Chapitre XVI IL
furent toujours d'intelligence; ils conféraient fouventàla Haye avec le grand penfionnaire Heinjius, & le greffier Fagel qui gouvernaient les Provinces-Unies avec autant de lumières que les Barnevelt & les de With , & avec plus de bonheur. Ils faifaient toujours de concert mouvoir les refforts de la moitié de l'Europe, contre la maifon de Bourbon ; & le miniftère de France était alors bien faible , pour réfifter long-tems à ces forces réunies. Le fecret de leur projet de campagne fut toujours gardé entr'eux. Ils arrangeaient eux-mêmes leurs defïeins, &ne les confiaient à ceux qui les devaient féconder , qu'au point de l'exécution. Chamillard au contraire , n'étant ni politique, ni guerrier , ni même homme de finances , & jouant cependant le rôle d'un premier miniftre , dans l'impuiffance où il était de faire des arrangemens par lui-même, les recevait de plufieurs mains iubakernes. Son fecret était quelquefois divulgué, avant même qu'il sût précifément ce qu'on devait faire. C'eft ce que le marquis de Feuquières lui reproche avec raifon : & madame de Maintenon avoue dans fes lettres, que cet homme qu'elle avait choifi écait un miniirre incapable. Ce fut là une des principales caufes du malheur de la France. Dès que Marlboroug eut le commandement des armées confédérées en Flandre, il fit voir, qu'il avait appris l'art de la guerre fous Turenne. Il avait fait autrefois fes premières campagnes , volontaire fous ce général. On ne l'appellait dans l'armée que le bel Anglais. Mais le vicomte de Turenne avait jugé que le bel Anglais ferait un jour un grand homme. II commença par élever des officiers fubalternes , & jufqu'alors inconnus , dont il démêlait le mérite , fans s'afîujettir à l'ordre du grade militaire, que nous appelions en France l'ordre du tableau. Il favait que quand les grades ne fout que la fuite de l'ancienneté, l'émulation périt; & qu'un officier, pour être plus ancien , n'en eft pas toujours meilleur. Il forma d'abord des hommes. Il gagna du terrain fujr les
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Français, fans combattre. Le premier mois, le comte à'Athlone , général Hollandais, lui difputa le commandement ; & dès le fécond , il fut obligé de lui déférer en tout. Le roi de France avait envoyé contre lui fon petit-fils le duc de Bourgogne, prince fage & jufle, né pour rendre les hommes heureux. Le maréchal de Boufflers , homme d'un courage infatigable, commandait l'armée fous ce jeune prince. Mais le duc de Bourgogne , après avoir vu prendre pîufieurs places, après avoir été forcé de reculer par les marches favantes de l'Anglais, revint à Verfailles au milieu de la campagne. Boiifflers refta feul témoin des fuccès de Marlboroug , qui prit Venlo, Ruremonde , Liège , avançant toujours, & ne perdant pas un moment la fupériorké.
Marlboroug de retour à Londres après cette campagne , reçut les honneurs dont on peut jouir dans une monarchie & dans une république; créé duc./ par la reine , & ce qui efl plus flatteur , remercié par les deux chambres du parlement , dont les députés vinrent le complimenter dans fa maifon.
Il s'élevait cependant un homme, qui femblait devoir raffurer la fortune de la France : c'était le maréchal duc de Villars, alors lieutenant-général, & que nous avons vu depuis généralifïïme des armées de France , d'Efpagne & de Sardaigne, à l'âge de quatre-vingt-deux ans: officier plein d'audace & de confiance. Il avait été l'artifan de fa fortune, par fon opiniâtreté à faire au-delà de fon devoir. Il déplut quelquefois à Louis XIV. & , ce qui était plus dangereux , à Louvois , parce qu'il leur parlait avec la même hardieffe qu'il fervait. On lui reprochait de n'avoir pas une modefHe digne de fa valeur. Mais enfin on s'était apperçu , qu'il avait un génie fait pour la guerre ; & fait pour conduire des Français. On l'avait avancé en peu d'années, après l'avoir laifTé languir long-tems.
Il n'y a guère eu d'hommes , dont la fortune ait fait 0 plus