Chapitre XIX
*" ' r ".nr , ,. ■ .. . 1. 1 ... 1 1 , ninim.i .1 m, ■mi.iw WW
ment Autrichien irrité avait de rigueur , & ce que le foldat vainqueur a de rapacité & de barbarie. L'élecîeur , fe réfugiant à Bruxelles , rencontra fur le chemin fon frère l'électeur de Cologne , chafTé comme lui de fes états ; ils s'embrafsèrent en verfant des larmes. L'étonnement & la confternation faifirent la cour de Verfailles^ accoutumée à la profpérité. La nouvelle de la défaite vint au milieu des réjouiffances pour la naifTance d'un arrière-petit -fils de Louis XIV. Perfonne n'ofait apprendre au roi une vérité fi cruelle. Il fallut que madame de Maintenon fe chargeât de lui dire , qu'il n'était plus invincible.
On a dit , & on a écrit , & toutes les hiftoires ont répété , que l'empereur fit ériger dans les plaines de Blenheim un monument de cette défaite , avec une infcription flétrifïante (1) pour le roi de France : mais.ce monument n'exifh jamais. Il n'y a eu que l'Angleterre , qui en ait érigé un à la gloire du duc de Marlboroug. La ,^ reine & le parlement lui ont fait bâtir dans fa principale terre un palais immenfe qui porte le nom de Blenheim. Cette bataille y eft repréfentée dans les tableaux & fur les tapiiferies. Les remerciemens des chambre? du parlement , ceux des villes & des bourgades , les acclamations de l'Angleterre , furent le premier prix qu'il reçut de fa victoire. Le poème du célèbre Adifibn , monument plus durable que le palais de Blenheim , eft compté , par cette nation guerrière & favante , parmi les récompenfes les plus honorables du duc de Marlboroug. L'empereur
(i) Reboulet affure que l'empereur Léopold fit ériger cette pyramide : on le crut en effet en France ; le maréchal de VilLars en 1707 envoya cinquante maîtres pour la détruire; on ne trouva rien. Le continuateur de Thoiras , qui n'a écrit que d'après les journaux de la Haye fuppofe cette inicription , & propofe même de la changer en faveur des Anglais. Elle fut imaginée en effet par des Français réfugiés oififs. Il était très-commun alors, &. il l'eft encor aujourd'hui , de donner fes imaginations ou des contes populaires pour des vérités certaines. Autrefois les mémoires manquaient à l'hiftoire, aujourd'hui la multiplicité des mémoires lui nuit. Le vrai eft noyé dans un océan de brochures.
O 430 Siècle de Louis XIV.
le fit prince de l'Empire , en lui donnant la principauté de Mindelheim , qui fut depuis échangée contre une autre ; mais il n'a jamais été connu fous ce titre , le nom de Marlboroug étant devenu le plus beau qu'il pût porter.
L'armée de France difperfée laifle aux alliés une car-
rière ouverte du Danube au Rhin. Ils palîent le Rhin ; ils entrent en Alface. Le prince Louis de Bade , général célèbre pour les campemens & pour les marches , inveftit Landau. Le roi des Romains Jofeph , fils aine de l'empereur Léopold, vient à ce fiége. On prend Landau; on prend Trarbach.
Cent lieues de pays perdues n'empêchent pas que les frontières de la France ne fuffent encor reculées. Louis XIV. fourenait fon petit-fils en Efpagne , & était victorieux en Italie. Il fallait de grands efforts en Allemagne , pour réfifter à Marlboroug ; & on les fit. On S raffembla les débris de l'armée : on épuifa les garnifons :
on fit marcher des milices. Le miniftère emprunta de l'argent de tous côtés. Enfin on eut une armée ; & on rappella , du fonds des Cevennes , le maréchal de Villars pour la commander. Il vint , & fe trouva près de Trêves avec des forces inférieures , vis-à-vis le général Anglais. Tous deux voulaient donner une nouvelle bataille. Mais le prince de Bade n'étant pas venu afiez-tôt joindre fes troupes aux Anglais , Villars eut au moins l'honneur de £?ire décamper Marlboroug. C'était beaucoup alors. Le duc de Marlboroug , qui eftimait afiez le maréchal de Villars pour vouloir en être eftimé , lui écrivit en décampant : « Rendez-moi la juftice de croire, que ma » retraite eft la faute du prince de Bade ; & que je vous » eftime encor plus que je ne fuis fâché contre lui. »
Les Français avaient donc encor des barrières en Allemagne. La Flandre où commandait le maréchal de Villeroi délivré de fa prifon , n'était pas entamée. En Efpagne , le roi Philippe V. & l'archiduc Charles attendaient tous
fl£&
rcr
^jteuv.irïï " ' ' ' %r*îrft&