‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 86 sur 168 · Créance, foi religieuse. Ce mot vieillit dans ce sens · texte numérisé non relu

Créance, foi religieuse. Ce mot vieillit dans ce sens

3. Let Anglais n'eussent jamais troublé son règne. I.a réflexion est plaisante, mais elle n'est pas juste. Voltaire, çui avait visité rAnglcterre, se semble y avoir remarqué que l'incrédulité railleuse ou le scepticisme raisonné des libres penseurs, comme Swift Ot Bolingbrokc. S'il avait étudié avec moins de préjuges et plus d'atteutton la société anglaise, il aurait rtv. connu qu'elle était loin encore d'être arrivée à l'indifTérence religieuse. Le pays qui a vu naître Elisabeth et Cromwell a rejeté le catholicisme, mais il est resté profondément chrétien. On sait que les juifs y ont été longtemps exclus des fonctions publiques et administratives ; et de nos jours encore , ches une

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royaume le catholicisme S regardé avec horreur par ces royalistes républicains comme la religion de Tesclavage. C'est une entreprise quelquefois très-aisée de rendre une religion dominante dans un pays. Constantin, Clovis , Gustave Wasa , la reine Elisabeth firent recevoir sans danger, chacun par des moyens différents, une religion nouvelle , mais pour de pareils changements deux choses sont absolument nécessaires, une profonde politique et des circonstances heureuses : l'une et l'autre manquaient à Jacques.

Il était indigné de voir que tant de rois dans TEurope étaient despotiques, que ceux de Suède et de Danemark le devenaient alors, qu'enfin il ne restait plus dans le monde que la Pologne et l'Angleterre où la liberté des peuples subsistât avec la royauté. Louis XIV l'encourageait à devenir absolu chez lui, et les jésuites le pressaient de rétablir leur religion avec leur crédit. Il s'y prit si malheureusement qu'il ne fît que révolter tous les esprits. Il agit d'abord comme s'il fût venu à bout de ce qu'il avait envie de faire; ayant publiquement à sa cour un nonce du pape, des jésuites, des capucins ; mettant en prison sept évoques anglicans, qu'il eût pu gagner; étant les privilèges à la ville de Londres, à laquelle il devait plutôt en accorder de nouveaux ; renversant avec hauteur des lois qu'il fallait saper en silence; enfin se conduisant avec si peu de ménagement , que les cardinaux de Rome disaient en plaisan-

naUon qui se vante de l'esprit libéral de ses institations, ils ne peuvent siéger au parlement, parce qu'il faut prêter le serment consacré : Sur la vraie foi aun chrétien.

1. «On trouve, dans la compilation des Mémoire* de Maintenon , au tome III , chapitre iv, intitulé : Du roi et de la reine d'Angleterre , un tissu étrange de faussetés. Il y est dit que les jurisconsultes proposèrent cette question : « Un peuple a-t-il le droit de se révolter contre rautorité qui veut « te forcer à croire > » Ce fut précisément le contraire. On s'opposa en Angleterre à la tolérance du roi pour la communion romaine. On agita cette ques- Uon : « Si le roi pouvait dispenser du serment du test ceux qu'il admettait ■ aux emplois? n

«Le même auteur dit que le pape Innocent XI donna au prince d'Orange deux cent mille ducats pour aller détruire la religion catholique en Angleterre.

«Le même auteur, avec la même témérité, prétend qu'Innocent XI fit dire des milliers de messes pour l'heureux succès du prince d'Orange. Il est re* connu que ce pape favorisa la li^e d'Auçsbourg; mais il ne tlt jamais de démarches si ridicules et si contraires aux bienséances de sa dignité. L'envoyA «l'Espagne à la Haye fit des prières publiques pour l'heureux succès delà flotte hollandaise. M. d'Avaux le manda au roi.

