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affaire , où il s'agiffait de la plus vafle monarchie du monde. Marie - Anne de Bavière fit déchirer le teftament qui appellait le jeune Bavarois à la fuccefîion , & le roi promit à fa femme qu'il n'aurait jamais d'autre héri ier qu'un fils de l'empereur Léopold , & qu'il ne ruinerait pas la maifon à' Autriche, Les chofes étaient en ces termes à la paix de Rifvick. Les maifons de France & A' Autriche fe craignaient & s'obfervaient , & elles avaient l'Europe à craindre. L'Angleterre & la Hollande alors puifTantes , dont l'intérêt était de tenir la balance entre les fouverains , ne voulaient point fouffrir que la même tête pût porter avec la couronne d'Efpagne, celle de l'Empire, ou celle de France.
Ce qu'il y eut de plus étrange, c'eil: que le roi de Portugal Pierre Second fe mit au rang des précendans. Cela était abfurde ; il ne pouvait tirer fon droit que d'un Jean I. fils naturel de Pierre le Jujiicier au quinzième & fiècle; mais cette prétention chimérique était foutenue par le comte d' Orope^a de la maifon de Bragance ; il était membre du confeil. Il ofa en parler ; il fut difgracié & renvoyé.
Louis XIV. ne pouvait fouffrir qu'un fils de l'empereur recuillît la fucceffion , & il ne pouvait la demander. On ne fait pas pofitivement quel homme imagina le premier de faire un partage prématuré & inoui de la monarchie Efpagnoîe pendant la vie de Charles IL II eft très - vraifemblable que ce fut le miniftre Torci; car ce fut lui qui en fit l'ouverture au* comte de Portland Bentinck ambaifadeur de Guillaume III. auprès de Louis XIV.
Le roi Guillaume entra vivement dans ce projet nouveau. Il difpofa dans la Haye , avec le comte de Ta l lard , de la fucceffion dEfpagne. On donnait au jeune prince de Bavière l'Efpagne & les Indes Occidentales , fans favoir que . Charles IL lui avait déjà légué auparavant tous fes états. Le dauphin fils de Louis XIV.
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devait pofTéder Naples, Sicile, «Se la province de Guipufcoa , avec quelques villes. On ne laiffait à l'archiduc Charles, fécond fils de l'empereur Zéopotd, que le Milanais ; & rien à l'archiduc Jofeph fils aine de Léopold, héritier de l'Empire.
Le fort d'une partie de l'Europe $ & la moitié de l'Amérique, ainfi réglé, Louis promit par ce traité de partage, de renoncer à la fuccefîion entière de l'Efpagne. Le dauphin promit & figna la même chofe. La France croyait gagner des états ; l'Angleterre & la Hollande croyaient affermir le repos d'une partie de l'Europe; toute cette politique fut vaine. Le roi moribond , apprenant qu'on déchirait fa monarchie de fon vivant, fut indigné. On s'attendait , qu'à cette nouvelle il déclarerait pour fon fucceffeur , ou l'empereur Léopold > ou un de fes fils ; qu'il lui donnerait cette récompenfe,
<fh de n'avoir point trempé dans ce partage ; que la gran* deur & l'intérêt de la maifon à' Autriche lui dicteraient un tefhment. Il en fit un en effet; mais il déclara pour la féconde fois ce même prince de Bavière unique héritier de tous ks états. La nation Efpagnole , qui ne craignait rien tant que le démembrement de fa monarchie, applaudiffait à cette difpofition. La paix fembîait devoir en être le fruit. Cette efpérance fut eneor aufli vaine que le traité de partage. Le prince de Bavière , défignéroi, mourut à Bruxelles. (1)
On (i) L'auteur du fiècle de Louis XIV. avait écrit la plupart de ces particularités , alors auffi nouvelles qu'intéreffantes , long - tems avant que les mémoires du marquis de Torci paruffent , & ces mémoires ont enfin confirmé tous les faits rapportés dans cette hiftoire. Les bruits odieux répandus fur la mort du prince électoral de Bavière ne font plus répétés aujourd'hui que par de vils écrivains fans aveu , fans pudeur & fans connaiflfance du monde , qui travaillent pour des libraires; & qui fe donnent pour des politiques. On trouve dans les prétendus mémoires de madame de Maintenon tomeV. pag. 6, ces paroles ; La cour de Vienne de tout tems infeftée des maximes de Machiavel, & foupçonnée de réparer par fes empoifonneurs les fautes
3k de fes minifires. Il femble par cette phrafe que la cour de Vienne ait
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On accufa injuftement de cette mort précipitée la maifon d'Autriche s fur cette feule vraifemblance , que ceux-là commettent le crime à qui le crime eft utile* Alors recommencèrent les intrigues à la cour de Madrid , à Vienne , à Verfailles , à Londres , à la Haye & à Rome.
