‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 15 sur 189 · S LE C L E · texte numérisé non relu

S LE C L E

&zmi

Le corme de Boiuainvïlliers dit dans fes mémoires fur le g ;uvernement de France , qu'on peut reprocher à Danie, dix mille erreurs : c'eft beaucoup ; mais heureufement la plupart de ces erreurs font auflî indifférentes que les vérités qu'il aurait mifes à la place ; car qu'importe que ce foit l'aile gauche ou l'aile droite qui ait piié a la bataille de Montlhéri ? Qu'importe p:r quel endroit Louis le Gros entra dans les mazures du Puifet ? Un citoyen veut favoir par. quel degrés le gouvernement a changé de forme, quels ont été les droits & les ufurpations des ditférens corps , ce qu'ont &it les états- généraux, quel a é>é l'efprit de la nation, Le gr»nd defiut de Daniel eu de n'avoir pas été inftruit des droits de la nation , ou de les avoir dillîmulés. Il a omis entièrement les célèbres ét3ts de 1355. Il n'a parlé des papes, & fur-tout du grand & ^l bon roi Henri IV. qu'en jéfuite ; nulle connailïance des SE finances , nulle de l'intérieur du royaume ni de mœurs. £ Il prétend dans fa préface , & on a dit après lui ,

que les premiers tems de Phiftoire de France font plus intérelTans que ceux de Rome , parce que Clovis & Dagobcrt avaient plus de terrain que Romulus & Tarquin. Il ne s'efl pas apperçu, que les faibles commencemens de tout ce qui eft grand intérelTent toujours les hommes ; on aime à voir la petite origine d'un peuple dont la France n'eïî qu'une province , & qui étendit fou empire jufqu'à l'Elbe , l'Euphrate & le Niger. Il faut avouer, que notre hiftoire & celle des autres peuples , depuis le cinquième fiècle de l'ère vulgaire jufqu'au quinzième , n'eït qu'un chaos d'aventures barbares , fous des noms barbares.

Dargonne (Noël) né à Paris en 1634, chartreux à Gaillon. C'eft le feul chartreux qui ait cultivé la littérature. Ses mélanges , fous le nom de Vigneul de Marville , font remplis d'anecdotes curieufes & hafardées : mort en 1704.

ta

tf* de Louis XIV. 7I *1

Descartes (Hc/ze) né en Touraine en 1596 > fils d'un confeiller au parlement de Bretagne. Le plus grand mathématicien de fon tems , mais le philofophe qui connut le moins la nature, fi on le compare à ceux qui l'ont fuivi. Il parla prefque toute fa vie hors de France, pour philofopher en liberté, à l'exemple de Saumaife , qui avait pris ce parti. On a remarqué qu'il avait un frère aine confeiller au parlement de Bretagne , qui le méprifait beaucoup , & qui difait qu'il était indigne du frère d'un confeiller de s'abaifTer à être mathématicien. Ayant cherché le repos dans des folitudes en Hollande , il ne l'y trouva pas. Un nommé Voët , & un nommé Shockius , deux profeffeurs du galimatias fcholaftique qu'on enfeignait encor, intentèrent contre lui cette ridicule accufation d'athéifme dent les écrivains méprifés ont toujours chargé les philofophes. En vain De/cartes avait épuifé fon génie à ralfembler les preuves "de la divinité , & à en ï^ chercher de nouvelles. Ses ennemis le comparèrent à Vanini dans un écrit public : ce n'elt pas que Vanini eût été athée , le contraire eft démontré ; mais il avait été brûlé comme tel , & on ne pouvait faire une comparaifon plus odieufe. Defcartes eut beaucoup de peine à obtenir une très-légère fatisfaclion par fentence de l'académie de Groningue. Ses méditations , fon difeours fur la méthode. , font encor eftimés ; toute fa phyfique eft tombée , parce qu'elle n'elt fondée ni fur la géométrie , ni fur l'expérience. Il a eu longtems une fi prodigieufe réputation , que la fontaine , ignorant à la vérité, mais écho de la voix publique, a dit de lui ,

Defcartes ce mortel dont on eût fait un dieu f

Dans les fiècles paffés , & qui tient le milieu

Entre l'homme &l'efprit , comme entre l'huitre & l'homme ,

Le tient tel de nos gens franche bête de fomme.

L'abbé Genêt dans le fiècle préfent s'eft donné la

|Q 72, Siècle *j3

malheureufe peine de mettre en vers français la phyfique de Defcartes.

Ce n'eft guère que depuis l'année 1730 qu'on a commencé à revenir en France de toutes les erreurs de cette philofophie chimérique, quand la géométrie & la phyiique expérimentale ont été plus cultivées. Le fort de Defcartes en phyfîque a été celui de Ronfard en poéfie: mort à Stockholm en 1650.

DesmaretS de Saint-Sorlin ( Jean ) né à Paris en 1585. Il travail^ beaucoup à la tragédie de Mirame du cardinal de Richelieu. Sa comédie des Vifionnaires pafTa pour un chef-d'œuvre , mais c'eft que Molière n'avait pas encor paru. Il fut contrôleur-général de l'extraordinaire des guerres & fecretaire de la marine du Levant. Sur la fin de fa vie il fut plus connu par fon fanatifme que par fes ouvrages : mort en 1676. ?

