‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 127 sur 189 · Chapitre XVII I. 413 Çj · texte numérisé non relu

Chapitre XVII I. 413 Çj

fouverains. L'événement feul a fait voir à la fin , qu'il ne manqua pas, au moins dans fon traité, aux îoix de la politique. Mais il y manqua dans un autre point bien eflentiei ; ce fut en laifîant fes troupes à la merci des Français, tandis qu'il traitait avec l'empereur. Le duc de Vendôme les fit défarmer. Elles n'étaient , à la vérité, que de cinq mille hommes; mais ce n'était pas un petit objet pour le duc de Savoie.

A peine la maifon de Bourbon a-t-elîe perdu cet allié, qu'elle apprend que le Portugal efl déclaré contr'elie. Pierre , roi de Portugal , reconnaît l'archiduc Charles pour roi d'Efpagne. Le confeil Impérial, au nom de cet archiduc démembrait en faveur de Pierre IL une monarchie,, dans laquelle il n'avait pas encor une ville: il lui cédait , par un de ces traités qui n'ont point eu d'exécution , Vigo , Bayonne , Alcantara , Badajoz , une partie de l'Eftramadure, tous les pays fitués à l'occident de la rivière de la Plata en Amérique ; en un mot, il partageait ce qu'il n'avait pas , pour acquérir ce qu'il pourrait en Efpagne.

Le roi de Portugal , le prince de Darmftadt minifrre de Farchiduc , l'amirante de Cafriile fon partifan , implorèrent même le fecours du roi de Maroc. Non-feulement ils firent des traités avec ces' barbares , pour avoir des chevaux & du bled ; mais ils demandèrent des troupes. L'empereur de Maroc Muley Jfmaëly le tyran le plus guerrier & le plus politique qui fût alors chez les nations mahométanes, ne voulut envoyer fes troupes qu'à des conditions dangereufes pour la chrétienté, & honteufes pour Je roi de Portugal :*ïl demandait en otage un fils de ce roi , & des villes. Le traité n'eut point lieu. Les chrétiens fe déchirèrent de leurs propres mains , fans y joindre les mains des barbares. Ce fecours d'Afrique ne valait pas , pour la maifon à! Autriche y celui d'Angleterre 8c de Hollande.

Churchil , comte & enfuite duc de ftïalborourg.

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déclaré général des troupes Anglaifes & Hollandaifes dès l'an 1702, fut Fhomme le plus fatal à la grandeur de la France, qu'on eût vu depuis plufieurs fiècles, Il n'était pas comme ces généraux , auxquels un miniftre donne par écrit le projet d'une campagne , & qui , après avoir fuivi à la tête d'une armée les ordres du cabinet , reviennent briguer l'honneur de fervir enccr. Il gouvernait alors la reine d'Angleterre, & par le befoin qu on avait de lui , & par l'autorité que fa femme avait fur l'efprit de cette reine. Il menait le parlement par fon crédit, & par celui de Godolphin grand tréforier, dont le fils époufa fa fille. Ainfi , maître de la cour, du parlement, de la. guerre & des finances, plus roi que n'avait-été Guillaume, aufli politique que lui, & beaucoup plus grand capitaine , il fit plus que les alliés n'o~ faient efpérer. Il avait par-deiïus tous les généraux de fon tems , cette tranquillité de courage au milieu du tumulte , & cette férénité d'ame dans le péril , que les Anglais appellent cool head, tête froide. C'eft peut-être cette qualité , le premier don de la nature pour le commandement , qui a donné autrefois tant d'avantages aux Anglais fur les Français, dans les plaines de Poitiers, de Créci & d'Azincourt.

Malboroug, guerrier infatigable pendant la campagne devenait un négociateur aufli agiffant pendant l'hiver. Il allait à la Haye , & dans toutes les cours d'Allemagne. Il perfuadait les Hollandais de s'épuifer , pour* abai (Ter la France. Il excitait les refïentimens de l'électeur Palatin. Il allait flatter la fierté de l'électeur de Brandebourg , lorfque ce prince voulut être roi. Il lui préfentait la fervietteà table, pour en tirer un fecours defept à huit mille foldats. Le prince Eugène, de fon côté , ne finiffait une campagne , que pour aller faire lui-même à Vienne les préparatifs de l'autre. On fait fi les armées en font mieux pourvues quand le général eft le miniftre\ Ces deux hommes, tantôt commandans enfemble, tantôt féparément,

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