CHAPITRE SEIZIEME
De ce Çui fe pajfait dans le continent , tandis que Gviliaume III. envahirait V Angleterre ^ V Ecoffe & l'Irlande , jufau'en i6$j. Nouvel embrafement du Palatinat : victoires des maréchaux de Catinat & de Luxembourg , &c,
1 Ni 'Ayant pas voulu rompre le fil des affaires d'Angleterre , je me ramène à ce qui fe paffait dans le continent.
Le roi, en formant ainfî une puiflance maritime, telle qu'aucun état n'en a jamais eu de fupéneure avait à combattre l'empereur & l'Empire , l'Efpagne , les deux puiffances maritimes PAnglererre & la Hollande , devenues tomes deux plus terribles fous un feul chef; la Savoie & prefque toute l'Italie. Un feul de ces ennemis, tel que' l'Anglais & PEfpagnol , avait fufîî autrefois pour défoler la France ; & tous enfemble ne purent alors l'entamer. louis XIV. eut prefque toujours cinq corps d'armée dans le cours de cet^e guerre, quelquefois fix , jamais moins de quatre. Les armées en Allemagne & en Flandre fe montèrent plus d'une fois à cent mille combattans. Les places frontières ne furent pas cependant dégarnies. Le roi avait quatre cent cinquante mille hommes en armes, en comptant les troupes de la marine. L'empire Turc, fi puiifant i Siècle de Louis XIV. Tom. V. Z Q
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en Europe , en Afie & en Afrique , n'en a jamais eu autant, & l'empire Romain n'en eut jamais davantage, & n'eut en aucun tems autant de guerres à foutenir à la fois. Ceux qui blâmaient Louis XIV. de s'être fait tant d'ennemis, l'admiraient d'avoir pris tant de mefures pour s'en défendre, & même pour ks prévenir.
Ils n'étaient encor ni entièrement déclarés, ni tous réunis : le prince d'Orange n'était pas encor forti du Texel , pour aller charTer le roi fon beau-père , & déjà la France avait des armées fur les frontières de la Hollande & fur le Rhin. Le roi avait envoyé en Allemagne, à la tête d'une armée de cent mille hommes , fon fiîs le dauphin , qu'on nommait Monfeigneur : prince doux . dans fes mœurs, modefte dans fa conduite , qui paraiffaît tenir en tout de fa mère. Il était âgé de vingt-fept ans. C'était peur la première fois qu'on lui confiait un commandement, après s'étire bien afTuré, par fon caractère , qu'il n'en abuferait pas. Le roi lui dit publiquement à fon départ : Mo n fils , en vous envoyant commander mes armées , je vous donne les occafions de faire connaître votre mérite : alle{ le montrer a toute l'Europe , afin que quand je viendrai à mourir y on ne s'appercoivepas que le roi foit mort.
Ce prince eut une commifllon fpéciale pour commander, comme s'il eût été fimplement l'un des généraux que le roi eût choifi. Son père lui écrivait ; A mon fils le dauphin , mon lieutenant-général , commandant mes armées en Allemagne.
On avait tout prévu & tout difpofé , pour que le fils de Louis XIV. contribuant à cette expédition de fon nom & de fa préfence, ne reçût pas un affront. Le maréchal de Duras , commandait réellement l'armée. Boufflers avait un corps de troupes en-deçà du Rhin ; le maréchal â'Humières, un autre vers Cologne, pour
âobfenrer les ennemis. Heidelberg, Mayence , étaient pris, ^e fiége de Philipsbourg , préalable toujours né- |
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