$ Destouches ( Néàcaut) après avoir fait plufieurs j£

|2 comédies, il fut chargé long-tems des affaires de '*$ France en Angleterre ; & ayant rempli ce minmère avec fuccès , il fe remit à faire des comédies. On ne trouve pas dans fes . pièces la force & la gaieté de' Règnard , encor moins ces peintures du cœur humain, ce naturel , cette vraie pîaifanterie , cet excellent comique , qui fait le mérite de l'inimitable Molière ; mais il n'a pas laifTé de fe faire de la réputation après eux. On a de lui quelques pièces qui ont eu du fuccès , quoique le comique en foit un peu forcé. Il a du moins évité le genre de la comédie qui n'elt que langoureufe, de cette efpèce de tragédie bourgeoife , qui n'eft ni tragique, ni comique, monftre né de l'impuiffance des auteurs & de la fatiété du public après les beaux jours du fiècle de Louis XIV. Sa comédie du Glorieux eft fon meilleur ouvrage , & probablement réitéra au théâtre , quoique le perfonnage du Glorieux foit , dit-on , manqué; mais les autres caractères paraifTent traités fupérieurement.

Domat , célèbre jurifconfulte. Son livre des loix civiles a eu beaucoup d'approbation,

DoUJAT ( Jean) né à Touîoufe en 1639 , jurifconîiiîte & homme de lettres. Il faifait tous les ans un enfant à fa femme & un livre. On en dit autant de Tiraqueau. Le journal des favans l'appelle grand homme : il ne faut pas prodiguer ce titre : mort en

Dubois (Gérard) né à Orléans en ïéao, de l'oratoire. Il a fût' Vhiftoire de Végïife de Paris : mort en 1696.

Duché, valet de chambre de Louis XIV. fit pour la cour quelques tragédies tirées de l'écriture, à l'exemple de Racine , non avec le même {\icch. L'opéra tilphigenie en Tauride eu fon meilleur ouvrage. Il eft dans le grand goût , & quoique ce ne foit qu'un opéra , il retrace une grande idée de ce que les tragédies Grec- ^ S ques avaient de meilleur. €e goût n'a pas fubfifté longtems , & même bien-tôt après on s'eft réduit aux fimples ballets compofés d'a&es détachés faits uniquement pour amener des danfes ; ainfi l'opéra même a dégénéré dans le tems que prefque tout le relie tombait dans la décadence.

Madame de Maintenon fit la fortune de cet auteur : elle le recommanda fi fortement à monfieur de Ponchartrain fecretaire d'état , que ce miniitre prenant Duché pour un homme confidérable , alla lui rendre vifite. Duché , homme alors très-obfcur , voyant entrer chez lui un fecretaire d'état , crut qu'on allait le conduire à la bafriîie.

Duchesne (André) né en Touraine en 1584. Hiltoriographe du roi , auteur de beaucoup d'hiftoires & de recherches généalogiques. On Pappeilait le père de l'hiftoire de France: mort en 1640.

DufrÉnoi (Charles) né à Paris en 1 611. Peintre & poëte. Son pcë'me de la peinture a réufli auprès de ^ç

74 Siècle

ceux qui peuvent lire d'autres vers latins que ceux du fiècle d'Augufle : mort en 1665.

Dufreny {Charles) né à Paris en 1648. Il parlait pour petit-fils de Henri IV. & lui refTemblait. Son père avait été valet de garde-robe de Louis XIII. & le fils l'était de Louis XI V. qui lui fit toujours du bien malgré fon dérangement , mais qui ne put l'empêcher de mourir pauvre. Avec beaucoup d'efprit & plus d'un talent, il ne put jamais rien faire de régulier. On a de lui beaucoup de comédies , ' & il n'y en a guère où l'on ne trouve des fcènes jolies & Singulières : mort en 1724.

Dupleix ( Scipion ) de Condom, quoique né en IÎ59> Peut être compté dans le fiècle de Louis XIV. ayant encor vécu fous fon règne. Il efr le premier hiltorien qui ait cité en marge fes autorités, précaution abfolument néceffaire quand on n'écrit pas l'hifroire de fon tems , à moins qu'on ne s'en tienne aux faits connus. On ne lit plus fon hiftoire de France, parce que depuis lui on a mieux fait & mieux écrit : mort en 1661

Esprit {Jacques) né à Beziers en 1611, auteur du livre de lafaujfeté des vertus humaines, qui n'eft qu'un commentaire du duc de la Rochefoucault. Le chancelier Séguier, qui goûta fa littérature, lui fit avoir un brevet de confeiîler d'état : mort en 1678.

Estrade ( maréchal d' ). Ses lettres font aufli eftimées que celles du cardinal d' Ojjat , & c'eit une chofe particulière aux Français, que de fimples dépêches aient été fouvent d'excellens ouvrages: mort en 1686.

Le marquis de LA Fare, connu par fes mémoires & par quelques vers agréables. Son talent pour la poélie, ne fe développa qu'à l'âge de près de foixante ans. Ce fut madame de Cailus , l'une des plus aimables perfonnes de fon fiècle, par fa beauté & par fon efprit , pour laquelle ii fit fes premiers vers, & peut-être les plus déiicats qu'on ait de lui.

