‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 116 sur 189 · Chapitre XVII · texte numérisé non relu

Chapitre XVII

fervit la cour de France fans qu'elle le fût. Ils perfuadèrent à Charls II, de préférer un petit-fils de Louis XIV, à un prince éloigné d'eux , & hors d'état de les défendre. Ce n'était point anéantir les renonciations folemnelles de la mère & de la femme de Louis XIV. à la couronne d'Efpagne , puifqu'elles n'avaient été faites que pour empêcher les aînés de leurs defcendans de réunir fous leur dominations les deux royaumes , & qu'on ne choififfait point un aîné. C'était en même tems rendre juftice aux droits du fang ; c'était conferver la monarchie Efpagnole fans partage. Le roi fcrupuîeux fit confulter des théologiens , qui furent de l'avis de fon confeil ; enfuite tout malade qu'il était , il écrivit de fa main au pape Innocent XII, & lui fit la même confuhation. Le pape, qui croyait voir dans l'afFaiblifTement de la maifon d'Autriche la liberté de l'Italie , écrivit au roi « que les loix d'Efpagne & le bien de J> » la chrétienté exigeaient de lui , qu'il donnât la pré- » férence à la maifon de France. » La lettre du pape était du i6 Juillet 1700. Il traita ce cas de confcience d'un fouverain , comme une affaire d'état , tandis que le roi d'Efpagne faifait de cette grande affaire d'état un cas de confcience.

Louis XIV, en fut informé par le cardinal de lanfon qui réfidait alors à Rome : c'eft toute la part que le cabinet de Verfailles eut à cet événement. Six mois s'étaient écoulés depuis qu'on n'avait plus d'ambaffadeur à Madrid. C'était peut-être une faute ; & ce fut peut« être encor cette faute qui valut la monarchie Efpagnole à la maifon de France, Le roi d'Efpagne fit fon troi^ fième teftament , qu'on crut long-tems être te feul , & donna tous fes états au duc d'Anjou» ( r ) On faifit

(1) Quelques mémoires difent que le carà'imlPortocarrero arracha du roi mourant la fignature de ce tefêament ; ils lui font tenir un long difcours pour y difpofer ce monarque. Mais on voit que tout était déjà, préparé 6c réglé dès le mois de Juillet, Qui pourrait

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un moment où fa femme n'était pas auprès de lui pour le faire figner. C'eft ainfi que toute cette intrigue fut terminée.

L'Europe a penfé que ce teftament de Charles IL avait été di&é à Verfailles. Le roi mourant n'avait confulté que l'intérêt de fon royaume , les vaux de fes fujets , & même leurs craintes ; car le roi de France faifait avancer des troupes fur la frontière, pour s'afïurer une partie de l'héritage , tandis que le roi moribond fe réfolvait à lui tout donner. Rien n'eft plus vrai , que la réputation de Louis XIV. & l'idée de fa puiffance , furent les feuls négociateurs qui confommèrent cette révolution.

Charles d'Autriche , après avoir (igné la ruine de fa maifon & la grandeur de celle de France , languit encor un mois,& acheva enfin à l'âge de trente-neuf ans , la vie obfcure qu'il avait menée fur le trône. Peut-être n'efl-il pas inutile , pour faire connaître l'efprit humain , de dire que quelques mois avant fa mort ce monarque fit ouvrir à l'efcurial les tombeaux de fon père , de fa mère & de fa première femme , Marie- Louife d'Orléans , dont il était foupçonné d'avoir fouffert l'empoifonnement. ( 1 ) Il baifa ce qui reftait de ces cadavres ; foit qu'en cela il fuivît l'exemple de quelques anciens rois d'Efpagne , foit qu'il voulût s'accoutumer aux horreurs de la mort , foit qu'une fecrete fuperllition lui fît croire que l'ouverture de ces tombes [retarderait l'heure où il devait être porté dans la fienne.

Ce prince était né auflï faible d'efprit que de corps; & cette faiblefle s'était répandue fur fes états. C'efl le fort des monarchies que leur profpérité dépende du caractère d'un feul homme. Telle était la profonde ignorance dans laquelle Charles IL avait été élevé , que

d'ailleurs favoir ce que dit îe cardinal Portocarrero au roi tête à tête.

jL (i) Voyez le chapitre des. anecdotes. - i&

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quand les Français afïïégèrent Mons , il crut que cette place appartenait au roi d'Angleterre. Il ne favait ni ou était la Flandre, ni ce qui lui appartenait en Flandre. (1) Ce roi laiffa au duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV. tous fes états , fans connaître ce qu'il lui laiffait.

