CHAPITRE XVII I
fît ordonner aux princes de Co/z# , & à tous ceux qui faifaient avec eux le voyage , de revenir. L'abbé de Savoie fut îe feul qui n'obéit ( 1 ) point. Il avait déjà déclaré qu'il renonçait à la France. Le roi quand il l'apprit , dit à fes courtifans : Ne trouvez-vous pas que j'ai fait là une grande perte ? & les courtifans apurèrent, que l'abbé de Savoie ferait toujours un efprit dérangé, un homme incapable de tout. On en jugeait par quelques emportemens de jeunefTe , fur lefquels il ne faut jamais juger les hommes. Ce prince, trop méprifé à la cour de France , était né avec les qualités qui font un héros dans la guerre , & un grand homme dans la paix ; un efprit plein de juiteiTe& de hauteur, ayant le courage néceffaire & dans les armées & dans le cabinet. Il a fait des fautes comme tous les généraux ; mais elles ont été cachées fous le nombre de fes grandes actions. Il a ébranlé la grandeur de Louis XIV. & la puifTance Ottomane ; il a gouverné l'Empire : & dans le cours de fes victoires & de fon minifïère , il a méprifé également le faire & les richeiTes. il a même cultivé les lettres ,
(1) Par les inftruftions à moi envoyées & puîfées dans le dépôt des affaires étrangères , il eft évident que le prince Eugène était déjà parti en 1683, & que la marquis de la Fare s'eft mépris dans fes mémoires , quand il fait partir les deux princes de Conti avec le prince Eugène , ce qui a induit les hiftorîens en erreur.
Il y eut alors plusieurs feigneurs de la cour qui écrivirent aux princes de Conti des lettres indécentes , dans lefquelles ils manquaient de refpeft au roi, & d'égards pour madame de Maintenons qui n'était encor que favorite. Les lettres furent interceptées , & ces jeunes gens difgraciés pour quelque tems.
Le compilateur des mémoires de Maintenon eft le feul qui avance que le duc de Rocheguion dit à fon frère le marquis de Liancoxir : Mon frère , fi on intercepte votre lettre , vous mérite-^ la mort. Premiérement on ne mérite point la mort parce qu'une lettre coupable eft interceptée * mais parce qu'on l'a écrite. Secondement on ne mérite point la mort pour avoir écrit des plaifanteries. U parut bien que ces feigneurs , qui tous rentrèrent en grâce , ne méritaient point la mort. Tous ces prétendus tlifcours qu'on débite avec légèreté dans le monde , & qui font enfuite recueillis par des écrivains. 0bfcurs Se mercenaires , font indignes de croyance..
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& les a protégées autant qu'on le pouvait à la cour de Vienne. Agé alors de trente-fept ans , il avait l'expérience de Tes vi&oires remportées fur les Turcs , & des fautes eommifes par les Impériaux dans les dernières guerres, où il avait fervi contre la France.
Il defcendit en Italie par le Trentin fur les terres de Venife avec trente mille hommes , & la liberté entière de s'en fervir ccmvne il le voudrait. Le roi de France défendit d'abord au maréchal de Catinat de s'oppofer au paffage du prince Eugène , foit pour ne point commettre le premier acle d'hoftilité , ce qui eft une mauvaife politique quand on a les armes à la main ; foit pour ménager les Vénitiens , qui étaient pourtant moins dangereux que l'armée Allemande.
Cette faute de la cour en fit commettre d'autres à Catinat. Rarement réuffit-on , quand on fuit un plan qui n'eft pas le lien. On fait d ailleurs combien il eft difficile dans ce pays , tout coupé de rivières & de ruifTeaux , d'empêcher un ennemi habile de les pafler. Le prince hugène joignait à une grande profondeur de defîeins , une vivacité prompte d'exécution. La nature du terrain au bord de l'Adige , faifait encor, que l'armée ennemie était plus rapafiée , & la Françaife plus étendue. Catinat voulait aller à l'ennemi ; mais quelques lieurenans généraux firent des difficultés, & formèrent des cabales contre lui. Il eut la faiblefle de ne fe pas faire obéir. La mcde'rauon de (on efprit lui fit commettre cette grande faute. Eugène força d'abord le poûe de Carpi , auprès du canal blanc, défendu par Saint- Fremont, qui ne fuivit pas en tout les ordres du général, & qui fe fit battre. Après ce iuccès, l'armée Allemande fut maîtreffe du pays entre l'Adige & l'Adda; elle pénétra dans le Breffan, & i atinat recula jufques derrière i'Ogîio. Beaucoup de bons officiers approuvaient cette retraite, qui leur paraiffait fage , & il faut encor ajouter , que le'défaut des munitions promifes par le minilUe, la rendait néceffaire. Les
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