HM " ■"" ' .'Vr^tSyrer"4'

P^ de Louis XIV. 75

M'abandonnant un jour à la trifteffe , Sans efpérance , & même fans defirs , Je regrettais les fenfibles plaifirs Dont la douceur enchanta ma jeuneffe.

Sont-ils perdus , difais-je , fans retour >

Et n'es-tu pas cruel , amour!

Toi que j'ai fait dès mon enfance ,

Le maître de mes plus beaux jours ,

D'en laiffer terminer le cours

A l'ennuyeufe indifférence ?

Alors j'apperçus dans les airs

L'enfant maître de l'univers ,

Qui plein d'une joie inhumaine , Me dit enfouriant , Tircis , ne te plains plus ,

Je vais mettre fin à ta peine , Je te promets un regard de Cailus.

mort en 1713.

La Fayette ( Marie - Magdeleine de la Vergue comtefle de ). Sa Princejje de Cleves & fa laide furent les premiers romans où l'on vit les mœurs des honnêtes gens, & des aventures naturelles, décrites avec grâce. Avant elle on écrivait d'un ftyle empoulé des chofes peu vraifemblables : mort en 1693.

Felibien ( André ) né à Chartres en i6iy. Il eft le premier qui dans les infcriptions de l'hôtel-de-ville ait donné à Louis XIV. le nom de Grand. Ses Entretiens fur la vie des peintres , font l'ouvrage qui lui a fait le plus d'honneur. Il eft élégant, profond, & il refpire le goût : mais il dit trop peu de chofes, en trop de paroles, & efl abfolument fans méthode : mort en 1695.

Fenelon ( François de Salignac ) archevêque de Cambrai, né en Périgord en 1 6 5 1 . On a de lui cinquantecinq ouvrages différens. Tous partent d'un cœur plein de vertu , mais fon Telémaque l'infpire. Il a été vainement blâmé par Gueudeville & par l'abbé Faïdit : mort à Cambrai en 171 5.

Après la mort de Fénélon, Louis XIV. brûla hii-

ffgjEntr *■ ^g^T' - m^fQFh

même tous !es manufcrîts qu: îe duc de Bourgogne avait confervés de fon précepteur. Ramfai élève de ce célèbre archevêque , m'a écrit ces mets : S'il était né ' en Angleterre , il aurait développé fon génie , & donné Veffor fans crainte à fes principes que perfonne n'a connus. m

Ferrand, confeiilèr de la cour des aides. On a de lui de très-jolis vers. 11 ajoutait avec Roujfeau dans l'épigramme & le madrigal. Voici dans quel goût Ferrand écrivait.

D'amour & de mélancolie Celemnus ei^n confumé , En fontaine f.u frans formé ; Et qui boit de fes eaux , oublie Jufqu'au nom de l'objet aimé.

Pour mieux oublier Egérie , J'y courus hier vainement; jtT A force de changer d'amant ,

L'infidelle l'avait tarie.

On voit que Ferrand mettait plus de naturel , de gr::ce & de délicaterTe dans fes fujetsgalans, & Roujfeau plus de force & de recherche dans des fujets de débauche: mort en 1720.

FEUQUIERES DE PAS ( le marquis de ) né àVParis. en 1648. Officier confommé dans l'art da la guerre , & excellent guide s'il eit critique trop févère : mort en 1711.

Le FÈVRE ( Tannegui) né à Caen en 161 5. Caîvinifte, profeffeur à Saumur, méprifant ceux de fa (eàe, & demeurant parmi eux, plus philofophe qu'huguenot, écrivant aufiï bien en latin qu'on puifïe écrire dans une langue morte, faifant des vers grecs, qui doivent avoir eu peu de lecteurs. La plus grande obligation que lui aient les lettres , eft d'avoir produit madame Dacier : mort en 1678.

Le Fèvre ( Anne ) madame Dacier. Née calvi-

deLouisXIV. 77

nifte à Saumur en 1 6 5 1 , illuftre par fa fcience. Le duc de Montaufier la fit travailler à l'un de ces livres qu'on nomme Dauphins, pour l'éducation de Monfeigneur. Le Florus avec des notes latines eft d'elle. Ses traductions de Térence & d'Homère lui font un honneur immortel. On ne pouvait lui reprocher que trop d'admiration pour tout ce qu'elle avait traduit. La Motte ne l'attaqua qu'avec de l'efprit , & elle ne combattit qu'avec de l'érudition : morte en 1720 au Louvre.

Flechier ( Efprit) du comtat d'Avignon, né en 1632. Evêque de Lavaur & puis de Nîmes. Poëte français & latin, hiflorien , prédicateur, mais connu fur-tout par fes belles oraifons funèbres. Son hifioire de Théodofe a été faite pour l'éducation de Monfeigneur. Le duc de Montaufier avait engagé les meilleurs efprits de France , à travailler par de bons ouvrages à cette éducation : mort en 17 10.

Fleury ( Claude) né en 1640, fous -précepteur du duc de Bourgogne , & confefteur de Louis XF.fonnîs, vécut à la cour dans la folitude & dans le travail. Son hifioire de Véglife eft la meilleure qu'on ait jamais faite, & les difcours préliminaires fort au deffus de l'hiftoire. Ils. font prefque d'un philofophe, mais l'hiftoire n'en eft pas : mort en 1723.

