
1. Ces prcparaiifd formidables de Louis XIV s'expliquent par la crainte qu*io8pirail à tout le monde la nouvelle guerre, et l'opinion peut-être cxa^
gérée qu'on avait de la puissance hollandaise. « Quelle guerre ! écrit [■••de Scvi^né; la plus cruelle, la plus périlleuse dont on ait jamais ooî parler, depuis le |)assage do Charles YIII en Italie. On Ta dit au roi : TYssel est dcfenau et bordé de deux cents pièces de canons, de soixante mille iiunnnes de pied, de trois grosses villes, d'une lai^e rivière qui est encore auHievant. Le comte de Guiche, qui sait le pays, nous montra l'autre jour celle carte chez M"'» de Yerneuil : c'est une chose élonnanie. M. le prince est fort occupé de cette grande affaire. Il lui vint l'autre jour une manière de fou assez plaisant, qui lui dit qu'il savait fort bien faire de la monnaie. Mon ami, dit-il, je te remercie; mnis si tu sais une invention pour nous faire passer l'Vssel sans être assommés, tu me feras grand plaisir, car je n'en skis point. » (Leilre du 27 avril i672, à sa filla.) Nous citerons plus d'une fois encore la correspondance de M"» de Sévigné, si instructive et si intéressante, surtout depuis le départ de sa fille. M»»* de Gri^nan venait de quitter Paris et la cour (1071), pour suivre son mari nommé lieutenantgéncral de Provence.
Ît8 CHAPITRE X.
lande. Comment peut-on avoir imaginé ane aventure si déplacée, si dangereuse et si inutile?
Contre Turenne , Condé , Luxembourg , Vauban , cent trente mille combattants, une artillerie prodigieuse, et de l'argent avec lequel on attaquait encore la fidélité des commandants des places ennemies, la Hollande n'avait à opposer qu'un jeune prince d'une constitution faible, qui n'avait vu ni sièges ni combats, et environ vingt-cinq mille mauvais soldats en quoi consistait alors toute la garde du pays. Le prince Guillaume d'Orange, âgé de vingt-deux ans, venait d'être élu capitaine général des forces de terre par les vœux de la nation : Jean de Witt, le grand pensionnaire , y avait consenti par nécessité. Ce prince nourrissait sous le flegme hollandais une ardeur d'ambition et de gloire qui éclata toujours depuis dans sa conduite, sans s'échapper jamais dans ses discours. Son humeur était froide et sévère, son génie actif et perçant; son courage., qui ne se rebutait jamais, fit supporter à son corps faible et languissant des fatigues au-dessus de ses forces. Il était valeureux sans ostentatiDu , ambitieux , mais ennemi du faste; né avec une opiniâtreté flegmatique faite pour combattre l'adversité, aimant les afl'aires et la guerre, ne connaissant ni les plaisirs attachés à la grandeur, ni ceux de l'humanité, enfin presque en tout l'opposé de Louis XIV.
Il ne put d'abord arrêter le torrent qui se débordait sur sa patrie. Ses forces étaient trop peu de chose , son pouvoir même était limité par les États. Les armes françaises venaient fondre tout à coup sur la Hollande , que rien ne secourait. L'imprudent duc de Lorraine, qui avait voulu lever des troupes pour joindre sa fortune à celle de cette république , venait de voir toute la LoiTaine saisie par les troupes françaises, avec la même facilité qu'on s'empare d'Avignon quand on est mécontent du pape.
Cependant le roi faisait avancer ses armées vers le Rhin, dans ces pays qui confinent à la Hollande, à Cologne et à la Flandre. Il faisait distribuer de l'argent dans tous les villages, pour payer le dommage que ses troupes y pouvaient faire. Si quelque gentilhomme des environs venait se plaindre, il était sûr d'avoir un présent. Un envoyé du gouverneur des Pays- Bas, étant venu faire une représentation au roi sur quelques dé^ts commis par les troupes, reçut de 3a main du roi son portrait enrichi de diamants, estimé plus de douze mille
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francs. Celte conduite attirait l'admiration des peuples, et augmentait la crainte de sa puissance.
