‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 85 sur 168 · COLOGNE DISPUTÉ · texte numérisé non relu

COLOGNE DISPUTÉ

devient électeur. Celui qui remplissait ce siège était Ferdinand de Bavière » autrefois Taliié et depuis Tennemi du roi , comme tant d'autres princes. Il était malade à Textrémité. L'argent du roi, répandu à propos parmi les chanoines, les intrigues et les promesses firent élire le cardinal de FursUmberg comme coadjuteur; et après la mort du prince, il fut élu une seconde fois par la pluralité des suffrages. Le pape , par le concordat germanique, a le droit de conférer révéché à relu, -et l'empereur a celui de confirmer à Télectorat. L'empereur et le pape Innocent XI, persuadés que c'était presque la même chose de laisser Furslenberg sur ce trône électoral et d'y mettre Louis XIV, s'unirent pour donner cette principauté au jeune Bavière, frère du dernier mort. (Octobre 4688) Le roi se vengea du pape en lui ôtant Avignon, et prépara la guerre à l'empereur. Il inquiétait en même temps l'électeur palatin \ au sujet des droits de la princesse palatine, Madame, seconde femme de Monsieur, droits auxquels elle avait renoncé par son contrat de mariage. La guerre faite à l'Espagne , en 4667, pour les droits de Marie-Thérèse, malgré une pareille renonciation , prouve bien que les contrats sont faits pour les particuliers; Voilà cx)mme le roi , au comble de sa grandeur, indisposa, ou dépouilla, ou humilia presque tous les princes, aussi presque tous se réunissaient contre lui.

1. Charles, comte palatin du Rhin , venait de mourir (ISSS), sans laisser d'enfant. Sa succession appartenait à son plus proche parent, Philippe-Guillaume , duc de Neubour^; , bcau-^r^re de rempereur Léupold. Mais la sœur du défunt, Madame, seconde femme de Monsieur, réclama la plus ffrande partie des domaines de Télectorat; et Louis XIV annonça Tiniemion de soutenir par les armes les prétentions de sa belle-tœur, d'une jusuce au moins douteuse.

Le roi Jacques détrôné par son gendre Guillaume III, et protégé par Louis XIV.

Le prince d'Orange, plus ambitieux que Louis XIV, avait conçu des projets vastes qui pouvaient paraître chimériques dans un stathouder de Hollande, mais qu'il justifia par son habileté et par son courage. Il voulait abaisser le roi de France et détrôner le roi d'Angleterre. Il n'eut pas de peine à

liguer petit à petit l'Europe contre la France. L'empereur, une partie de l'Empire, la Hollande, le duc de Lorraine s'étaient d'abord secrètement ligués à Augsbourg(4687); ensuite l'Espagne et la Savoie s'unirent à ces puissances '. Le pape, sans être expressément un des confédérés, les animait tous par ses intrigues. Venise les favorisait, sans se déclarer ouvertement. Tous les princes d'Italie étaient pour eux. Dans le nord, la Suède était alors du parti des Impériaux, et le Danemark était un allié inutile de la Franco. Plus de cinq cent mille protestants, fuyant la persécution de Louis, et emportant avec eux bords de France leur industrie et leur haine contre le roi, étaient de nouveaux ennemis qui allaient dans toute l'Europe exciter les puissances déjà animées à la guerre. (On parlera de cette fuite dans le chapitre de la religion.) Le roi était de tous côtés entouré d'ennemis, et n'avait d'ami que le roi Jacques. Jacques, roi d'Angleterre, successeur de Charles II, son frère, était catholique comme lui; mais Charles n'avait bien trouiu souffrir qu'on le fit catholique, sur la fin de sa vie, que par complaisance pour ses maîtresses et pour son frère : il n'avait en effet, d'au Ire religion qu'un pur déisme. Son extrême indifférence sur toutes les disputes qui partagent les hommes n'avait pas peu contribué à le faire régner paisiblement en Angleterre. Jacques, au contraire, attaché depuis sa jeunesse à la communion romaine par persuasion, joignaità sa créance* l'esprit de parti et de zèle. S'il eût été mahométan, ou de la religion de Confucius, les Anglais n'eussent jamais troublé son règne*; mais il avait formé le dcsssein de rétablir dans son

1. La ligue d'Aagsbourg est du 9 juillet 1686 : l'Espagne, la Savoie, et l'An< gleterre après l'expulsion de Jacques 11 , y adhérèrent successivement. C'était la troisième et la plus redoutable des coalitions formées jusqu'alors contre la France : « Elle dépassait, dit M. Mignct, la Grande alliance de 1673, comme la grande alliance avait dépas(;é la Triple alliance de i668.» A chaque progrès de la France rciKindaii un nouvel eiïort de l'Europe. « Si jamais devise a été juste à tons égards, disait I^uvois à I^nis XIV, c'est celle qui a été faite pour Votre Majesté : Seul contre tous, » ( Mignet, ïntro- (fttcf ton, p. 62 et 65. )

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