La Fontaine ( Jean ) né à Château - Thierri en 1 621. Le plus fimple des hommes , mais admirable dans fon genre, quoique négligé & inégal. Il fut le feul des grands hommes de fon tems qui n'eût point de part aux bienfaits de Louis XIV. Il y avait droit par fon mérite & par fa pauvreté. Dans la plupart de fes fables il eft infiniment au deifus de tous ceux qui ont écrit avant & après lui en quelque langue que ce puiiTe être. Dans^ les contes , qu'il a imité de V Ariofte , il n'a pas fon élégance & fa pureté ; il n'eft pas à beaucoup près fi grand peintre , & c'eft ce que Boileau n'a pas apperçu dans fa diifertation fur Joconde , parce que DeJ préaux

\ji+,

SIECLE

ne favait prefque pas d'italien. Mais dans les contes puifés chez Bocace , la Fontaine lui eft bien fupérieur , parce qu'il a beaucoup plus d'efprit, de grâces, de finette. Bocace n'a d'autre mérite que la naïveté, la clarté, & l'exa&itude ddns le langage. Il a fixé fa langue , & la Fontaine a fouvent corrompu la Tienne : mort en 1695.

Il faut que les jeunes gens , & fur-tout ceux qui dirigent leurs leclures , prennent bien garde à ne pas confondre avec fon beau naturel, le familier, le bas, le négligé, le trivial; défaut dans lequel il tombe trop fouvent. Il commence par dire au dauphin , dans fon prologue.

Et fi de t'agréer je n'emporte le prix ,

J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris.

On fent afTez qu'il n'y aurait nul honneur à ne pas emporter le prix d'agréer. La penfée eft au(fi faufTe que l'expreffion eft mauvaife.

Vous chantiez , j'en fuis bien aife , Eh bien danfez maintenant.

Comment une fourmi peut-elle dire ce proverbe du peuple à une cigale ?

Si j'apprenais l'hébreu , les fciences , l'hiftoire , Tout cela c'eft la mer à boire.

Il faut avouer que Phèdre écrit avec une pureté qui n'a rien de cette baiTeffe.

Le gibier du lion ce ne font point moineaux ,

Mais beaux & bons fangliers , daims & cerfs bons & beaux.

Un jour fur fes hauts pieds allait je ne iais où

Le héron au lon^j b.^c emmanché d'unlong cou j

Et le renard qui a cent tours dans for. ùc ,

Et le chat qui n'en a qu'un dans fon biiiac.

Diflingons bien ces négligences, ces puérilités qui font

tt^L3 :

2§ de Louis XIV. 7? Çl

en trop grand nombre, des traits admirables de ce charmant auteur , qui font en plus grand nombre encor.

Quel eft donc le pouvoir naturel des vers naturels, puifque par ce feul charme la Fontaine avec de grandes négligences a une réputation fi univerfelle & fi méritée , fans avoir jamais rien inventé ! mais auffi quel mérite dans les anciens afiatiques, inventeurs de ces fables connues dans toute la terre habitable !

Fouteneixe ( Bernard Bouvier de ) né à Rouen en 1658. On peut le regarder comme l'efprit le plus uriiverfel que le fiècle de Louis XIV. ait produit. Il a refTembîé à ces terres heureufement fituées qui portent Toutes les efpeces de fruits. Il n'avait pas vingt ans lorfqu'il fit une grande partie de la tragédie-opéra de Bellérophon , & depuis il donna l'opéra de Thétis & Fêlée , dans lequel il imita beaucoup Qiiinaultj & qui eut un grand fuccès. Celui d'Enée & Lavinie en eut moins. Il eiTaya fes forces au théâtre tragique; il aida msdemoifeîle Bernard dans quelques pièces. Il en compofa deux , dont une fut jouée en 1680, & jamais imprimée. Elle lui attira trop long-tems de très-injuftes reproches : car il avait eu le mérite de reconnaître, que bien que fon efprit s'étendît à tout, il n'avait pas le talent de Fierre Corneille fon oncle, pour la tragédie.

En 1686, il fit l'allégorie de Méro & tfEnegu , c'eû Rome & Genève. Cette plaifanterie fi connue jointe à VHiJloire des Oracles excita depuis contre lui une perfécution. Il en efîuya une moins dangereufe, & qui n'était que littéraire , pour avoir foutenu qu'à plufieurs égards , les modernes valaient bien les anciens. B.acine & Boileau qui avaient pourtant intérêt que Fontenelle eût raifon , affectèrent de le méprifer , & lui fermèrent long-tems les portes de l'académie. Ils firent contre lui des épigrammes; il en fit contr'eux , & ils furent toujours fes ennemis. Il fit beaucoup d'ouvrages légers,

15 So Siècle

t - i — — i -ii m>

dans lefquels on remarquait déjà cette fineffe & cette profondeur qui décèlent un homme fupérieur à fes ouvrages même. On remarqua dans fes vers & dans fes dialogues des morts, l'efprit de Voiture , mais plus étendu & plus philofophique. Sa pluralité des mondes , fut un ouvrage unique en fon genre. Il fut faire des foracles de. Vandale un livre agréable. Les matières délicates auxquelles on touche dans ce livre, lui attirèrent des ennemis violens auxquels il eut le bonheur «d'échapper, il vit combien il eft dangereux d'avoir raifon dans des chofes où des hommes accrédités ont tort. Il fe tourna vers la géométrie & vers la phyfiqueavec autant de facilité qu'il avait cultivé les arts d'agrément. Nommé fecretaire perpétuel de l'académie des feiences , il exerça cet emploi pendant plus de quarante ans avec un applaudiiTement univerfel. Son hifioire de V académie jette très-fouvent une- clarté lumineufe fur les mémoires les plus obfcurs. Il fut le premier qui porta cette élégance dans les feiences. Si quelquefois il y répandit trop d'ornement, c'était de ces moiffons abondantes dans lefqueiles les fleurs croiffent naturellement avec les épis.

