‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 82 sur 168 · DE LA MORT DE TCRENNE A LA PAIX DE NIMÈGUE · texte numérisé non relu

DE LA MORT DE TCRENNE A LA PAIX DE NIMÈGUE

poini en point. Sa volonté était une loi d'un bout de l'Europe à Fautre. En vain l'électeur de Brandebourg hii écrivit la lettre la plus soumise, l'appelant Monseigneur^ selon l'usage, le conjurant de lui laisser ce qu'il avait acquis, l'assurant de son zèle et de son service: ses soumissions furent aussi inutiles qne sa résistance, et il fallut que le vainqueur des Suédois rendît toutes ses conquétei».

Alors les ambassadeurs de France prétendaient la main sur les électeurs. Celui de Brandebourg offrit tous les tempéraments pour traiter à Clèves avec le comte depuis maréchal d'Estrades, ambassadeur auprès des États-Généraux. Le roi ne voulut jamais permettre qu'un homme qui le représentait cédât à un électeur, et le comte d'Estrades ne put traiter.

Charles-Quint avait mis l'égalité entre les grands d'Espagne et les électeurs. Les pairs de France par conséquent la prétendaient. On voit aujourd'hui à quel point les choses sont changées, puisque aux diètes de l'Empire les ambassadeurs des électeurs sont traités comme ceux des rois.

Quant à la Lorraine, il offrait de rétablir le nouveau duc Oiarles Y; mais il voulait rester mattre de Nancy et de tous les grands chemins.

des conditions furent fixées avec la hauteur d'un conqué» rant ; cependant elles n'étaient pas si outrées qu'elles dussent désespérer ses ennemis, et les obliger à se réunir contre lui par un dernier effort : il parlait à l'Europe en maître , et agissait en même temps en politique.

II sut aux conférences de Nimègue semer la jalousie parmi les alliés. Les Hollandais s'empressèrent de signer, malgré le prince d'Orange, qui, à quelque prix que ce fût, voulait faire la guerre ; ils (lisaient que les Espagnols étaient trop faibles pour les secourir s'ils ne signaient pas.

Les Espagnols, voyant que les Hollandais avaient accepté la paix , la recurent aussi , disant que l'Empire ne faisait pas assez d'efforts pour la cause commune.

Enfîn les Allemands , abandonnés de la Hollande et de l'Espagne, signèrent les derniers , en laissant Friboui^ au roi, et fonGrmant les traités de Westphalie.

Rien ne fut changé aux conditions prescrites par Louis XIV. Ses ennemis eurent beau faire des propositions outrées pour colorer leur faiblesse, TEurope reçut de lui des lois et la paix. Il n'y eut que le duc de Lorraine qui osa refuser l'acceptatioD

d'un traité qui lui semblait trop odieux. Il aima mieux être un prince erran: dans l'Empire qu*un souverain sans pouvoir et sans considération dans ses Etats : il attendit sa fortune du temps et de son courage.

(40 auguste 4678) Dans le temps des conférences de Nimègue^ et quatre jours après que les plénipotentiaires de France et de Hollande avaient signé la paix, le prince d'Orange fit voir combien Louis XIV avait en lui un ennemi dangereux. Le maréchal de Luxembourg, qui bloquait Mons, venait de recevoir la nouvelle de la paix. Il était tranquille dans le village de Saint-Denis, et dînait chez l'intendant de Tarmée. (44 auguste) Le prince d'Orange, avec toutes ses troupes, fond sur le quartier du maréchal , le force , et engage un combat sanglant, long et opini&tre^ dont il espérait avec raison une victoire signalée ; car non-seulement ii attaquait, ce qui est un avantage , mais il attaquait des troupes qui se reposaient sur la foi du traité. Le maréchal de Luxembourg eut beaucoup de peine à résister ; et s'il y eut quelque avantage dans ce conîbat, il fut du côté du prince d'Orange, puisque son infanterie demeura maltresse du terrain où elle avait combattu.

Si les hommes ambitieux comptaient pour quelque chose le sang des autres hommes, le prince d'Orange n'eût point donné ce combat. Il savait certainement que la paix était signée ' ; il savait que cette paix était avantageuse à son pays : cependant il prodiguait sa vie et celle de plusieurs milliers d'hommes pour prémices d^une paix générale qu'il n'aurait pu empêcher, même en battant les Français. Cette action, pleine d'inhumanité non moins que de grandeur, et plus admirée alors que blâmée, ne produisit pas un nouvel article de paix, et coûta,

I. On a prétendu qne le prince d'Oranpre arait le traité dans sa poche, quand il commença l'altaque. Cependant il écrivit, le lendemain de la betaille, à son ami le pensionnaire Gaspard Fagel : « Je ne sais comment notre peuple prendra cela , mais je puis tous déclarer devant Dieu que je n'ai su qu'aujourd'hui à midi, par voire lettre du i3, c^ue la paix était conclue. » Tome l'Kuropc crut le contraire; et lui-même, si nous en croyons G<»urTille rP.diiion Peliiol , t. MI , p. 48i ), avoua plus tard que, s^il n'avait reçu que le lendemain la nouvelle officielle da traité, il savait cependant que la paix était faite. C'était .'opinion de la cour de France. M"*« de Sévi^c écrit au comte de Bussy, le 23 août 1678 : « La paix étant faite et signée , M. le prince dMrange a voulu se donner le divertissement de ce tournoi. Vous savez qu'il n'y a pas eu moins de sang répandu qu'à Senef. Le lendemain du combat, il envoya faire ses excuses à M. de Luxembourg, et lui manda que, s'il lui avait fait savoir que la paix était signée , il se serut bien gardé oe le combattre. Gela oe vous paraiwil pas ressembler à l'homme qui so bat en dftel à la comédie, et (^al desande pardun à toos les couds qa'Û donne dans le corps <U ion ennenu? •

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