‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 14 sur 189 · Q JI · texte numérisé non relu

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l'aurore du bon goût & de l'établiiTement de l'académie françaife. Sa métamorphofe des yeux de ïhilis en afires, fut vantée comme un chef-d'auvre , & a ceiTékde le paraître dès que les bons auteurs font venus : mort en 1655.

La Chambre ( Marin Cureau de ) né au Mans en 1594. L'un des premiers académiciens, mort en 1669. Lui & fon fils ont eu de la réputation.

CHANTEE.EAU ( Louis le Fevre ) né en 1588. Trèsfavant homme, l'un des premiers qui ont débrouillé l'hiftoire de France; mais il a accrédité une grande erreur, c'eft que les nefs héréditaires n'ont commencé qu'après Hugues Capet. Quand il n'y aurait que l'exemple de la Normandie , donnée ou plutôt extorquée à titre de fief héréditaire en 91a, cela fuffirait pour détruire l'opinion de Chantereau , que pîufieurs hiitoriens ont adoptée. Il eft d'ailleurs certain que Charlemagnc jk inftitua en France des fiefs avec propriété, & que cette |g forme de gouvernement était connue avant lui dans la Lombardie & dans la Germanie : mort en 1658.

Ch A PL ain ( Jean ) né en 1^95. Sans la Fucelle, il aurait eu de la réputation parmi les gens de lettres. Ce mauvais poëme lui valut beaucoup plus que Vîliade à Homère. Chapelain fut pourtant utile par fa littérature. Ce fut lui qui corrigea les premiers vers de Racine. Il commença par être l'oracle des auteurs , & finit par en être l'opprobre , mort en 1674.

La Chapelle, receveur-général des finances, auteur de quelques tragédies qui eurent du fuccès en leur tems. Il était un de ceux qui tâchaient d'imiter Racine ; car Racine forma fans le vouloir une école comme les grands peintres. Ce fut un Raphaël qui ne fit point de Jules Romains : mais au moins fes premiers difciples écrivirent avec quelque pureté de langage ; & dans îa décadence qui a fuivi , on a vu de nos jours des tragéi dies entières, où il n'y a pas douze vers de fuite dans

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Iefquels il n'y ait des fautes grolfières. Voilà d'où l'on eft tombé , & à quels excès on eft parvenu , après avoir eu de fi grands modèles.

Chapelle ( Claude rHuillier)û\s naturel de VHu illier maître des comptes. Il n'eft pas vrai qu'il fut le premier qui fe fer vit des rimes redoublées ; d'Affouci s'en fervait avant lui , & même avec quelque fuccès.

Pourquoi donc , fexe au teint de rofe, Quand la charité vous impofe La loi d'aimer votre prochain , Pouvez-vous me haïr fans caufe Moi qui ne vois fis jamais rien ?

Eh ! pour mon honneur je vois bien Qu'il faut vous faire quelque chofe , &c

On rrouve beaucoup de rimes redoublées dans Voiture» Chapelle réuffit mieux que les autres dans ce genre qui a de l'harmonie & & de la grâce, mais dans lequel il a préféré quelquefois une abondance flérile de rimes à la penfée & au tour. Sa vie voluptueufe & fon peu de prétention contribuèrent encor à la célébrité de fes petits ouvrages. Ou fait qu'il y a dans fon voyage de Montpellier, beaucoup de traits de Bachaumont , fils du préfident le Coigneux, l'un des plus aimables hommes de fon tems. Chapelle était d'ailleurs un des meilleurs élèves de Gaffendi. Au refte il faut bien diftinguer les éloges que tant de gens de lettres ont donnés à Chapelle & à des efprits de cette trempe , d'avec les éloges dus aux grands maîtres. Le caraclère de Chapelle, de Bachaumont, âuBrouJJin & de toute cette fociété du Marais , était la facilité , la gaieté , la liberté. On peut juger de Chapelle par cet impromptu que je n'ai point vu encor imprimé. Il le fît a table après que Boileau eut recité une épigramme.

Qu'avec plaifîr de ton haut ftyle , Je te vois descendre au quatrain ,

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Et que je t'épargnai de bile Et d'injures au genre humain , Quand renverfant ta cruche à l'huile »

Je te mis le verre à la main.

mort en i686\

Charas , de Pacadémie des fciences , le premier qui ait bien écrit fur la pharmacie , tant il eit vrai que fous Louis XIV. tous les arts élargirent leur fphère. Ce pharmacien voyageant à Madrid fut mis dans les cachots de l'inquifition parce qu'il était calviniïte. Une prompte abjuration , & les follicitaticns de Vambaffadeur de France lui fauvèrent la vie & la liberté : mort en 1698.

