‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 83 sur 168 · DE LA MORT DE TURENNE À LA PAIX DE NIMÈGDE · texte numérisé non relu

DE LA MORT DE TURENNE À LA PAIX DE NIMÈGDE

sans aucun fruit , Ja vie à deux mille Français et à autant d'ennemis. On vit dans cette paix combien les événements contredisent les projets. La Hollande, contre qui seule la guerre avait été entreprise, et qui aurait dû être détruite, n'y perdit rien ; au contraire, elle y gagna une barrière : et toutes les autres puissances qui Pavaient garantie de la destruction y perdirent.

Le roi fut en ce temps au comble de la grandeur. Victorieux depuis qu'il régnait, n'ayant assiégé aucune place qu'il n'eût prise, supérieur en tout genre à ses ennemis réunis, la terreur de l'Europe pendant six années de suite , enfin son arbitre ei son pacificateur , ajoutant à ses États la Franche-Comté, Dunkerque et la moitié de la Flandre ; et, ce qu'il devait compter pour le plus grand de ses avantages , roi d'une nation alors heureuse et alors le modèle des autres nations. L'hôtel de ville de Paris lui déféra quelque temps après le nom de grand avec solennité (4 680), et ordonna que dorénavant ce titre seul serait employé dans tous les monuments publics. On avait, dès 4 673 , frappé quelques médailles chargées de ce surnom. L'Europe, quoique jalouse, ne réclama pas contre ces honneurs. Cependant le nom de Louis XIY a prévalu dans le public sur celui de grand. L'usage est le maître de tout. Henri, qui fut surnommé le grand à si juste titre après sa mort, est appelé communément Henri IV; et ce nom seul en dit assez. M. le Prince egt toujours appelé le grand Condé , non-seulement à cause de ses actions héroïques, mais par la facilité qui se trouve à le distinguer, par ce surnom, des autres princes de Condé. Si on l'avait nommé Condé le grand, ce titre ne lui fût pas demeuré. On dit le grand Corneille , pour le distinguer de son frère *. On ne dit pas le grand Virgile, ni le grand Homère, ni le grand Tasse. Alexandre le Grand n'est plus connu que sous le nom d'Alexandre. On ne dit point César le grand, Charles-Quint, dont la fortune fut plus éclatante que celle de Louis XIV , n'a jamais eu le nom de grand : il n'est resté à Charlemagne que comme un nom propre. Les titres ne servent de rien pour la postérité; le nom d'un homme qui a fait de grandes choses impose plus de respect que toutes les épithètes.

i. « Dans ses Commentaire» tur ComeiUe (examen d'Horace), Voltaire lit qu'on lui donna le nom de grand, i non seulement pour le distinjjpuer lie son frère, mais du reste des hommes ».

rriae de Strasbourg. Bombardement d'Alger. Soumission de Cènes. Ambassade de Siam. Le pape bravé dans Rome. Électoral de Cologne 'dispaté.

I/ambition de Louis XIY ne fut point retenue par cette paix générale. L'Empire, l'Espagne, la Hollande licencièrent leurs troupes extraordinaires. Il garda toutes les siennes ; il fit de la paix un temps de conquêtes (4680) : il était même si sûr alors de son pouvoir , qu'il établit dans Metz et dans Brisach * des juridictions pour réunir à sa couronne toutes les terres qui pouvaient avoir été autrefois de la dépendance de l'Alsace ou des Trois-Évéchés , mais qui depuis un temps immémorial avaient passé sous d'autres maîtres. Beaucoup de souverains de l'Empire , l'électeur palatin , le roi d'Espagne même, qui avait quelques bailliages dans ces pays, le roi de Suède, comme duc des Deux-Ponts, furent cités devant ces chambres pour rendre hommage au roi de France, ou pour subir la confiscation de leurs biens. Depuis Charlemagne on n'avait vu aucun prince agir ainsi en maître et en juge des souverains, et conquérir des pays par des arrêts.

L'électeur palatin et celui de Trêves furent dépouillés des seigneuries de Falkenbourg , de Germerçheim, de Veldentz, etc. Ils portèrent en vain leurs plaintes à l'Empire assemblé à Ratisbonne', qui se contenta de faire des protestations.