Le roi était à la tête de sa maison et de ses plus belles troupes, qui composaient- trente mille honimes : Turenne les commandait sous lui. Le prince de Condé avait une armée aussi forte. Les autres corps, conduits tantôt par Luxembourg, tantôt par Chamilly ', faisaient dans Toccasîon des armées séparées, ou se rejoignaient selon le besoin. On commença par assiéger à la fois quatre villes, doilt le nom ne mérite de place dans rhistoire que par cet événement : Rhinberg , Orsoy, Wesel , Burick. Elles furent prises presque aussitôt qu'elles furent investies. Celle de Rhinberg, que le roi voulut assiéger en personne, n*essuya pas un coup de canon ; et, pour assurer encore mieux sa prise , on eut soin de corrompre le lieutenant de* la place. Irlandais de nation, nommé Dosseri, qui eut la lâcheté de se vendre, et l'imprudence de se retirer ensuite à Maestricht, où le prince d'Orange le fit punir de mort.
Toutes les places qui bordent le Rhin et l'Yssel se rendirent. Quelques gouverneurs envoyèrent leurs clefs, dès qu'ils virent seulement passer de loin un ou deux escadrons français : plusieurs officiers s'enfuirent des villes où ils étaient en garnison, avant que l'ennemi fût dans leur territoire; la consternation était générale. Le prince d'Orange n'avait point encore assez de troupes pour paraître en campagne. Toute la Hollande s'at« tendait à passer sous le joug, dès que le roi serait au delà du Rhin. Le prince d'Orange fît faire à la hâte des lignes au delà de ce fleuve, et après les avoir faites, il connut l'impuissance de les garder. Il ne s'agissait plus que de savoir en quel endroit les Français voudraient faire un pont de bateaux , et de s'opposer, si on pouvait, à ce passage. En effet, l'intention duv roi était de passer le fleuve sur un pont de ces petits bateaux i inventés par Martinet. Des gens du pays informèrent alors le prince de Condé que la sécheresse de la saison avait formé un' gué sur un bras du Rhin, auprès d'une vieille tourelle qui sert de bureau de péage, qu'on nomme Tollhuys^ la maison du péage, dans laquelle il y avait dix-sept soldats. Le roi fit sonder ce gué par le comte de Guiche. Il n'y avait qu'environ
1. « Chàmillt (Noël Bouton, marquis de) avait été au siège de Candie; maréchal en 1T03, il s'est rendu célèbre par la défense de Grave en 1675 : le siège de cette petite place dura quatre mois et coûta seize mille hommes à l'armée des alliés. Mort en niS.»(\o\iaiTe, Liste des maréchaux de France,)
Vingt pas à nager au milieu de ce bras du fleuve , selon ce que ' dit dans ses lettres Pellisson , témoin oculaire, et ce que m'ont confirmé les habitants. Cet espace n'était rien , parce que plusieurs chevaux de front rompaient le fil de Teau très-peu rapide. L'abord était aisé : il n'y avait de l'autre côté de l'eau que quatre à cinq cents cavaliers et deux faibles régiments d'infanterie sans canon. L'artillerie française les foudroyait en flanc. Tandis que la maison du roi et les meilleures troupes de cavalerie passèrent, sans risque, au nombre d'environ quinze mille hommes (42 juin 4672), le prince de Condé les côtoyait dans un bateau de cuivre. A peine quelques cavaliers hollandais entrèrent dans la rivière pour faire semblant de combattre , ils s'enfuirent l'instant d'après devant la multitude qui venait à eux. Leur infanterie mit aussitôt bas les armes et demanda la vie. On ne perdit dans le passage que le comte de Nogent et quelques cavaliers qui , s'étant écartés du gué, se noyèrent; et il n'y aurait eu personne de tué dans cette journée, sans l'imprudence du jeune duc de Longueville. On dit qu'ayant la tête pleine des fumées du vin , il tira un coup de pistolet sur les ennemis qui demandaient la vie à genoux, en leur criant ; Point de quartier pour cette canaille. Il tua du coup un de leurs officiers. L'infanterie hollandaise désespérée reprit à l'instant ses armes, et fit une décharge dont le duc de Longueville fut tué. Un capitaine de cavalerie nommé Ossembrœk », qui ne s'était point enfui avec les autres, court au prince de Condé qui montait alors à cheval en sortant de la rivière, et lui appuie son pistolet à la tête. Le prince, par un mouvement, détourna le coup, qui lui fracassa le poignet. Condé ne reçut jamais que cette blessure dans toutes ses campagnes. Les Français irrités firent main basse sur cette infanterie, qui se mit à fuir de tous côtés. Louis XIV passa sur un pont de bateaux avec l'infanterie , après avoir dirigé lui-niéme toute la marche.