Chardin {Jean) né à Paris en 1643. Nu' voyageur n'a laifTé des mémoires plus curieux : mort à Londres en 17 13.

Charleval {Jean Faucon de Ris) l'un de ceux M qui acquirent de la célébrité par la délicateffe de leur efprit, fans fe livrer trop au public. La fameufe cônverfation du maréchal d! 'Hocquincourt & du père Canaye, imprimée, dans les œuvres de S aint-Ev remont , eft de Charleval , jufqu'à la petite differtation fur le janfénifme & fur le molinifme que Saint-Evremonty a ajoutée. Le ftyle de cette fin eit très-différent de celui du commencement. Feu monfieur de Caumartin le confeiller d'état avait l'écrit de Charleval de la main de l'auteur. On trouve dans le Moreri , que le préfident de Ris , neveu de Charleval y ne voulut pas faire imprimer les ouvrages defon oncle , de peur que le nom d'auteur peut-être ne fût une tache dans fa famille. Il faut être d'un état & d'un efprit bien abjeét pour avancer une telle idée dans le fièete où nous fommes ; & c'eût été dans un homme de robe un orgueil digne des tems militaires & barbares , où l'on abandonnait l'étude purement à la robe , par mépris pour la robe & pour Férude.

Charpentier. {François) né à Paris en 1610. Académicien utile. On a de lui la traduction de la Cyro-

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pédie. Il foutint vivement l'opinion , que les infcriptions des monumens publics de France doivent être en français. £n effet c'eil dégrader une langue qu'on parle dans tente l'Europe , que de ne pas ofer s'en fervir ; c'efl aller contre ion but , que de parler à tout le public dans une langue que les trois quarts au moins de ce public n'entendent pas. Il y a une efpèce de barbarie à latinifer des noms français que la poftérité, méconnaîtrait. Et les noms de Rocroi & de Fontenoi font un plus grand effet que les noms de Rocrojium & de Fonte niacum : mort en 170a.

La Châtre ( Edme marquis de ) a laiffé des mémoires : mort en 1 64 5 .

Chaulieu ( Guillaume) né en Normandie en 1^39 , connu par fes poéfies négligées , & par les beautés hardies Se. voluptueufes qui s'y trouvent. La plupart refpi- ^ rent la liberté , le plaifir , & une philôfophie au - defîus |£ des préjugés; tel était fon caractère. Il vécut dans les délices, & mourut avec intrépidité : mort en 172.Q.

Les vers qu'on cite le plus de lui font la pièce intitulée la Goutte , qui commence ainfi :

Le deftru&eur impitoyable Des marbres & de l'airain :

mais fur-tout l'épître fur la mort au marquis de La F are.

Plus j'approche du terme & moins je le redoute ; Sur àes principes furs mon efprit affermi , Content, perfuadé , ne connaît plus le doute ; Des fuites de ma fin je n'ai jamais frémi. Exempt des préjugés j'affronte l'imporhire

Des vaines fuperftitions ; . Et me ris des préventions De ces faibles -efpriîs' dont la trifte cenfure

Fait un crime à la créature De l'ufage des biens que lui fit fon auteur.

Une autre épître au même fit encor plus de bruit ; elle commence ainii : If

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J'ai vu de près le Styx , j'ai vu les Euménides ; Déjà venaient frapper mes oreilles timides , Les affreux cris du chien de l'empire ces morts : Et les noires vapeurs , & les brûlans tranfports Allaient de ma raifon offufquer la lumière i Ceft lorfque j'ai fenti mon ame toute entière Se ramenant en foi faire un dernier effort Pour braver les horreurs que l'on joint à la mort. Ma raifon m'a montré , tant qu'elle a pu paraître, Que rien n'eft en effet de ce qui ne peut être ; Que ces fantômes vains font enfans de la peur Qu'une faible nourrice imprime en notre cceur , Lorfque de loups-garoux , qu'elle-même elle penfe , De démons & d'enfer elle endort notre enfance.