Ce n'était pas assez au roi d'avoir la préfecture des dix villes lil^res de l'Alsace' au même titre que l'avaient eue les empe-

'i. « Dans la compilation inlitalée Mémoiret de. M'*' de Maintenon, on trouve, lomo 111, page 23, ces mots : « Les réunijns des chambres de «Metz ei de Besançon. » Nous avons cru d'abord qu'il y avait eu une chambre de Besançon réunie à colle de Metz. Nous avons consulté tous les auteurs, nous avons trouvé que jamais il n'y eut à Besançon de chambre institué» pour juger quelles terres voisines pouvaient appartenir k la France. II n'y eut, en 1680, que le conseil do Brisach et celui ae Metz chargés de réunir à la France les terres qu'on croyait démembrées de l'Alsace et des Trois-Êvèchés. Ce fut le parlement de Besançon qui réunit peur quelque temps Montbéiiard k la France, m (Note de Voltaire.)

2. L'Empire aneniblè à Hatisbonnef c'est-à-dire la diète des Éuts do TEmpire à Uatlsbonne.

3. La préfecture des dia villes libres de l'Alsace. On appelait ainsi la préfecture de Hagnenau, qui comprenait dix vUies libres ou impériales, Hagoenao, Colmar, Schelostadt, Wisscmbonrg, Landau, etc. Louis XIV

PRiSB DR STRASBOURG. 157

reu/s; déjà dans aucune d& ces villes jon n'osait plus parler de liberté. Restait Strasbourg, ville grande et riche, maîtresse du Rhin pdr le pont qu'elle avait sur ce fleuve; elle formait seule une puissante république, fameuse par son arsenal qui renfertuait neuf cents pièces d'artillerie.

Louvois avait formé dès longtemps le dessein de la donner a son maître. L'or, l'intrigue et la terreur, qui lui avaient ouvert les portes de tant de villes, préparèrent l'entrée de Louvois dans Strasbourg. (30 septembre 4684) Les magistrats furent gagnés. Le peuple fut consterné de voir à la fois vingt mille Français autour de ses remparts ; les forts qui les défendaient près du Rhin, insultés et pris dans un moment; Louvois aux portes, et les bourgmestres parlant de se rendre : les pleurs et le désespoir des citoyens, amoureux de la liberté, n'empêchèrent point qu'en un même jour le traité de reddition ne fût proposé par les magistrats, et que Louvois ne prit possession de la ville. Vauban en a fait depuis, par les fortifications qui l'entourent, la barrière la plus forte de la France.

Le roi ne ménageait pas plus TEspagne; il demandait dans les Pays-Bas la ville d'Aiost et tout son bailliage, que les ministres avaient oublié, disait-il , d'insérer dans les conditions de la paix ; et, sur les délais de l'Espagne, il fit bloquer la ville de Luxembourg (4682).

En même temps il achetait la forte ville de Casai d'un petit prince duc de Mantoue (4684), qui aurait vendu tout son État pour fournir à ses plaisirs.

En voyant cette puissance qui s'étendait ainsi de tous côtés, et qui acquérait pendant la paix plus que dix rois prédécesseurs de Louis XIV n'avaient acquis par leurs guerres , les alarmes de l'Europe recommencèrent. L'Empire, la Hollande, la Suède même, mécontente du roi, firent un traité d'association. Les Anglais menacèrent; les Espagnols voulurent la guerre; le prince d'Orange remua tout pour la faire commencer ; mais aucune puissance n'osait alors porter les premiers coups*.

VaTait obtenue an traité de Westphalie (1648), avec les mêmes droits de BouvermÎDeté et de supériorité territoriale que l'Empire et la maison d*Autriclie y avaient exercés.

1. «On a prétendu que ce fut alors que le prince d'Orange, depuis roi d'Angleterre, dit publiquement ; «Je n'ai pu avoir son amitié, je mériterai son « estime. » Ce mot a été recueilli par plusieurs personnes, et l'abbé de Choisy le place vers l'année 1672. Il peut mériter quelque attention, parce qu'il annonçait de loin les ligues que forma Guillaume contre Louis XIV s mais il

Le roi, craint partout, ne songea qu'à se faire craindre duvantage. (4680) Il portait enfin sa marine au delà des espérances des Français et des craintes de FEurope : il eut fixante mille matelots (4684, 4682). Des lois aussi sévères que celles de la discipline dés armées de terre retenaient tous ces hommes grossiers dans le devoir. L'Angleterre et la Hollande, cet puissances maritimes, n'avaient ni tant dliommes de mer ni de si bonnes lois. Des compagnies de cadets dans les places frontières, et des gardes-marines ' dans lès ports, furent instituées et composées déjeunes gens qui apprenaient tous les arts convenables à leur profession, sous des maîtres payés du trésor public.