«Le même auteur fait entendre que le comte d'Avaux corrompait des membres de l'Etat : il se trompe, c'est le comte d'Estrades, il se trompe encore sur le temps: c'était vingt-quatre ans auparavant. Voy. la lettre de M. d'fistrades à M. de Lionne, du 17 septembre 16«5 . » ( Note de Voluûre. )

tant, « qu*il fallait l'excommunier , comme un homme qui allait perdre le peu de catholicisme qui restait en Ângleterie. » Le pape Innocent XI n'espérait rien des entreprises de Jacques, et n^fusait constamment un chapeau de cardinal, que ce roi demandait pour son confesseur le jésuite Peters. Ce jésuite était un intrigant impétueux, qui, dévoré de Tambition d'éli-o cardinal et primat d'Angleterre, poussait son maître au précipice. Les principales tètes de l'État se réunirent en secret contre les desseins du roi. Ils députèrent vers le prince d'Orange. Leur conspiration fut tramée avec une prudence et un secret qui endormirent la confiance de la cour.

Le prince d'Orange' équipa une flotte qui devait porter quatorze à quinze mille hommes. Ce prince n'était rien autre chose qu'un particulier illustre, qui jouissait à peine de cinq cent mille florins de rente ; mais telle était sa politique heureuse, que l'argent, la flotte, les cœurs des États-Généraux étaient à lui. Il était roi véritablement en Hollande par sa conduite habile, et Jacques cessait de l'être en Angleterre par sa précipitation. On publia d'abord que cet armement était destiné contre la France. Le secret fut gardé par plus de deux cents personnes. Barillon , ambassadeur de France à Londres, homme de plaisir, plus instruit des intrigues des maîtresses de Jacques que de celles de l'Europe, fut trompé le premier. Louis XIV ne le fut pas : il offrit des secours à son allié, qui les refusa d'abord avec sécurité , et qui les demanda ensuite, lorsqu'il n'était plus temps et que la flotte du prince son gendre était à la voile. Tout lui manqua à la fois comme il se manqua à lui-même. (Octobre h 688) Il écrivit en vain à l'empereur Léopold, qui lui répondit : « Il ne vous est arrivé que ce que nous vous avions prédit. » II comptait sur sa flotte ; mais ses vaisseaux laissèrent passer ceux de son ennemi. Il pouvait au moins se défendre sur terre : il avait une armée de vingt mille hommes ; et s'il les avait menés au combat sans leur donner le temps de la réflexion, il est à croire qu'ils eussent

1. « L'autear des Mémoiret de Maintenon avance que le prince d*0range, voyant que les Ëtals-Généraux refusaient des fonds, entra dans l'assemblée, et dit ces mots : « Messieurs, il y aura guerre au printemps prochain , et je «demande qu'on enregistre cette prédiction.» 11 cite le comte d'Avaux. Il dit que ce ministre pénétrait toutes les mesures du prince d'Orange. U est difficile d'entasser plus mal plus de faussetés. Les neuf mille matelots étaient prêts dès Tan 1687. Le comte d'Avaux ne dit pas an mot du prétendu discours du prince d'Orange. Il ne soupçonna le dessein de ce prince que le 20 mai 1688. Voy. sa lettre au roi, du 20 mai. » (Note de Voltaire.)

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combattu; mais il leur laissa le loisir de se déterminer. Plusieurs ofSciers généraux rabandonnèrent , entre autres ce fameux Churchill, aussi fatal depuis à Louis qu'à Jacques, et si illustre sous le nom de duc de Mariborough. Il était favori de Jacques, sa créature, le frère de sa maîtresse, son lieutenant général dans Tannée ; cependant il le quitta , et passa dans le camp du prince d'Orange. Le prince de Danemark, gendre de Jacques, enfin sa propre fille, la princesse Anne, rabandonnèrent.

Alors, se voyant attaqué et poursuivi par un de ses gendres, quitté par l'autre; ayant contre lui ses deux filles, ses propres amis; haï des sujets mêmes qui étaient encore dans Sun parti, il désespéra de sa fortune : la fuite, dernière ressource d'un prince vaincu, fut le parti qu'il prit sans combattre. Enfin, après avoir été arrêté dans sa fuite par la populace , maltraité par elle, reconduite Londres; après avoir reçu paisiblement les ordres du prince dOrange dans son propre palais ; après a,voir vu sa garde relevée, sans coup férir, par celle du prince ; chassé de sa maison , prisonnier à Rochester , il profita de la liberté qu'on lui donnait d'abandonner son royaume; il alla chercher un asile en France.