Cette hifioire de V académie des feiences ferait aufiï utile qu'elle eft bien faite, s'il avait eu à rendre compte de ventés découvertes , mais il fallait qu'il expliquât des opinions combattues les unes par les autres, & dont la plupart font détruites.

Les éloges qu'il prononça des académiciens morts , ont le fingulier mérite de rendre les feiences refpeelables, & ont rendu tel leur auteur. En vain l'abbé des Fontaines & d'autres gens de cette efpèce ont voulu obscurcir fa réputation , c'eft le propre des grands hommes d'avoir de méprifables ennemis. S'il fit imprimer depuis des comédies froides, peu théâtrales, 6c une apologie des tourbillons de Def cartes , on a pardonné ces comédies en faveur de fa vieilleffe, & fon cartéfianifme en |~? faveur

O de Louis XIV» 8i

faveur des anciennes opinions qui dans fa jeuneffe avaient été celles de l'Europe.

Enfin on l'a regardé comme le premier des hommes dans Part nouveau de répandre de la lumière & des grâces fur les fciences abftraites , & il a eu du mérite dans tous les autres genres qu'il a traités. Tant de talens ont été foutenus par la connaiiïance des langues & de l'hiitoire, & il a été fans contredit au deffus de tous les favans qui n'ont pas eu le don de l'invention.

Son hifloire des oracles , qui n'eït qu'un abrégé trèsfage & très-modéré de la grande hifrcire de Vandale x lui attira des ennemis plus violens que Racine & Bot-* leau. Quelques jéfuites compilateurs de la vie des Saints, qui avaient précifément l'efprit des compilateurs , écrivirent à leur manière contre le fentiment raifonnable de Vandale & de Fontenelle. Le philofophe de Paris ne répondit point ; mais fon ami le favant Bafnage , philofophe de Hollande répondit , & le livre des compi- ^ lateurs ne fut pas lu. Plufieurs années après, le jéfuite le Tcllier , confefleur de Louis XIV, ce malheureux auteur de toutes les querelles qui ont produit tant de mal & tant de ridicule en France , déféra Fontenelle a. Louis XI v. comme athée, & rappella l'allcgorie de Mero & oVEnegu. Marc-René de Paulmi marquis d'Argenfon, alors lieutenant de police & depuis garde des fceaux, écarta la perfécution qui allait éclater contre Fontanelle y & ce philofophe le fait affez entendre dans l'éloge du garde des fceaux d'Argenfon, prononcé dans V académie des fciencesi Cette anecdote eir plus curieufe que tout ce qu'à dit l'abbé Trublet de Fontenelle : mcrt le 2.9 Janvier 1757, âgé de près de cent ans. -

ForBin ( Claude chevalier de ) chef d'efcadfe en France, grand -amiral du roi de Siam. Il a laiiTé des mémoires curieux qu'on a rédigés, & on peut juger entre lui & du Gué-Trouin.

Siècle de Louis XIV. Tom, V. F

2 8a Siècle £5

f£m • <• * ' "' ■'■■"' ■ t -M.,,, .,- ii a

La Fosse {Antoine) né en 1658. Manlius eft fa meilleure pièce de théâtre : mort en 1708.

Fraguier {Claude ) né à Paris en 1666; bon littérateur & plein de goût. Il a mis la philofophie de Platon en bons vers latins. Il eut mieux valu faire de bons vers français. On a de lui d'excellentes differtations dans le recueil utile de l'académie des belles lettres: mort en 1628.

FuretiÈrè {Antoine) né en 1620, fameux par fon dictionnaire & par fa querelle : mort en 1 68 8.

Gacon ( François ) né à Lyon en 1667, mis par le père Niceron^ dans le catalogue des hommes illuftres, & qui n'a été fameux que par de mauvaifes fatires. Il a eu grande part. à ce recueil de groffières plaifanteries qu'on appelle brevet de la calote. Ces turpitudes ont pris leur fource dans je ne fais quelle afTociation % qu'on appellait le régiment des fous & de la calote. Ce .&£ n'eft pas là apurement du bon goût. Les honnêtes gens ne voient qu'avec mépris de tels ouvrages, & leurs auteurs qui ne peuvent être cités, que pour faire abhor-' rer leur exemple. Gacon n'écrivit prefque que de mauvaifes fatires en mauvais vers, contre les auteurs les plus eitimés de fon tems. Ceux qui n'en écrivent aujourd'hui qu'en mauvaife profe , font encor plus méprifés que lui. On n'en parie ici que pour infpirer le même mépris envers ceux qui pourraient l'imiter : more

en 17* 5-

Galant ( Antoine) né en Picardie en 164e. Il apprit à Conflantinople, les langues orientales , & traduifit une partie des contes arabes qu'on connaît fous le titre des mille & une nuit ; il y mit beaucoup du fien ; c'effc un des livres les plus connus en Europe ; il eft amufant pour toutes les nations : mort en 171 5.

