‹ Siècle de Louis XIV (volume 2)Chapitre 96 sur 168 · TESTAMENT DK CHARLES II · texte numérisé non relu

TESTAMENT DK CHARLES II

Louis XIV. Qu'il reconnaisse ou non le fils de Jacques II, led Anglais ne prendront pas moins parti contre la France, et il aura seulement la douleur d'avoir sacrifié la grandeur de ses sentiments à des ménagements inutiles. Ces représentations et ces larmes furent appuyées par M"" de Maintenon. Le roi revint à son premier sentiment, et à la gloire de soutenir autant quMl pouvait des rois opprimés. Enfin Jacques III fut re* connu le même jourqu'il avait été arrêté dans le conseil qu*on ne le reconnaîtrait pas.

Le marquis de Torcy a fait souvent l'aveu de cette anecdote singulière. Il ne l'a pas insérée dans ses Mémoires manuscrits* parce qu'il pensait, disait-il, qu'il n'était pas honorable à son maître que deux femmes lui eussent fait changer une résolution prise dans son conseil. Quelques Anglais* m'ont dit quç peutêtre sans cette démarche leur parlement n'eût point pris de parti entre les maisons de Bourbon et d'Autriche, mais que reconnaître ainsi pour leur roi un prince proscrit par eux, leur parut une injure à la nation, et un despotisme qu'on voulait exercer dans l'Europe. Les instructions données par la ville de Londres à ses représentants furent violentes.

« Le roi de France se donne un vice-roi en conférant le titre de notre souverain à un prétendu prince de Galles. Notre con* dition serait bien malheureuse, si nous devions être gouvernés au gré d'un prince qui a employé le fer, le feu et les galères, pour détruire les protestants de ses États : aurait-il plus d'humanité pour nous que pour ses propres sujets? »

Guillaume s'expliqua dans le parlement avec la même force. On déclara le nouveau roi Jacques coupable de haute trahison : un bill d'attainder* fut porté contre lui, c'est-à-dire qu'il fut

l.« Entre autres milord Bolingbroke, dont les Mémoires ont depuis Justifié ce que Tauteur du Siècle avance. Voyez ses Lettres, iome U, paîge 56. C'est ainsi que pense encore M. de Torcy dans ses Mémoires. ïï dit, page l«4 du tome I*', première édition : m La résolution que prit le roi de reconnattre « le prince de Galles en qualité de roi d'Angleterre changea les disposition! «qu'une grande partie de la nation témoignait à consenrer la paix, etc.» Le lord Bolingbroke avoue, dans ses Lettre*, que Louis XIV reconnut le pré* tendant par des importunites de femmes. On voit, par ces témoignages, avec quelle exactitude l'auteur du Siècle de Louis XIV a cherché la vérité et avec quelle candeur il l'a dite. » ( Note de Voltaire.)

3. Les bills à*attainder^ inventés par Henri VIII, sont Varme la plus reioutable et, il faut le dire, la plus inique que tienne en réserve la constitution anglaise dans certaines circonstances extraordinaires. Le parlement s'en servit pour la première fois contre le comte de Strafford, le célèbre ministre ie Charles 1", au début de la révolution d'Angleterre (i64l). Strafford avait été traduit par la Chambre des Communes devant celle des Lords, confor mémem aux lois établies ; mais U se défendit avec unt d'habileté et d'élo»

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condamné à mort comme son grand-père; et c*eât en vertu de ce bill qu'on mit depuis sa tête à prix. Tel était le sort de celte Camille infortunée, dont les malheurs n*ctaient pas encore épuisés. Il faut avouer que c'était opposer de la barbarie à la générosité du roi de France.

Il paraît très-vraiseroblable que l'Angleterre se serait toujours déclarée contre Louis XIV, quand même il eût refusé le vain titre de roi au fils de Jacques II. La monarchie d'Espagne entre les mains de son petit-fils semblait devoir armer nécessairement contre lui les puissances maritimes. Quelques membres du parlement gagnés n'auraient pas arrêté le torrent de la nation. C'est un problème à résoudre, si M'"* de Maintenon ne pensa pas mieux que tout le conseil , et si Louis XIV n'eut pas raison de laisser agir la hauteur et la sensibilité de son âme^.

L*empereur Léopold commença d'abord cette guerre en Italie, dès le printemps de Tannée 4701 . L'Italie a toujours été le pays le plus cher aux intérêts des empereurs. C'était celui où ses armes pouvaient le plus aisément pénétrer par le Tyrol et par i'Ëtat de Venise ; car Venise , quoique neutre en apparence, penchait plus cependant pour la maison d'Autriche que pour celle de France. Obligée d'ailleurs par des traités de donner passage aux troupes allemandes, elle accomplissait ces traités sans peine.

queiice qa*an acquittement paraissait inévitable. Alors les Communes, sans attendre le mgemont et le déclarant inutile, portèrent un bill d'al> tatnder^ ou *oi de proscripiion. Dès lors il n'était plus nécessaire que l 'accusé fût reconnu coupable après une procédure régulière : il surflsait que le bill, comme toutes les lois ordinaires, fût accepté parles lords et le roi. En uu mot, un bill d'attainder est une condaninaiiun capitale sans jugement.

1. La reconnaissance de Jacques III avait été précédée d*une Hiute plus grave, que d'autres historiens, et particulièrement M. Mignet ( /n/roauch'on, etc., p. 83), ont reprochée àLouis XIV. Au lieu de prévenir ou de calmeiles défiances de l'Europe, qui avait le droit de redouter cet agrandissement prodigieux de la maison de Bourbon , le roi les fit naître ou les augmenta comme à plaisir. Blalgré les clauses formelles du testament de Charies II , U n'exigea pas que le nouveau roi d'Espagne renonçât au trône de France ; et par des lettres patentes, données en oécembre 1700 , il conserva au duc d'AnJoa son rang entre le duc de Bourgogne et le duc de Berri. C'était rendre possible dans un avenir prochain la réunion des deux monarchies , et rétablir peui-ètre en faveur de la France cette formidable puissance de la maison d'Autriche, que la France avait eu la gloire de combattre et de détraire. Ainsi fut légitimée la dernière coalition des nations européennes. M. Mignet n'approuve pas davantage, et peutrètre avec raison , la reconnais- •anoe de Jacques III. « Le peuple anglais , dit-il ( page 86 ), vit un attenut à ses droits dans cette imprudence royale , et il entra avec passion dans une guerre dirigée contre un étranger qui prétendait lui Imposer un maître Cette deraiere faute les couronna toutes. »

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