Chapitre XVIII
meurtrière. Le feu fourenu & roulant a prévalu. Les Allemans & les Anglais s'accoutumèrent à tirer par divifions avec plus d'ordre & de promptitude que les Français. Les Prufïiens furent les premiers qui chargèrent leurs fufils avec des baguettes de fer. Le fécond roi de Prufle les difciplina de forte qu'ils pouvaient tirer fix coups par minute très-aifément. Trois rangs tirant à la fois, & avançant enfuite rapidement, décident aujourd'hui du fort des batailles. Les canons de campagne font un effet non moins redoutable. Les bataillons que ce feu ébranle n'attendent pas Pattaque des bayonnettes , & la cavalerie achève de les rompre. Ainfi la bayonnette enraie plus qu'elle ne tue , & l'épée eft devenue abfolument inutile à l'infanterie. La force" du corps , l'adrefTe , le courage d'un combattant ne lui fervent plus de rien. Les bataillons font devenus de grandes machines , dont la mieux montée dérange nécerTairement celle qui lui eft oppofée. C'eft précisément par cette raifon que le prince Eugène a gagné contre les Turcs les célèbres batailles de Témifvar & de Belgrade , où les Turcs auraient eu probablement l'avantage par leur nombre fupérieur , s'il y avait eu ce qu'on appelle une mêlée. Ainfi l'art de fe détruire eft non-feulement tout autre de ce qu'il était avant l'invention de la poudre , mais, de ce qu'il était il y a cent ans»
Cependant la fortune de !a France fe foutenant d'abord fi heureufement du côté de l'Allemagne , on préfumait que le maréchal de Villars la poufferait encor plus loin , avec cette impétuofité , qui déconcertait la lenteur Allemande. Mais ce même caractère , qui en faifait un chef redoutable , le rendait incompatible avec l'électeur de Bavière. Le roi voulait qu'un général ne fût fier qu'avec l'ennemi ; & l'électeur de Bavière fut affez malheureux , pour demander un autre maréchal de France»
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