L'abbé Galoi S {Jean) né à Paris en 1632, favant univerfel , fut le premier qui travailla au Journal des favans , avec le confeiller - clerc Sallo , qui avait conçu

l'idée de ce travail. Il enfeigna depuis un peu de latin au miniftre d'état Colbert qui malgré Tes occupations, crut avoir aifez de tems pour apprendre cette langue ; il prenait fur-tout fes leçons en carrofTe dans fes voyages de Verfailles à Paris. On difait avec vraifemblance , que c'était en vue d'être chancelier. On peut obferver que les deux hommes qui ont le plus protégé les lettres , ne favaien: pas le latin , Louis XIV. & monfleur Colbert. On prétend que l'abbé Gallois difait , M. Colbert veut quelquefois fe familiarifer avec moi : mais je le repouffe par le refpect ; mort en 1707.

Gassendi {Pierre) né en Provence en i5Q2.Reftaurateur d'une partie de la phyfique d'Epicure. Il fentit la nécefîité des atomes & du vuide. Newton & d'autres ont démontré depuis ce que Gaffendi avait affirmé. Il eut moins de réputation que Defcartes , parce qu'il était plus raifonnable, & qu'il n'était pas inventeur; mais on l'accufa comme Defcartes d'athéifme. Quelques-uns cru- ^ rent , que celui qui admettait le vuide comme Epicure , niait un Dieu comme lui, C'eft ainfi que raifonnent les calomniateurs. Gaffendi en Provence , où l'on n'était point jaloux de lui, était appelle le faint prêtre \ ; à Paris quelques envieux l'appellaient Y athée. Il eft vrai qu'il était fceptique , & que la philofophie lui avait appris à douter de tout , mais non pas de l'exiflence d'un Etre fuprême. Il avait avancé long - tems avant Locke dans une grande lettre à Defcartes, qu'on ne connaît point du tout l'ame, que Dieu peut accorder la penfée à l'autre être inconnu qu'on nomme matière , Se la lui conferver éternellement : mort en 1656'.

Gedouin, chanoine de la fainte chapelle à Paris. Auteur d'une excellente traduction de Quintilien & de Paufanias. 11 était entré chez les jéfuites à l'âge de quinze ans, Sz en fortit dans un âge mûr. Il était fi paflionhé pour ies bons auteurs de l'antiquité , qu'il aurait voulu qu'on eût pardonné à leur religion, en faveur

jÔ 84 Siècle £|

-1 iBinin.! MHiir t ïfri 1 1 -■ n Vni m i '■' ï ■■ ■" I. ■ i'n riii ïïiiMTi i%

des beautés de leurs ouvrages & de leur mythologie : il trouvait dans les fables une philofophie naturelle, admirable , & des emblèmes frappans de toutes les opérations de la Divinité. Il croyait que l'efprit de toutes les nations s'était rétréci , & que la grande poéfie & la grande éloquence avaient difparu du monde avec la mythologie des Grecs. Le poème de Milton , lui parahTait tin poëme barbare , & d'un fanatifme fombre & dégoûtant, dans lequel le diable hurle fans ceffe contre le Mefîie. Il écrivit fur ce fujet quatre differtations trèscurieufes ; ont croit qu'elles feront bientôt imprimées : mort en 1744. NB. On a imprimé dans quelques dictionnaires que Ninon lui accorda fes faveurs à quatrevingts ans. En ce cas on aurait dû dire plutôt que l'abbé Gedouin lui accorda les fiennes, mais c'eft un conte ridicule. Ce fut à l'abbé de Châteauneuf, que Ninon 4^ donna un rendez-vous pour le jour auquel elle aurait S Soixante ans- accomplis.

Le Gendre ( Louis) né à Rouen en 16$ 5 , a fait une hifloire de France, Pour bien faire cette hiftoire , il faudrait la plun$e & la liberté du préfident de Tkou ; & iî ferait encor très- difficile de rendre les premiers Cèdes intéreîTans : mort en 173 3.

Genêt ( Charles- Claude) né en 1635. Aumônier de la ducheife d'Orléans , philofophe & poëte. Sa tragédie de Pénélope a encor du fuccès fur le théâtre, & ceft la feule de fes pièces qui s'y foit confervée. Elle eft au rang de ces pièces écrites d'un ftyle lâche & profaïque que les liruations font tolérer dans la repréientation. Son laborieux ouvrage de la philofophie de Defcartes en rimes plutôt quren vers , fignaîa plus fa patience que fon génie, & il n'eut guère rien de commun avec Lucrèce, que de verfifier une philofophie erronée prefqje en tour. Il eut part aux bienfaits de Louis XIV. mort en 1719.

L'abbé Girard, de l'académie. Son livre àesfyno-

de Louis XIV. 85

^^^«Mii— ' 1 »nw— «m 11 hii.i. ■ 1. 1 il il a——— — — — < mtmmmmm «BWI

nymes efl très-utile; H fubfiilera autant que la langue , & fervira même à la faire fubfiiter : mort for: vieux en 1748.