Louis XIV. le roi Guillaume & les Etats-Généraux > difposèrent encor une fois en idée de la monarchie Espagnole. Ils aflignaient à l'archiduc Charles , fils puîné de l'empereur, la part qu'ils avaient auparavant donnée à l'enfant qui venait de mourir. Le fils de Louis XIV. devait pofieder Naples & Sicile & tout ce qu'on lui avoit affigné par la première convention»
On donnait Milan au duc de Lorraine ; & la Lorraine , fi fouvent envahie & fi fouvent rendue par la France, devait y être annexée pour j mais. Ce traité, qui mit en mouvement la politique de tous les princes pour le traverfer ou pour le foutenir, fut tout aufîi inutile que le premier. L'Europe fut encor trompée dans fon attente, comme il arrive prelque toujours.
L'empereur, à qui on propofait ce traire de pirtage à figner , n'en voulait point , parce qu'il efpérait avoir toute la fuccefiion. Le roi de France , qui en avait preifé la Signature , attendait les événemens avec incertitude. Quand ce nouvel affront fut connu à la cour de Madrid, le roi fut fur le point de fuccomber à fa douleur , &la reine fa femme fut tranfportée d'une fi vive colère qu'elle brifa les meubles de fon appartement, & furtout les glaces & les autres ornemens qui venaient de France; tant les partions ibnt les mêmes dans tous les rangs. Ces partages imaginaires , ces intrigues , ces querelles , tout cela n'était qu'un intérêt perfonnel. La
eu de tout tems des empoifonneurs en titre d'office i comme on a des huiffiers & des drabans. C'eft un devoir de relever des expref= fions fi indécentes , & de combattre dès idées fi calomnieufes.
Siècle de Louis XIV. Tom. V. B b
nation Efpagnole était comptée pour rien. On ne la confultait pas , on ne lui demandait pas quel roi elle voulait. On propofa d'aflembler las cortes , les étatsgénéraux, mais Charles frémiffait à ce feul nom.
Alors ce malheureux prince , qui fe voyait mourir à la fleur de fon âge , voulut donner tous fes états à l'archiduc Charles , neveu de fa femme , fécond fils de Pempereur Léopold. Il n'ofait les laiffer au fils aine; tant le fyftême de l'équilibre prévalait dans les efprits , & tant il était sûr que la crainte de voir l'Efpagne , le Mexique , le Pérou, de grands établilTemens dans l'Inde, l'Empire, la Hongrie, la Bohême , la Lombardie, dans les mêmes mains , armerait le refte de l'Europe. Il demandait que l'empereur Léopold envoyât fon fécond fils Charles à Madrid, à la tête de dix mille hommes ; mais ni la France , ni l'Angleterre , ni la Hollande , ni l'Italie , ne l'auraient alors fouffert : toutes voulaient le partage. L'empereur ne voulait point envoyer fon fils feul à la merci du confeii d'Efpagne , & ne pouvait y faire paffer dix mille hommes. Il voulait feulement faire marcher des troupes en Italie, pour s'afTurer cette partie des états delà monarchie Autrichienne-Efpagnole. Il arriva, pour le plus important intérêt entre les deux grands rois, ce qui arrive tous les jours entre des particuliers pour des affaires légères. On difputa , on s'aigrit : la fierté allemande révoltait la hauteur caftillane. La comteife de Perlipi , qui gouvernait la femme du roi mourant, aliénait les efprits qu'elle sût dû gagner à Madrid ; & le confeii de Vienne les éloignait encor davantage par fes hauteurs.