Le port de Toulon, sur la Méditerranée, fut construit à frais immenses pour contenir cent vaisseaux de guerre, avec un arsenal et des magasins magnifiques. Sur l'Océan, le port de Brest se formait avec la môme grandeur. Dunkerque , le Havre-de- Grace, se remplissaient de vaisseaux : la nature était forcée à Rochefort.

Enfin le roi avait plus de cent vaisseaux de ligne, dont plusieurs portaient cent canons , et quejques-uns davantage. lis ne restaient pas oisifs dans les ports. Ses escadres , sous le commandement de Duquesne , nettoyaient les mers infestées par les corsaires de Tripoli et d'Alger. U se vengea d'Alger avec le secours d'un art nouveau , dont la découverte fut due à cette attention qu'il avait d'exciter tous les génies de son siècle. Cet art funeste, mais admirable, est celui des galiotes à bombes, avec lesquelles on peut réduire des villes maritimes en cendres. Il y avait un jeune homme, nommé Bernard Renaud, connu sous le nom de petit Renaud^ qui, sans avoir jamais servi sur les vaisseaux , était un excellent marir à force de génie. Colbert , qui déterrait le mérite dans l'obscurité, l'avait souvent appelé au conseil de marine, même en présence du roi. C'était par les soins et sur les lumières de Renaud que

n'est pas vrai que ce fût k la paix de Nimègae que le prince d'Oraoge ait parié ainsi ; il est encore moins vrai que Louis XIV eût écrit à ce prince : « Vous me demandez mon amiiié , je vous l'accorderai quand vous en serez «digne, m On ne s'exprime ainsi qu'avec son vassal: on ne se sert point d'expressions si insultantes envers un prince avec qui on Tait un traité. Cette lettre ne se trouve que dans la compilation des Mémoires de Mainlenon ; et nous apprenons que ces Mémoires sont décriés par le grand nombre d'infidélités qu'ils renferment. » ( Note de Voltaire. )

1 . Des gardes-marines. C'étaient de jeunes gentilabommes qd apprenaient le service de la marine.

BOMBARDEMENT D'àLGER 159

Ton suivait depuis peu une méthode plus régulière et plus focile pour la construction des vaisseaux. Il osa proposer dans le conseil de bombarder Alger avec une flotte. On n'avait pas d'idée que les mortiers à bombes pussent n'être pas posés sur un terrain solide. La proposition révolta. Il essuya les contradictions et les railleries que tout inventeur doit attendre ; mais sa fermeté, et cette éloquence qu'ont d'ordinaire les hommes vivement frappés de leurs inventions, déterminèrent le roi à permettre l'essai de cette nouveauté.

Renaud fît construire cinq vaisseaux plus petits que les vai»^ seaux ordinaires, mais plus forts de bois, sans ponts, avec un faux tillac à fond de cale, sur lequel on maçonna des creux où l'on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage sous les ordres du vieux Duquesne, qui était chargé de l'entreprise, et n'en attendait aucun succès. Duquesne et les Algériens furent étonnés de l'effet des bombes. (28 octobre 4 684 ) Une panie de la ville fut écrasée et consumée; mais cet art, porté bientôt chez les autres nations , ne servit qu'à multiplier les calamités humaines, et flit plus d^une fois redoutable à la France, où il fut inventé.

La marine , ainsi perfectionnée en peu d'années , était le fruit des soins de Colbert. Louvois faisait à l'envi fortifier plus de cent citadelles. De plus, on bâtissait Huningue, Sarrelouis, les forteresses de Strasbourg, Mont- Royal, etc.; et pendant que le royaume acquérait tant de force au dehors, on ne voyait au dedans que les arts en honneur, l'abondance, les plaisirs. Les étrangers venaient en foule admirer la cour de Louis XIV. Son nom pénétrait chez tous les peuples du monde*.

1. Ce tableau peut paraître exagéré. Si Louis XIV était encore le souverain fe pins paissant de l'Europe et le p(us redouté , la France commeiiçait à perdre cette prospérité intérieure, cette abondance dentelle avait joui si bngtemps. La longueur et les charges de la guerre prcccdente, les dépenses Rcessives du roi, le maintien coûteux d'une armée de cent cinquante mille liommes en temps de paix, l'émiçration d*un grand nombre de protestants qu'effrayaient les persécutions déjà dirigées contre eux , toutes ces causes avaient porté on coup funeste à Tagriculture, au commerce, et par suite aux finances. On voit dans Forbonnais (Recherches sur les finances de France, t- 1, p. 529 à 550) que le déficit allait augmentant chaaue année, malgré la paix et malgré le génie de Colbert. Les revenus de rËtat étaient de 80 H 90 aiillions : en 1681, on dépensa i34 millions.; en i682, 190. Colbert disait an roi , en 1681 : « Ce qu'il y a de plus impontant et sur quoi il y a plus de réflexions à faire, c'est la misère très-grande des peuples ; toutes les icltrea qui viennent des provinces en parlent, soit des intendants, soit des receveurs généraux et autres personnes , même des évoques. » Il disait encore avec une simolicitô expressive : « Encore un coup de canon et nous courons