Ce fut là l'époque de la vraie liberté de l'Angleterre. La nation , représentée par son parlement , fixa les bornes , si longtemps contestées, des droits du roi et de ceux du peuple; et ayant prescrit au prince d'Orange les conditions auxquelles il devait régner, elle le choisit pour son roi , conjointement avec sa femme Marie, fille du roi Jacques *. Dès lors ce prince ne fut plus connu, dans la plus grande partie de l'Europe, que sous le nom de Guillaume III, roi légitime d'Angleterre et libérateur de la nation. Mais en France il ne fut regardé que comme le prince d'Orange, usurpateur des États de son beaupère.

(Janvier 4689) Le roi fugitif vint avec sa femme, fille d'un duc de Modène, et le prince de Galles encore enfant, implorei la protection de Louis XIV. La reine d'Angleterre, arrivée avant son mari , fut étonnée de la splendeur qui environnai le roi de France , de cette profusion de magnificence qu*o:i

I. Cette nonvelle charte de TAngleterre s'appela la déclaration des droits EUe consacrait à peu près tontes les libertés que réclamait Topposition libé raie, va début de la révolution anglaise, en 1627. Elle a fondé le gouverne neni parlementaire, avec tous cfis tempéraments et cettu sagesse pratiqui qui devaient en assurer la durée et la (prandcur. %

voyait à Versailles, et surtout de la manière dont elle fut reçue. Le roi alla au-devant d'elle jusqu'à Chatou. « Je vous rends', madame, lui dit-il, un triste service : mais j'espère vous en rendre bientôt de plus grands et de plus heureux. » Ce furent ses propres paroi ss. Il la conduisit au château de Saint-Germain, où elle trouva le même service qu'aurait eu la reine de France f tout ce qui sert à la commodité et au luxe, des présents de toute espèce, en argent, en or, en vaisselle, en bijoux, en étoffes.

Il y avait parmi tous ces présents une bourse de dix mille louis d'or sur sa loilelte. Les mêmes attentions furent obser vées pour son mari, qui arriva un jour après elle. On lui régla six cent mille francs par an pour l'entretien de sa maison, outre les présents sans nombre qu'on lui fit. 11 eut les officiers du roi et ses gardes. Toute cette réception était bien peu de chose, auprès des préparatifs qu'on faisait pour le rétablir sur son trône. Jamais le roi ne parut si grand ; mais Jacques parut petit. Ceux qui, à la cour et à la ville, décident de la réputation des hommes, conçurent pour lui peu d'estime. Il ne voyait guère que des jésuites. Il alla descendre chez eux à Paris, dans la rue Saint-Antoine. Il leur dit qu'il était jésuite lui-même; et ce qui est le plus singulier, c'est que la chose était vraie. Il s'était fait associer à cet ordre, avec de certaines cérémonies , par quatre jésuites anglais , étant encore duc d'York. Cette pusillanimité dans un prince, jointe à la manière dont il avait perdu sa couronne, l'avilit au point que les courtisans s'é« gayaient tous les jours à faire des chansons sur lui. Chassé d'Angleterre, on s'en moquait en France. On ne lui savait nul gré d'être catholique. L'archevêque de Reims, frère de Louvois, dit tout haut à Saint-Germain dans son antichambre : a Voilà un bon homme qui a quitté trois royaumes pour une messe. > II ne recevait de Rome que des indulgences etdespasquinades. Enfin, dans toute cette révolution, sa religion lui rendit si peu de services que, lorsque le prince d'Orange, le chef du calvinisme, avait mis à la voile pour aller détrôner )e roi son beaupère, le ministre du roi catholique à la Haye avait fait dire des messes pour l'heureux succès de ce voyage.

Au milieu des humiliations de ce roi fugitif et des libéralités de Louis XIV envers lui, c'était un spectacle digne de quelque

I. « Voy. les Lettres de M"" de Sévigoé, et les Mémoires de M"* de La Fayette, etc. » '/<ole de Vollaire)

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