Gode au ( Antoine ) l'un de ceux qui fer virent à l'etabliiTement de l'académie française. Poëte^ orateur & hiftorien. On fait que pour faire un jeu de mots, le c rdinal de Rkhdieu lui donna l'évêché de GraiTe, pour le Benedicite mis en vers. Son Eifioire ecclijlaftique en profe, fut plus eftimée que fon poème fur les fajîes de Végîifi. Il fe trompa en croyant égaler les faites d'Ovide : ni fon fujet, ni fon génie n'y pouvaient fuffire. C'eft une grande erreur de penfer , que les fujets chrétiens puiffent convenir à la poélie comme ceux du paganifme , dont la mythologie auffi agréable que fauffe ; animait toute la nature : mort en 1672,

GoDEFPvOi ( Théodore ) fils de Denys Godefroi , 4L Parifien. Homme favant , né à Genève en 1 5 80, Hif- |: \ toriogr2phe( de France fous Louis XIII & Louis XIV. Il s'appliqua fur-tout aux titres & au cérémonial : mort en 1649, MB. Son père Denys s'eft rendu immortel par fon travail itnmenfe fur le corpus juris civilis.

Godefroi ( Denys ) fon fils , né à Paris en i£i 5. Hiftoriographe de France comme fon père : mort en 1681. Toute cette famille a été iilufire dans la littérature.

Gombauld( Jean Ogier de ) quoique né fous Charles IX. vécut long-tems fous Louis XIK II y a de lui quelques bonnes épigrammes , dont même on a retenu des vers : mort en 1666,

Gomberville (Marin) né à Paris en 1600, l'un des premiers académiciens. Il écrivit de grands romans avant le tems du bon goût, & fa réputation mourut avec lui : mort en 1674.

Gondi ( Jean-François ) cardinal de Retz , né en

161 3, qui vécut en Catilina dans fa jeunefîe? & en

3^ Atticus dans fa vieillelfe. Plufieurs endroits de fes mé-

sS f 3 ta

O 86 Siècle

moires font dignes de Salluflc ; mais tout n'eft pas égal :

GoURVllLE, valet de chambre du duc de la Rochefoucault, devenu fon ami, & même celui du grand Coftdé, Dans 2e même tems pendu à Paris en effigie & envoyé du roi en Allemagne; enfuite propofé pour fuceéder au grand Lolbert dans le miniftère. Nous avons de lui des mémoires de fa vie , écrits avec naïveté , dans îefquels il parie de fa naifTance & de fa fortune avec indifférence, 11 y a des anecdotes vraies & curieufes.

Le Grand (Joachim ) né en Normandieen 1653, élève du père le Comte. Il a été l'un des hommes les plus profonds dans fhiftoire : mort en 1732.

Grecour , chanoine de Tours. Son poème de Philoianus eut un fuccès prodigieux. Le mérite de ces fortes d'ouvrages n'eft d'ordinaire que dans le choix dufujet, & dans la malignité humaine. Ce n'eft pas qu'il n'y ait *a± quelques vers bien faits dans ce poëme. Le commencement en eft très-heureux ; mais la fuite n'y répond pas. Le diable n'y parle pas auffi plaifamment qu'il eu amené. Le ftyle eft bas , uniforme , fans dialogue , fans grâces ? fans finefle , fans pureté de ftyle , fans imagination dans l'expreffion , & ce n'eft enfin qu'une hiftoire fatirique de la bulle unigenitus en vers burlefques , parmi lefquels il s'en trouve de très-plaifans.

Gueret ( Gabriel) né à Paris en 1641 , connu dans fon tems par fon parnajfe refermé, & par la guerre des auteurs. Il avait du goût , mais fon difeours , fi l'empire dt V éloquence ejl plus grand que celui de V amour , ne prouverait pas qu'il en eût. Il a fait le journal du palais conjointement avec Blondeau : ce journal du palais eft un recueil des arrêts des parîemens de France , jugemens fouvent différens dans des caufes femblabïes. Rien ne fait mieux voir combien la jurifprudence a befoin d'être réformée, que cette néceffité où l'on eft de recueillir des arrêts : mort en 1688.

•HSfes

de Louis XIV. 87

Du Guet {Jacques Jofepfi ) né en Forez en 164.9 > l'une des meilleures plumes du parti janfénifre. Son livre de Y éducation d'un roi n'a point été fait pour le roi de Sardaigne, comme on l'a dit, & il a été achevé par une autre main. Le ftyle de Du Guet eft formé fur celui des bons écrivains de Port-Royal. Il aurait pu comme eux rendre de grands fervices aux lettres ; trois volumes fur vingt-cinq chapitres ftlfaïe prouvent qu'il n'était avare ni de fon tems ni de fa plume : mort en 1733.

Du Gué-Trou in , d'armateur devenu lieutenantgénéral des armées navales. L'un des plus grands hommes en fon genre , a donné des mémoires écrits du flyle d'un foldat, & propres à exciter^jernulation chez fes compatriotes.

