‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 133 sur 189 · C H A P I T E XIX · texte numérisé non relu

C H A P I T E XIX

fecours de l'empereur , la maifon à' Autriche femblait perdue. L'éleâeur de Bavière était maître de Paifau. Trente mille Français , fous les ordres du ^maréchal de Marfin , qui avait- fuccédé à Villars , inondaient le pays au-delà du Danube. Des partis couraient dans l'Autriche. Vienne était menacée d'un côté par les Français & les Bavarois , de l'autre par le prince Ragotski , à la tête des Hongrois combattans pour leur liberté, & fecourus de l'argent de la France & de celui des Turcs. Alors le prince Eugène accourt d'Italie; il vient prendre le commandement des armées d'Allemagne : il voit à Heilbron le duc de Marlboroug. Ce général Anglais , que rien ne gênait dans fa conduite ; & que fa reine & les Hollandais biffaient maître de {es deffeins, marche au fecours du centre de l'Empire. Il prend d'abord avec lui dix mille Anglais d'infanterie & ving-trois efcadrons. Il hâte fa marche h il arrive vers le Danube auprès de Donavert , vis-à-vis les |f lignes de l'élecleur de Bavière , dans lefquelles environ huit mille Français & autant de Bavarois retranchés , gardaient les pays conquis par eux. Après deux heures de combat , Marlboroug perce à la tête de trois bataillons Anglais , renverfe les Bavarois , & les Français. On dit qu'il tua ûx mille hommes , & qu'il en perdit prefque autant. Peu importe à un général le nombre des morts , quand il vient à bout de fon entreprife. Il prend Donavert : il pafïe le Danube ; il met la Bavière à contribution,

Le maréchal de Vilhroï, qui l'avait voulu fuivre dans fes premières marches , l'avait tout d'un coup perdu de vue , & n'apprit où il était , qu'en apprenant cette victoire de Donavert,

Le maréchal de Tallard ', avec un corps d'environ trente mille hommes , vient pour s'oppofer à Marlbo^ roug par un autre chemin 2 & fe joint à l'électeur j '%n> nd4 J

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dans le même tems , le prince Eugène arrive , & fe joint à Marlboroug.

Enfin les deux armées fe rencontrent affez près de ce même Donavert , & dans les mêmes campagnes où le maréchal de Villars avait remporté une victoire un an auparavant. Il était alors dans lesCevennes. Je fais, qu'ayant reçu une lettre de l'armée de Tallard , écrite la veille de la bataille , par laquelle on lui mandait la difpofinon des deux armées , & la manière dont le maréchal de Tallard voulait combattre, il écrivit au préiident de Maifons fon beau-frère , que fi le maréchal de Tallard donnait bataille en gardant cette portion , il ferait infailliblement défait. On montra la lettre àr Louis XIV. elle a été publique.

L'armée de France , en comptant les Bavarois , était de quatre-vingt deux bataillons & de cent foixante ef- ^ cadrons ; ce qui faifait à-peu-près foixante mille combattans , parce que les corps n'étaient pas complets. Soixante-quatre bataillons & cent cinquante-deux efcadrons compofaient l'armée ennemie , qui n'était forte que d'environ cinquante-deux mille hommes; car on fait toujours les armées plus nombreufes qu'elles ne le font. Cette journée , fi fanglante & fi décifive , mérite une attention particulière. On a reproché bien des fautes aux généraux. Français ; la première était , de s'être mis dans la néceffité de recevoir la bataille , au lieu de biffer l'armée ennemie fe confumer faute de fourrages , & de donner au maréchal de Vilhroi le tems de tomber fur les Pays-Bas dégarnis , ou de s'avancer en Allemagne. Mais il faut confidérer , pour réponfe à ce reproche , que l'armée Françaife étant un peu plus forte que celle des. alliés, pouvait efpérer de la défaire, & que la victoire eût détrôné l'empereur. Le marquis de Peuquihcs. compte douze fautes capitales , que firent l'électeur , Marfin & Tallard. avant & après la bataille. Une des plus confidérables était % de n'avoir point

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