Son bonheur et sa gloire étaient encore élevés par la faiblesse de la plupart des autres rois et par le malheur de leurs peuples. L'empereur Léopold avait alors à craindre les Hon* grois révoltés, et surtout les Turcs qui, appelés par les Hongrois, venaient inonder l'Allemagne. La politique de Louis persécutait les protestants en France , parce qu'il croyiiit devoir les mettre hors d'état de lui nuire , mais protégeait sous main Jes protestants et les révoltés de Hongrie, qui pouvaient le servir. Son ambassadeur à la Porte avait pressé l'armement des Turcs avant la paix de Nimègue. Le divan, par une singularité bizarre , a presque toujours attendu que l'empereur fût en paix pour se déclarer contre lui. Il ne lui fit la guerre en Hongrie qu'en 468!2, et, l'année d'après, l'armée ottomane, forte , dit-on , de plus de deux cent mille combattants, augmentée encore des troupes hongroises, ne trouvant sur son passage ni villes fortiûées, telles que la France en avait, ni corps d'armée capables de l'arrêter, pénétra jusqu'aux portes de Vienne, après avoir tout renversé sur son passage.

L'empereur Léopold quitta d'abord Vienne avec précipitation, et se retira jusqu'à Lintz, à l'approche des Turcs; et quand il sut qu'ils avaient investi Vienne, il ne prit d'autre parti que d'aller encore plus loin jusqu'à Passau, laissant le duc de Lorraine à la tête d'une petite armée, déjà entamée en chemin pariesTurcs, soutenir comme il pourrait la fortune de l'Empire*.

Personne ne doutait que Je grand vizir Kara Mustapha, qui commandait l'armée ottomane , ne se rendît bientôt mat* tre de Vienne, ville mal fortiûée, abandonnée de son mattre> défendue à la véiité par une garnison dont le fonds devait être de seize mille hommes, mais dont l'effectif n'était pas de plus de huit mille. On touchait au moment de la plus terrible révolution.

i Tablme. i» Nous retrouvons dans la correspondance de M*« do Scvigné des traces de ces souflïtinces populaires. Elle écrit à sa fille, le i S juin 1680 . w Je mandais l'autre jour à M*« de Vins que je lui donnais à deviner

3uelie sorte de vertu je metuis ici le plus souvent en pratique , et je lui isais que c'était la libéralité. Il est vrai que i'ai donné d'assez grosses sommcsdcpuismonarrivée:un matin, huilcents fraiico ; Tautrc. mille francet l'autre, cinq ; un autre jour, trois cents écus : il semble auo ce soit pour rire, ce n'est que trop une vérité. Je trouve des métayers et (les meuniers qui me doivent toutes ces sommes, et' qui n'ont pas un uiique sou pour les payer: que fait-on ? il faut bien leur donner. »

1. « Voyez les étranges particularités du siège de Vienne, dafls l'K«*at tur les MœufB, chap. cxcii, et dans les Annales de l'Empire, année 1683. » (Kote de Voltaire.)

DÉLIVBANCB DE VIENNE PAR SOBIES&l. 161

Louis XIV espéra, avec beaucoup de vraisemblance, que l'Allemagne, désolée par les Turcs, et n'ayant contre eux qu*un chef dont la fuite augmentait la terreur commune, serait obligée de recourir à la protection de la France. Il avait nne armée sur les frontières de l'Empire, prête à le défendre contre ces mômes Turcs que ses précédentes négociations y avaient amenés. Il pouvait ainsi devenir le protecteur de l'Empire, et faire son fils roi des Romains.