Ces pièces ne font pas châtiées , ce font des Hatues de Michel Ange ébauchées. Le ftoïcifme de ces fentimens ne lui attira point de perfécutions : car quoiqu'abbé il était ignoré des théologiens , & ne vivait qu'avec {es amis. Il n'aurait tenu qu'à lui de mettre la dernière main à fes ouvrages, mais il ne favait pas corriger. On a imprimé de lui trop de bagatelles infipides de fociété ; c'eft le mauvais goût & l'avarice des éditeurs qui en eil caufe. Les préfaces qui font à la tête du recueil, font de ces gens obscurs qui croient être de bonne compagnie en imprimant toutes les fadaifes d'un homme de bonne compagnie.

Cheminais, jéfuite. On'l'appellait le Racine des prédicateurs, & Eourdaloue le Corneille.

Cheron ( Eli{abeth ) née à Paris en 1648 , célèbre par la mufique , la peinture & les vers , & plus connue fous fon nom que fous celui de fon mari le Sr. le Hay : morte en 171 1.

Chevreau ( Urbain ) né à Loudun en 1613 , favant & bel efprit qui eut beaucoup de réputation : mort en 1701.

Chifflet {Jean- Jacques) né à Befançon en 1588. On a de lui pîufieurs recherches ; mort en 1660. Il y a eu fept écrivains de ce nom.

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Choisi (François de) né à Rouen en 1644. Envoyé à Siam. On a fa relation. Il a compcfé pîufieurs hiftoires, une traduction de V imitation de, Jejus-Chrift , dédiée à madame de Maintenon avec cette épigraphe : Concupifcet rex decorem tuum ; & des mémoires de la comtejje des Barres. Cette comteiTe des Barres , c'étoit lui-même. Il s'habilla & vécut en femme plufieurs années. Il acheta fous le nom de la comtefîe des Barres une terre auprès de Tours. Ces mémoires racontent avec naïveté comment il eut impunément des maître/Tes fous ce déguifement. Pendant qu'il menait cette vie , il écrivait l'hiïtoire de l'églife. Dans fes mémoires fur la cour on trouve des chofes vraies , quelques-unes de fâufTes , & beaucoup de hafardées ; ils font écrits dans un ftyie trop familier.

Claude (Jean) né en Agenois en 1619, miniitre de Charentcn , & l'oracle de fon parti , émule digne des ^[ Bojfuet y des Arnauds , & des Nicole. Il a compofé ^ quinze ouvrages, qu'on lut avec avidité dans le tems des difputes. Prefque tous les livres polémiques n'ont qu'un tems : les fables de la Fontaine , YArioJïe parferont à la dernière poflérité. Cinq ou fix mille volumes de controverfe font déjà oubliés ; mort à la Haye en 1687. Le Cointe ( Charles) né àTroyes en 1611 , de l'oratoire. Ses annales eccléfiajliques imprimées au Louvre par ordre du roi, font un Monument utile: mort en 1681. Collet ( Philibert') né à Dombes en 1643. Jurifconfulte & homme libre. Excommunié par l'archevêque de Lyon pour une querelle de paroifle , il écrivit contre l'excommunication; il combattit la clôture des religieufes , & dans fon traité de Vufure il foutint vivement l'ufage autorifé en BrefTe de ïtipuler les intérêts avec le capital, ufage approuvé dans plus de ia moitié de l'Europe, & reçu dans l'autre par tous les négocians, malgré les lcix qu'on élude. Il afTura aufll que les dixmes , qu'on paie aux eccléfultiques , ne font pas de droit divin : mort en 171 8.

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Colomiez {Paul), Le tems de fa rtaiffance eft inconnu ; la plupart de fes ouvrages commencent à l'être ; mais ils font utiles à ceux qui aiment les recherches littéraires : mort à Londres en 169a..

Commire, jéfuite. Il réuïlit parmi ceux qui croient qu'on peut faire de bons vers latins, &• qui penfent que des étrangers peuvent refîufciter le fiècle à'Augufte dans une langue qu'ils ne peuvent pas même prononcer.

Infilvam ne ligna feras,

Conti {Armand prince de) frère du grand Condè, deitiné d'abord pour l'état eccléiiaflique, dans un tems où le préjugé rendait encor la dignité de cardinal fupérieure à celle d'un prince du fang de France. Ce fut lui qui eut le malheur d'être généraliffime de la fronde contre la cour , & même contre fon frère. Il fut depuis dévot & janféniite. Nous avons de lui , le devoir des grands. Il écrivit fur la grâce contre le jéfuite Des- W> Champs fon ancien préfet. Il écrivit aufîi contre la comédie ; il eut peut-être mieux fait d'écrire contre la guerre civile. Cinna & Polyeucle étaient auilî utiles & aufîî refpeclables , que la guerre des portes cochères était injufte & ridicule.