Le jeune archiduc , qui fut depuis l'empereur Charles VI. appellait toujours les Efpagnols d'un nom injurieux. Il apprit alors combien les princes doivent pefer leurs paroles. Un évêque de Lérida , ambalfadeur de Madrid à Vienne , mécontent des Allemans , releva ces difcours , les envenima dans fes dépêches , & écrivit
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lui-même des chofes plus injurieufes pour le confeil d'Autriche, que l'archiduc n'en avait prononcées contre les Efpagnols. « Les minières de Léopold , écrivait- » il , ont l'efprit fait comme les cornes des chèvres de » mon pays, petit, dur & tortu. » Cette lettre devint publique. L'évêque de Lérida fut rappelle, & à fon retour à Madrid , il ne fit qu'accroître l'averfion des Efpagnols contre les Allemans.
Autant le parti Autrichien révoltait la cour de Madrid, autant le marquis depuis duc $Harcourty ambaffadeur de France , fe conciliait tous les cœurs par la profufion de fa magnificence , par fa dextérité & par le grand art de plaire. Reçu d'abord fort mal à la cour de Madrid , il fouffrit tous les dégoûts fans fe plaindre ; trois mois entiers s'écoulèrent fans qu'il pût avoir audience du roi. ( 1 ) Il employa ce tems à gagner les efprits. Ce fut lui qui le premier fit changer en bien- & veillance cette antipathie que la nation Efpagnole nourrirait contre la Françaife depuis Ferdinand le Catholique ; & fa prudence prépara le tems où la France & l'Efpagne ont renoué les anciens nœuds qui les avaient unis avant ce Ferdinand , de couronne à couronne , de peuple à peuple , & d'homme à homme, II accoutuma la cour Efpagnole à aimer la maifon de . France ; fes minières à ne plus s'effrayer des renonciations de Marie- Thérèfe & d' 'Anne d 'Autriche98c Charles IL lui-même à balancer entre fa propre maifon & celle de Bourbon. Il fut ainfile premier mobile de la plus grande
(1) Reboulet fuppofe que cet ambaflàdeur fut reçu d'abord magnifiquement. Il fait un grand éloge de fa livrée , de fon beau carroffe doré , & de l'accueil tout-à-fait gracieux de fa majefté. Mais le marquis , dans fes dépêches , avoue qu'on ne lui fit nulle civilité , & qu'il ne vit le roi qu'un moment dans une chambre très-fombre éclairée de deux bougies , de peur qu'il ne s'apperçût que ce prince était moribond. Enfin les mémoires de Torci démontrent qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce que Reboulet , Limiers , & les au- I très hiftoriens ont dit de cette grande affaire.
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révolution dans le gouvernement & dans les efprits. Cependant ce changement était encor éloigné.
L'empereur priait , menaçait. Le roi de France repréfenrait fes droits, mais fans ofer jamais demander pour un de fes petits-fils la fucceiîion entière. Il ne s'occupait qu'à flatter le malade. Les Maures affiégeaient Ceuta. Àufli-tôt le marquis à'Harcourt offre des vaiffeaux & des troupes à Charles , qui en fut fenfibiement touché ; mais la reine fa femme en fut effrayée ; elle craignit que fon mari n'eût trop de reconnaiffance , & refufa féchement ce fecours.
On ne favait encor quel parti prendre dans le confeil de Madrid , & Charles IL approchait du tombeau , plus incertain que jamais. L'empereur Léopold piqué , rappella fon ambaffadeur le comte de Harrach ; mais bientôt après il le ren#bya à Madrid , & les efpérances en faveur de b maifon à' Autriche fe rétablirent. Le roi d'Efpagne écrivit à l'empereur qu'il choifirait l'archiduc pour fon fucceffeur. Alors le roi de France , menaçant à fon tour , affembla une armée vers les frontières d'Efpagne , & ce même marquis à'Harcourt fut rappelle de fon ambaffade pour commander cette armée. Il ne refta à Madrid qu'un officier d'infanterie qui avait fervi de fecretaire d'ambaffade , & qui fut chargé des affaires , comme le dit le marquis de Torci. Ainfi le roi moribond menacé tour-à-tour par ceux qui prétendaient à fa fucceffion , voyant que le jour de fa mort ferait celui de la guerre, que Ces états allaient être déchirés , tendait à fa fin fans confolation, fans ré/olution & au milieu âçs inquiétudes.
Dans cette crife violente , le cardinal Fortocarrero , archevêque de Tolède, le comte de Monterey , & d'autres grands d'Efpagne , voulurent fauver la patrie. Ils fe réunirent pour prévenir le démembrement de la monarchie. Leur haine contre le gouvernement Allemand fortifia dans leurs efprits la raifon d'état , &
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