Il avait joint d'abord les démarches généreuses à ses desseins politiques, dès que les Turcs avaient menacé l'Au* triche ; non qu'il eût envoyé une seconde fois des secours à l'empereur, mais il avait déclaré qu'il n'attaquerait point les Pays-Bas, et qu'il laisserait ainsi à la branche d'Autriche es* pagnole le pouvoir d'aider la branche allemande, prête à succomber : il voulait pour prix de son inaction qu'on le satisfit sur plusieurs points équivoquesdu traité deNimègue, et principalement sur ce bailliage d'Alost, qu'on avait oublié d'insérer dans le traité. IlBt lever le blocus de Luxembourg, en 4682, sans attendre qu'on le satisfît, et il s'abstint de toute hostilité une année entière. Celte générosité se démentit enfin pendant le siège devienne. Le conseil d'Espagne, au lieu de Tapaiser, l'aigrit ; et Louis XIV reprit les armes dans les Pays- Bas, précisément lorsque Vienne était prête de succomber : c'était au commencement de septembre; mais, contre toute attente. Vienne fut délivrée. La présomption du grand vizir, sa mollesse, son mépris brutal pour les chrétiens, son ignorance, sa lenteur, le perdirent : il fallait l'excès de toutes ces fautes pour que Vienne ne fût pas prise. Le. roi de Pologne , Jean Sobieski , eut le temps d'arriver; et avec le secours du duc de Lorraine, il n'eut qu'à se présenter devant la multitude ottomane pour la mettre en déroute (12 septembre 4683). L'empereur revint dans sa capitale avec la douleur de l'avoir quittée. Il y rentra lorsque son libérateur sortait de l'église, où l'on avait chanté le Te Deum , et où le prédicateur avait pris pour son texte : « Il fut un homme envoyé de Dieu, nommé Jean. » Vous avez déjà vu • que le pape Pie V avait appliqué ces paroles à don Juan d'Autriche, après la victoire do Lépante. Vous savez que ce qui paraît neuf n'est souvent qu'une redite. L'empereur Léopold fut à la fois triomplïant et humi-

U «Uaiia YEsèai sur les Mœurs , chip. ci.x. » ( Noie do Voltaire. ) n

lié. Le roi de France , n'ayant plus rien à ménager , 6t foom* barder Luxembourg. Il se saisit de Courtrai (novembre 4683), de Dixmude en Flandre. Il s'empara de Trêves, et en démolit les fortifications ; tout cela pour remplir, disait-on , resprit des traités de Nimègue. Les Impériaux et les Espagnols négociaient avec lui à Hatisbonne, pendant qu'il prenait leurs villes ; et la paix de Nimègue enfreinte fut changée en une trêve (auguste 4684) de vingt ans, par laquelle le roi garda la ville de Luxembourg et sa principauté , qu'il venait de prendre.

(Avril 4684) Il était encore plus redouté sur les côtes de l'Afrique, où les Français n'étaient connus, avant lui, que par les esclaves que faisaient les barbares.

Alger, deux fois bombardée, envoya des députés lui demander pardon et recevoir la paix; ils rendirent tous les esclaves chrétiens, et payèrent encore de l'argent, ce qui est la plus grande punition des corsaire.

Tunis, Tripoli firent les mêmes soumissions. Il n'est p^is inutile de dire que lorsque Damfreville , capitaine de vaisseau, vint délivrer dans Alger tous les esclaves chrétiens au nom du roi de France, il se trouva parmi eux beaucoup d'Anglais qui, étant déjà à bord, soutinrent à Damfreville que c'était en considération du roi d'Angleterre qu'ils étaient mis en liberté. Alors le capitaine français fit appeler les Algériens, et remettant les Anglais à terre : « Cesgen&-ci, dit-il, prétendent n'être délivrés qu'au nom de leur roi : le mien ne prend pas la liberté de leur offrir sa protection ; je vous les remets : c'est à vous à montrer ce que vous devez au roi d'Angleterre. » Tous les Anglais furent remis aux fers. La fierté anglaise, la faiblesse du gouvernement de Charles II, et le respect des nations pour Louis XIV, se font connaître par ce trait.

Tel était ce respect universel, qu'on accordait de nouveaux honneurs à son ambassadeur à la Porte ottomane, tel que celui du sopha ' , tandis qu'il humiliait les peuples d'Afrique qui sont sous la protection du Grand-Seigneur.

La république de Gènes s'abaissa encore plus devant lui que celle d'Alger. Gènes avait vendu de la poudre et des bombes

1. Tel quê cttui du sopha. ■ Le sopha est une espèce d'estnde fort éleTée et couverte d*un tapis. Le grand vizir donne ses audiences sar un sopha. Quand le grand mir reçoit les ambassadeurs , on met le siège sur le sopha « et c'est ce qu'on nomme aocorder les honneurs du sopha. » (Bescherené, Dtcitonnaire nationtU»)

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