Chapitre XVI. 355 GS
ceiTJre quand la France fait la guerre à FAllemagne, était commencé. Vauhan conduiiàit le fiége. Tous les détails qui n'éraient point de fon reiTort, roulaient fur Catinat, alors lieutenant -général, homme capable de tout , & fait pour tous les emplois. Monfeigneur arriva , après fix jours de tranchée ouverte. Il imitait la conduite de fon père; s'expofant autant qu'il le falloir , jamais en téméraire ; affable à tout le monde , libéral envers les foldàts. Le roi goûtait une joie pure , d'avoir
I un fils qui l'imitait fans l'effacer, & qui fe fdifait aimer de tout le monde , fans fe faire craindre de fon père. Philipsbourg fut pris en dix -neuf jours : on prit
• Manheim en trois jours ; Franckendal en deux : Spire, Trêves, Vorms & Oppenheim fe' rendirent , dès que les Français furent à leurs portes.
Le roi avait réfolu défaire un défert duPalatinatj dès que ces villes feraient prifes. Il avait la vue d'empêcher les ennemis d'y fubfifter , plus que celle de fe venger de réle&eur Palatin , qui n'avait d'autre crime que d'avoir fait fon devoir, en s'uniffant au refte de l'Allemagne contre la France. Il vint à l*armée un or* dre de Louis figné Louvois, de tout réduire en cendres* Les généraux Français, qui ne pouvaient qu'obéir , firent donc fignifier dans le cœur de l'hiver , aux citoyens de toutes Ces villes fi florilîantes & fi bien réparées , aux habitans des villages , aux maîtres de plus de cinquante châteaux, qu'il fallait quitter leurs demeures, & qu'on allait les détruire par le fer & par les flammes. Homme^ femmes , vieillards , enfans , fortirent en hâte. Une partie fut errante dans les campagnes : une autre fe réfugia dans les pays voifins ; pendant que le foldat, qui paffe toujours les ordres de rigueur , & qui n'exécute jamais ceux de clémence, brûlait & faccageait leur patrie* On commença par Manheim & par Heidélberg^ féjour des électeurs : leurs palais furent détruits , comme les mai-
| fons des citoyens ; leurs tombeaux furent ouverts par
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Siècle de Louis XIV, ÇJ
la rapacité du foldat , qui croyait y trouver des tréfors ; leurs cendres furent difperfées. C'était pour la féconde fois, que ce beau pays était défolé fous Louis XIV. mais les flammes dont Turenne avait brûlé deux villes & vingt villages du Palatinat, n'étaient que des étincelles en comparaifon de ce dernier incendie. L'Europe en eut horreur. Les officiers , qui l'exécutèrent , étaient honteux d'être les initrumens de ces duretés. On les rejetait fur le marquis de Louvois , devenu plus inhumain par cet endurcifTement de cœur que produit un long miniftère. Il avait en effet donné ces confeils; mais Louis avait été le maître de ne les pas fuivre. Si le roi avait été témoin de ce fpe&acle , il aurait lui-même éteint les flammes. Il figna , du fond de fon palais de Verfailles & au milieu des plaifirs , la deftruction de tout un pays , parce qu'il ne voyait dans cet ordre que fon pouvoir & le malheureux droit de la guerre; mais déplus près, il n'en eût vu que l'hor- 1jJ reur. Les nations , qui jufques-là n'avaient blâmé que fon ambition en l'admirant , crièrent alors contre fa dureté , & blâmèrent même fa politique. Car fi les ennemis avaient pénétré dans fes états, comme lui chez les ennemis , ils euffent mis fes villes en cendres.
Ce danger était à craindre : Louis , en couvrant fes frontières de cent mille foldats , avait appris à l'Allemagne à faire de pareils efforts. Cette contrée, plus peuplée que la France, peut auffi fournir de plus grandes armées. On les lève, on les affemble, on les paie plus difficilement : elles paraifient plus tard en campagne; mais la difcipline , la patience dans les fatigues , les rendent fur la fin d'une campagne, aufîi redoutables que les Français le font au commencement. Le duc de Lorraine Charles V. les commandait. Ce prince toujours dépouillé de fon état par Louis XIV. ne pouvant y rentrer , avait confervé l'empire à l'empereur Léopold: il l'avait rendu vainqueur des Turcs & des Hongrois.