Cordemoi {Gèraud) né à Paris. On lui doit le débrouillement du chaos des deux premières races des rois de France ; & on doit cette utile entreprife au duc de Montait fier , qui chargea Cordemoi de faire rhiltoire de Charlemagne , pour l'éducation de Monfeigneur. Il ne trouva guère dans les anciens auteurs que des abfurdités & des contradictions. La difficulté l'encouragea , & il débrouilla les deux premières races : mort en 1684.

Corneille {Pierre) né à Rouen en 1606'. Quoiqu'on ne repréfente plus que fix ou fept pièces de trentetrois qu'il a compofées , il fera toujours le père du théâtre. Il eft le premier qui ait élevé le génie de la nation ,

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& cela demande grâce pour environ vingt de fes pièces qui font , à quelques endroits près , ce que nous avons de plus mauvais par le ftyle , par la froideur de l'intrigue , par les amours déplacés & infipides, & par un entaffement de raifonnemens alambiqués , qui font l'oppofé du tragique. Mais on ne juge d'un grand homme que par fes chefs-d'œuvres , & non par fes fautes. On dit que fa traduction de Y Imitation de Jefus- Chriji a été imprimée trente-deux fois : il eft auffi difficile de le croire , que de la lire une feule. Il reçut une gratification du roi dans fa dernière maladie: mort en 1684.

On a imprimé dans pîufîeurs recueils d'anecdotes, qu'il avait fa place marquée toutes les fois qu'il allait au fpeclacle , qu'on fe levait pour lui , qu'on bartait des mains. Malheureufement les hommes ne rendent pas tant de juftice. Le fait eft que les comédiens du roi M refusèrent de jouer fes dernières pièces , & qu'il fut obligé ^T de les donner à une autre troupe.

Corneille {Thomas) né à Rouen en i6z$ ; homme qui aurait eu une grande réputation, s'il n'avait point eu de frère. On a de lui trente-quatre pièces de théâtre : mort pauvre en 1709.

Cousin {Louis) né à Paris en \6ij. Préfident à la cour des monnoies. Perfonne n'a plus ouvert que lui les fources de l'hiftoire. Ses traductions de la collection bizantine & d'Eusèbe de Céfarée , ont mis tout le monde en état de juger du vrai & du faux , & de connaître avec quels préjugés & quel efprit de parti l'hiftoire a été prefque toujours écrite. On lui doit beaucoup de traductions d'hiftoriens Grecs , que lui feul a fait connaître : mort en 1707.

Le baron des Coutures traduifit en profe & commenta Lucrèce vers le milieu du règne de Louis XIV. Il penfait comme ce philofophe fur la plupart des premiers principes des chofes. Il croyait la matière éternelle , à

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l'exemple de tous les anciens. La religion chrétienne a feule combattu cette opinion.

Crebillon (Jolliot) né à Dijon en 167a. Nous ignorons fi un procureur nommé Prieur le fit poè'te comme il eft dit dans le dictionnaire hiflorique portatif en quatre volumes. Nous croyons que le génie y eut plus de part que le procureur. Nous ne croyons pas que l'anecdote rapportée dans le même ouvrage contre fon fils foit vraie. On ne peut trop fe défier de tous ces petits contes. Il faut ranger Crebillon parmi les génies qui illuftrèrent le fiècle xle Louis XIV. puifque fa tragédie de Rhadatnifle , la meilleure de fes pièces fut jouée en 1710. Si Defpréaux qui fe mourait alors trouva cette tragédie plus mauvaife que celles de Pradon , c'eft qu'il était dans un âge & dans un état où l'on n'eft fenfible qu'aux défauts & infenfible aux beautés : mort à quatrevingt-huit ans , en 1761.

Dacier {André) né à Caftres en 1651. Calvinifte comme fa femme , & devenu catholique comme elle. Garde des livres du cabinet du roi à Paris , charge qui ne fubfifte plus. Homme plusfavant qu'écrivain élégant, nids à jamais utile par fes traductions & par quelquesunes de fes notes : mort au Louvre en 172a. Nous devons à midama Dacier la traduction d'Homère, la plus fidèle par le fryle , quoiqu'elle manque de force , & la plus instructive par les notes quoiqu'on y defire la fine/Te du goût. On remarque fur-tout qu'elle n'a jamais lenti que ce qui devait pi lire aux Grecs dans des tems greffiers, & ce qu'on refpechit déjà comme ancien dans des tems poftérieurs plus éclairés , aurait pu déplaire s'il avait été écrit du rems de Platon & de Démofthène. Mais enfin , nulle femme n'a jamais rendu plus de fervices aux lettres. Madame Dacier eu un des prodiges du fiècle de Louis XIV.