Tel fut ce passage du Rhin, action éclatante et unique, célébrée alors comme un des grands événements qui dussent occuper la mémoire des hommes. Cet air de grandeur dont le roi relevait toutes ses actions, le bonheur rapide de ses conquêtes, la splendeur de son règne, l'idolâtrie de ses courtisans, enfin le goût que le peuple et surtout les Parisiens ont
1. • Ou prononce 0»sembrouck; Vce fait oh cbez les Hollandais. » (Note de Voltaire.)
CONQUÊTE DE LA HOîXANDB, l2l
pour rexagëralion ; joint à l'ignorance de la guerre où l'on est dans Foisiveté des grandes villes, tout cela fît regarder, â Paris, le passage du Rhin comme un prodige qu'on exagérait encore. L'opinion commune était que toute l'armée avait passé ce fleuve à la nage, en présence d'une armée retranchée, et malgré rariillerie d'une forteresse imprenable, appelée le Tholus •. Il était très-vrai que rien n'était plus imposant pour les ennemis que ce passage, et que s'ils avaient eu un corps de bonnes troupes à l'autre bord, l'entreprise était très-périlleuse.
Dès qu'on eut passé le Rhin, on prit Doesbourg, Zulphen, Arnheim, Nosembourg, Nimègue, Schenck, Boounel, Crève^ cœur, etc. Il n'y avait guère d'heures dans la journée où le roi ne reçût la nouvelle de quelque conquête. Un officier nommé Mazel mandait à M. de Turenne : c Si vous voulez m'envoyer cinquante chevaux , je pourrai prendre avec cela deux ou trois
(20 juin 4672) Utrecht envoya ses clefs et capitula avec toute la province qui porte son nom. Louis fît son entrée triomphale dans cette ville (30 juin) , menant avec lui son grand aumônier, son confesseur et l'archevêque titulaire d'Utrecht. On rendit avec solennité la grande église aux catholiques. L'archevêque, qui n'en portait que le vain nom, fut pour quelque temps établi dans une dignité réelle. La religion de Louis XIV faisait des conquêtes comme ses armes. C'était un droit qu'il acquérait sur la Hollande dans l'esprit des catholiques.
Les provinces d'Utrecht, d'Over-Yssel , de Gueldre , étaient soumises : Amsterdam n'attendait plus que le moment de son
1. M"« de Sévigné écrit à sa fille le 17 juin 16T2, an bruit des premières nouTelles ; « On dit que M. le prince est blessé; oo dit que Nogeot a été noyé; on dit que Guitry est tué; on dit c[ue M. de Hoquelaure et H. de La Feuillade sont blessés, (^uMlv en a une infinité oui ont péri en cette rude occasion. Quand ]e saurai le actail de cette nouTclIe, je vous la manderai. » Quelques jours après (lettre du 3 juillet), sou effroi commence à se calmer : «. Vous doTCZ avoir reçu des relations fort exactes; elles vous auront fait voir que le Khin était mal défendu. » D'autres continuèreni à célébrer cci exploit en termes pleins d'admiration. On connaît l'épttre de Boileau ; quinze années plus tard , Bossuet disait encore, dans VOraison funèbre du prince de Conai : « Laissons le passage du Khin , le prodige do notre siècle et de la vie de Louis le Grand.» Napoléon ne partage pas l'enthousiasme du poète et de l'orateur éacré : « \.e passage du Khin est une opération militaire du quatrième ordre, pnisc(ue dans cet endroit le fleuve cstguéabie, appauvri par le Wabat, et nN&tait d'ailleurs défendu que par une poignée d'bommes. • (Mimoires d« Napoléon, t. V, p. 129.)
esclavage ou de sa ruine. Les juirs qui y sont établis s^eni» pressèrent dWrir à Gourvilie, intendant et ami du prince de Condé, deux millions de florins pour se racheter du pillage.