Son teftament fut fi fecret , que le comte de Harrack, ambaffadeur de l'empereur , fe flattait encor que l'archiduc était reconnu fuccefleur. Il attendit long-tems l'iffue du grand confeil , qui fe tint immédiatement après la mort du roi. Le duc à'Abrantes vint à lui les bras ouverts : l'ambafTadeur ne douta plus dans ce moment que l'archiduc ne fût roi , quand le duc à'Abrantes lui dit en PembrafTant , Vengo a defpedirme de la cafa de Aujiria. Je viens prendre congé de la maifon d'Autriche. Ainfi , après deux cents ans de guerre & de négociations pour quelques frontières des états Efpagnols , la maifon de France eut d'un trait de plume la monarchie entière, fans traités, fans intrigues, & fans même avoir eu l'efpérance de cette fucceflion. On s'eft cru obligé de faire connaître la fimple vérité d'un fait jufqu'à préfent obfcurci par tant de miniftres & d'hiftoriens , féduits par leurs préjugés & par les apparences qui féduifent prefqae toujours. Tout ce qu'on a débité dans tant de volumes , d'argent répandu par le maréchal d'Harcourt, & des miniftres Efpagnols gagnés pour faire figner ce teftament , eft au rang des menfonges politiques , & des erreurs populaires. Mais le roi d'Efpagne , en choifnTant pour fon héritier le petit-fils d'un roi fi long-tems fon ennemi , penfait toujours aux fuites que l'idée d'un équilibre général devait entraîner. Le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV. n'était appelle à la fucceflion d'Efpagne . que parce qu'il ne devait pas efpérer celle de France , & le même teftament , qui au défaut des puînés du fang de Louis XIV. rappellait l'archiduc Charles ( depuis l'empereur Charles VI. ) portait (1) Voyez les mémoires de Torcl , tome i , page 12. B - B b 4

ou

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expreiïemenr que l'Empire & PEfpagne ne feraient jamais réunis fous un même fouverain.

Louis XIV. pouvait s'en tenir encor au traité de partage, qui était un gain pour la France. Il pouvait accepter le teftament , qui était un avantage pour fa maifon. Il eft certain que la matière fut mife en délibération dans un confeil extraordinaire. Le chancelier de Pontchartrain & le duc de Beauvilliers furent d'avis de s'en tenir au traité ; ils voyaient les dangers d'une nouvelle guerre à foutenir. Louis les voyait aufll ; mais il était accoutumé à ne les pas craindre. Il accepta le teftament ; & rencontrant , au fortir du confeil , les princeffes de Conti avec madame la ducheffe; Eh bien, leur dit-il en fouriant , quel parti prendriez - vous ? puis fans attendre leur réponfe : quelque parti qu€ je prenne y ajouta-t^il, je fais bien que je ferai blâmé, (i)

Les actions des rois , tout flattés qu'ils font , éprouvent toujours tant de critique, que le roi d'Angleterre luimême efiuya àes reproches dans fon parlement ; & {es miniftres furent pourfuivis , pour avoir fait le traité de partage. Les Anglais , qui raifonnent mieux qu'aucun peuple , mais en qui la fureur de l'efprit de parti éteint quelquefois la raifon , criaient à la fois, & contre Guillaume qui avait fait le traité, & contre Louis XIV. qui le rompait.

fi) Malgré le mépris où font en France les prétendus mémoire* de madame de Maintenon y on eft pourtant obligé d'avertir les étrangers que, tout ce qu'on y dit au fujet de ce teftament eft faux. fauteur prétend que lorfque ï'ambaftadeur d'Efpagne vint apporter k Louis X.IV. les dernières volontés de Charles IL Le roLlui répon- $$ » I* verrai. Certainement le roi ne fit point une réponfe 6 étrange , puifque de l'aveu du marquis de Torci , l'ambafTadeur d Efpagne n'eut audience de Louis JÇ/JT. qu'après le confeibdans lequel le, teftament fut accepté.

Le miniitre qu'on avait alors en Efpagne , s*appellait Rleçour , &nos pas Belcour. Ce que le roi dit à l'ambaffadeur Cajiel dos, Rios da-ns les mémoires de. Maintenon, , n'a jamais été dit que dans ^ ce roman. 4Ç5

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