D'Aguesseau {Henri-François) chancelier, le plus favant magiftrat que jamais la France ait eu ; poflédant la moitié des langues modernes de l'Europe , outre le latin , 2 E a

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le grec & un peu d'hébreu ; très-inftruit dans l'hiftoire , profond dans la jurifprudence , & ce qui efl plus rare , éloquent. Il fut le premier au barreau qui parla avec force & pureté à la fois ; avant lui on faifait des phrafes. Il conçut le projet de réformer les loix , mais il ne put faire que quatre ou cinq ordonnances utiles. Un feu! homme ne peut fuffire à ce travail immenfe que Louis XIV. avait entrepris avec le fecours d'un grand nombre de magiltrats : mort en 17 51.

Dan c H et {Antoine') a réuffi à l'aide du muficien dans quelques opéras , qui font moins mauvais que fes tragédies. Son prologue des jeux féculaires au-devant d'Héfione palTe même pour un très-bon ouvrage , & peut être comparé à celui d'Afàadis : on a retenu ces beaux vers imités d'Horace.

Père des faifons & des jours , Fais naître en ces climats un fiècle mémorable, Puiffe à fes ennemis ce peuple redoutable Etre à jamais heureux, & triompher toujours l Nous avons à nos loix afTervi la vi&oire , Aufiî loin que tes feux nous portons notre gloire. Fais dans tout l'univers craindre notre pouvoir,

Toi qui vois tout ce qui refpire ,

Soleil , puiffes-tu ne rien voir

De fi puiffant que cet empire l

Ceû dans ce prologue qu'on trouve les ariettes qui fervirent depuis de canevas au poète Roujjeau pour compofer les couplets efrréaés qui causèrent fadiigrace. Les couplets originaux de Danchet valent peut-être mieux que les parodies de Roujfeau. Voici fur-tout celui de Danchet qu'on a le plus tetenu.

Que l'amant qui devient heureux En devienne encor plus fidèle !

Que toujours dans les mêmes noeuds Ii trouve une douceur nouvelle !

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Que les foupirs & les Iangueu Puiffent feuls fléchir les rigueurs

De la beauté la plus fév ère !

Que l'amant comblé de faveurs Sache les goûter & les taire !

Dancouîlt ( Florent- Carton) avocat , né en 1661, airfla mieux fe livrer au théâtre qu'au barreau. Ce que Régnard était à l'égard de Molière dans la haute comédie , le comédien Dancourt l'était dans la farce. Beaucoup de fes pièces attirent encor un aiTez grand concours ; elles font gaies : le dialogue en eft naïf. La quantité de pièces qu'on a faites dans ce genre facile, eft immenfe ; elles font plus du goût du peuple que des efprits délicats : mais l'amufement eft un des befoins de l'homme , & cette efpèce de comédie aifée à repréfenter , plaît, dans Paris & dans les provinces , au grand nombre qui n'eu pas fufceptible de plaifirs plus relevés : mort en 1726.

Danet ( Pierre) l'un de ces hommes qui ont été plus utiles qu'ils n'ont eu de réputation. Ses diâionnaires de la langue latine & des antiquités furent au nombre de ces livres mémorables faits pour i'éducation du dauphin Monfeïgncur , & qui , s'ils ne firent pas de ce prince un fa va nt homme, contribuèrent beaucoup à éclairer la France : mort en 1709.

Dangeau ( Louis abbé de ) né en 1643 > excellent académicien : mort en 1723.

Daniel ( Gabriel) jéfuite. Hiftoriographe de France, a rreclifié les fautes de Mêlerai fur la première & la féconde race» On iui a reproché , que fa diclion n'eft pas toujours afTez pure , que fon ftyle eft trop faible , qu'il n'intérefte pas , qu'il n'eft pas peintre , qu'il n'a pas allez fait connaître les ufages , les mœurs , les loix ; que fon biftoirç eft un long détail d'opérations de guerre dans leiquelîes un hiftorien de fon état fe trompe prefque toujours.

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