Déjà Naerden, voisine d'Amsterdam, était prise. Quatre cavaliers allant en maraude s'avancèrent jusqu*aux portes de Muiden, où sont les écluses qui peuvent inonder le pays, et qui n*est qu'à une lieue d'Amsterdam. Les magistrats de Muiden , éperdus de frayeur, vinrent présenter leurs clefs à ces quatre soldats ; mais enfin , voyant que les troupes ne s'avançaient point , ils reprirent leurs clefs et fermèrent les portes. Un instant de diligence eût mis Amsterdam dans les mains^u roi. Cette capitale une fols prise, non-seulement la république périssait V mais il n'y avait plus de nation hollandaise, et bientôt la terre même de ce pays allait disparaître. Les plus riches familles, les plus ardentes pour la liberté, se préparaient à fuir aux extrémités du monde et à s'embarquer pour Batavia. On fît le dénombrement de tous les vaisseaux qui pouvaient faire ce voyage et le calcul de ce qu'on pouvait embarquer. On trouva que cinquante mille familles pouvaient se réfugier dans leur nouvelle patrie. La Hollande n'eût plus existé qu'au bout des Indes orientales : ses provinces d Europe, qui n'achètent leur blé qu'avec leurs richesses d'Asie, qui ne vivent que de leur commerce , et, si on l'ose dire, de leur liberté, auraient été presque tout à coup ruinées et dépeuplées. Amsterdam , l'entrepôt et le magasin de l'Europe , où deux cent mille hommes cultivent le commerce et les arts , serait devenue bientôt un vaste marais. Toutes les terres voisines demandent des frais immenses et des milliers d'hommes pour élever leurs digues : elles eussent probablement à la fois manqué d'habitants comme de richesses, et auraient été enfin submergées, ne laissant à Louis XIY que la gloire déplorable d'avoir détruit le plus singulier et le plus beau monument de l'industrie humaine.
La désolation de l'État était augmentée par les divisions ordinaires aux malheureux , qui s'imputent les uns aux autres les calamités publiques. Le grand pensionnaire de Wilt ne croyait pouvoir sauver ce qui restait de sa patrie qu'en demandant la paix au vainqueur. Son esprit, à la fois tout républicain et jaloux de son autorité particulière , craignait toujours l'élévation du prince d'Orange, encore plus que les conquêtes du roi de France; il avait fait jurer à ce prince même l'observa-
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Ckm d'an édit perpétuel, par leqael le prince était excla de la charge de stathooder. L*honneiir, Tautorité, I*esprit de parti, 1 intérêt, lièrent de Witl à ce serment. Il aimait mieux voir sa république subjuguée par un roi yainqueur que soumise à un siathouder.
Le prince d*Orange, de son côté, plus ambitieux que de Wîtt , ausâ attaché à sa patrie , plus patient dans les malheurs publics, attendant tout du temps et de TopiniAtreté de sa con» stance, briguait le stathoudérat, et s'opposait à la paix avec la même ardeur. Les États résolurent qu'on demanderait la paix malgré le prince; mais le prince fut élevé au stathoudérat* malgré les de Witt.
Quatre députés vinrent au camp du roi implorer sa clémence au nom d'une république qui, six mois auparavant, se croyait l'arbitre des rois. Les députés ne furent point reçus des mi nistres de Louis XIV avec cette politesse* française qui mêle la douceur de la civilité aux rigueurs mêmes du gouvernement. Louvois , dur et allier, né pour bien servir plutôt que pour faire aimer son maître , reçut les suppliants avec hauteur, et même avec l'insulte de la raillerie. On les obligea de revenir plusieurs fois. Enfin le roi leur fit déclarer ses volontés. Il voulait que les Ëtats lui cédassent tout ce qu'ils avaient au delà du Rhin , Nimègue , des villes et des forts dans le sein de leur pays ; qu'on lui payât vingt millions; que les Français fussent les maîtres de tous les grands chemins de la Hollande, par terre et par eau, sans qu'ils payassent jamais aucun droit; que la religion catholique fût partout rétablie ; que la république lui envoyât tous les ans une ambassade extraordinaire avec une médaille d'or, sur laquelle il fût gravé qu'ils tenaient leur liberté de Louis XIV; enfin, qu'à ces satisfactions ils joignissent celle qu'ils devaient au roi d'Angleterre et aux princes de l'Empire , tels que ceux de Cologne et de Munster, par qui la Hollande était encore désolée.
Ces conditions d'une paix^qui tenait tant de la servitude parurent intolérables, et la fierté du vainqueur inspira un courage de désespoir aux vaincus. On résolut de périr les armes
1. « Il foi Btathonder le i'^ juillet. Comment La Beaumelle, dans ton édition bubreptico du Siècle de Loui» XI V, a-Uil pu dire dans ses note» qu'il oe fat déclaré que capitaine et amiral? » (Note de Voltaire.)
2. « La Beaomelie, dans ses notes, dit : « C'est un être de raison que cette «politesse. » Gomment cet écriyain 08e>t-il démentir ainsi l'Barope?» (Note d« Voltaire.)
à la main. Tous les cœurs et toutes les espérances se tournèrent vers le prince d'Orange. Le peuple en fureur éclata contre le grand pensionnaire , qui avait demandé la paix. A ces séditions se joignirent la politique du prince et Tanimosité de son parti. On attente d'abord à la vie du grand pensionnaire Jean de Witt ; ensuite on accuse Corneille son frère d'avoir attenté à celle du prince. Corneille est appliqué à la question. Il récita dans les tourments le commencement de cette ode d'Horace , Jusium et tenacem^ etc, , convenable à son état et à son courage, et qu'on peut traduire ainsi pour ceux qui ignorent le latin :
Les torrents impétueux, La mer qui gronde et sMlancc, La fureur et l'insolence D'un peuple tumultueux, Des fiers tyrans la vengeance, N'ébranlent pas la constance D'un cœur ferme et vertueux.
(20 auguste 4672) Enfin la populace effrénée massacra dans la Haye les deux frères de Witt, l'un qui avait gouverné TËtat pendant dix-neuf ans avec vertu , et l'autre qui l'avait servi de son épée. On exerça sur leurs corps sanglants toutes les fureurs dont le peuple est capable : horreurs communes à toutes les nations, et que les Français avaient fait éprouver au maréchal d'Ancre, à l'amiral Coligny, etc.; car la populace est presque partout la même. On poursuivit les amis du pensionnaire. Ruyter même, l'amiral de la république, qui seul combattait alors pour elle avec succès se vit environné d'assassins dans Amsterdam.
Au milieu de ces désordres et de ces désolations , les magistrats montrèrent des vertus qu'on ne voit guère que dans les républiques. Les particuliers qui avaient des billets de banque coururent en foule à la banque d'Amsterdam ; on craignait que l'on n'eût touché au trésor public. Chacun s'empressait de se faire payer du peu d'argent qu'on croyait pouvoir y être encore. Les magistrats firent ouvrir les caves où le trésor se conserve. On le trouva tout entier tel qu'il avait été déposé depuis soixante ans; l'argent même était encore noirci de l'impression du feu qui avait, quelques années auparavant, consumé rhôtel de ville. Les billets de banque s'étaient toujours négociés jusqu'à ce temps , sans que jamais on eût touché au trésor. Ofi
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paya alors avec cel argent tous ceux qui voulurent l'être. Tant de bonne foi et tant de ressources étaient d'autant plus admi« rables, que Charles II, roi d'Angleterre, pour avoir de quoi faire la guerre aux Hollandais et fournir à ses plaisirs , non content de l'argent de la France, venait de faire banqueroute à ses sujets. Autant il était honteux à ce roi de violer ainsi la foi publique, autant il était glorieux aux magistrats d'Amsterdam de la garder dans un temps où il semblait permis d'y manquer.
A cette vertu républicaine ils joignirent ce courage d'esprit qui prend les partis extrêmes dans les maux sans remède. Ils firent percer les digues qui retiennent les eaux de la mer. Les maisons de campagne, qui sont innombrables autour d'Amsterdam, les villages, les villes voisines, Leyde, Delft, furent inondés. Le paysan ne murmura pas de voir ses troupeaux noyés dans les campagnes. Amsterdam fut comme une vaste forteresse au milieu des eaux , entourée de vaisseaux de guerre qui eurent assez d'eau pour se ranger autour de la ville. La disette fut grande chez ces peuples : ils manquèrent surtout d'eau douce ; elle se vendait six sous la pinte: mais ces extrémités parurent moindres que l'esclavage. C'est une chose digne de l'observation de la postérité, que la Hollande ainsi accablée sur terre, et n'étant plus un Ëtat, demeurât encore redoutable sur la mer : c'était l'élément véritable de ces peuples.
Tandis que Louis XIV passait le Rhin et prenait trois provinces, l'amiral Ruyter, avec environ cent vaisseaux de guerre et plus de cinquante brûlots, alla chercher, près des côtes d'Angleterre, les flottes des deux rois. Leurs puissances réunies n'avaient pu mettre en mer une armée navale plus forte que celle de la république. Les Anglais et les Hollandais combattirent comme des nations accoutumées à se disputer l'empire de l'Océan. (7 juin 4672) Cette bataille, qu'on nomme do Solbaie , dura un jour entier. Ruyter, qui en donna le signal , attaqua le vaisseau amiral d'Angleterre, où était le duc d'York, frère du roi. La gloire de ce combat particulier demeura à Ruyter. Le duc d'York , obligé de changer de vaisseau . ne reparut plus devant l'amiral hollandais. Les trente vaisseaux français eurent peu de part à l'action ; et tel fut le sort de cette journée, que les côtes de la Hollande furent en sûreté.
Après cette bataille , Ruyter, maigre tes craintes et les contradictions de ses compatriotes , fit entrer la flotte marchande