Du Halde, jéfuite , quoiqu'il ne foit point forti de Paris , & qu'il n'ait point fu le chinois , a donné fur les mémoires de fes confrères la plus ample & la meilleure defcription de l'empire de la Chine qu'on ait dans le U monde : mon en 1743. [|

L'infatiable curiofité que nous avons de connaître {j à fond la religion , les loix , les mœurs des Chinois , n'efl point encor fatisfaite : un bourguemeflre de Midelbourg nommé Hudde , homme très-riche, guidé par cette feule curiofité ? alla à la Chine vers Tan 1700. Il employa une grande partie de fon bien à s'initruire de tout. Il apprit fi parfaitement la langue , qu'on le prenait pour un Chinois. Heureufement pour lui la forme de fon vifage ne le trahifTait pas. Enfin il fut parvenir au grade de mandarin ; il parcourut toutes les provinces en certe qualité, & revint enfuite en Europe avec un recueil de trente années d'obfervations ; elles ont été perdues dans un naufrage : c'efl peut-être la plus grande perte qu'ait faite la république des lettres.

Du Hamel (Jean-Bapti/te) de Normandie, né en i6a4. Secrétaire de l'académie des fciences. Quoique philofophe , il était théologien. La pbilofophie qui s'eit

|§ 88 Siècle Q

perfectionnée depuis lui , a nui à fes ouvrages ; mais fon nom a fubiiilé : mort en 1706.

Le comte cTHamilton ( Antoine) né à Caen. On a de lui quelques jolies poéfies ; & il efl le premier qui ait fait des romans dans un goût ptaifant , qui n'eft pas le burlefque de Scarron. Ses mémoires du comte de Grammont font de tous les livres celui où le fond le plus mince eft paré du ftyle le plus gai , le plus vif , & le plus agréable. C'eft le modèle d'une converfation enjouée, plus que le modèle d'un livre. Son héros n'a guère d'autre rôle dans fes mémoires que celui de fripponner fes amis au jeu , d'être volé par fh^yaîet~de-chambre , & de dire quelques prétendus bo^Fmots fur les aventures des autres.

Hardouin {Jean) jéfuite , profond dans Phiftoire & chimérique dans les fentimens. 1/ faut s'enquérir, dit jji Montagne, non quel eft leplusfavant^ mais le mieux favant. Hardouin pouffa la bizarrerie jufqu'à prétendre que Yénétde & les odes d'Horace ont été compofées par des moines du treizième fiècle : il veut qu'Enée foit Jesus-Çhrist ; & Lalagéh maîtrefTe d'Horace eft la religion chrétienne. Le même difcernement qui faifait voir au père Hardouin le Meiïie dans Enée , lui découvrait des athées dans les pères Thomajfin , Quefnel , Mallebranche , dans Arnauld , dans Nicole & Pafcal. Sa folie ôta à fa calomnie toute fon atrocité ; mais tous ceux qui renouvellent cette accufation d'athéifme contre des^fages , ne font pas toujours reconnus pour fous , & font fouvent très-dangereux. On a vu des hommes abufer de leur miniftère en employant ces armes contre lefquelles il n'y a point de bouclier, pour perdre fans refTource des perfonnes refpedables auprès des princes trop peu inflruits-

Hecquet , médecin, mit au jour en 1722, le fyftême raifonné de la trituration , idée ingénieufe qui n'explique V pas, la manière dont fe fait la digeftion. Les autres J|

de Louis XIV»

médecins y ont joint le fuc gaftrique , & la chaleur des vifeères; mais nul n'a pu découvrir le fecret de la nature qui fe cache dans toutes fes opérations.

Helvettus , fameux médecin , qui a très- bien écrit fur l'économie animale, & fur la fièvre, mort vers l'an 1750. Il était père d'un vrai philofophe , qui renonça à la place de fermier-général peur cultiver les lettres , & qui a eu le fort de pluiieurs philoiophes , perfécuté pour un livre , & pour fa vertu.

Henault, connu par le fonnet de Yavorton , par d'autres pièces, & qui aurait une très- grande réputation fi les trois premiers chants de fa traduction de Lucrèce , qui furent perdus , avaient paru & avaient été écrits comme ce qui nous eu refté du commencement de cet ouvrage. Mort en 1682. Au refte la poftérité ne le confondra pas avec un homme du même nom & d'un mérite fupérieur , à qui nous devons la plus courte & la meilleure hiftoire de France, & peutêtre la feule manière dont il faudra déformais écrire toutes les grandes hifïoires. Car la multiplicité des faits & des écrits devient fi grande , qu'il faudra bientôt tout réduire aux extraits & aux diàionnaires. Mais il fera difficile d'imiter l'auteur de ïabrégé chronologique , d'approfondir tant de chofes en paraifTant les effleurer.

Renault , préfident aux enquêtes du parlement , fur-intendant de la maifon de la reine, de l'académie françaife, né à Paris vers l'an 1686. Nous avons déjà parlé de fon livre utile de l'abrégé hiftorique de la France. Les recherches pénibles qu'une telle étude doit avoir coûté ne l'ont pas empêché de facriner aux grâces, & il a été du très-petit nombre de favans qui ont joint aux travaux utiles les agrémens de la fociécé qui ne s'acquièrent point. Il a été dans l'hiitoire ce que Fontenelh a été dans la philofophie. Il l'a rendue familière; aufïï lui avons-nous rendu comme à FontmelU juilice de fon vivant.

#Q|RW5B

mz*">w^£jfe

1*VW

sa*

^gy** -ri ■ ■ - <y*Wfjit« .w,r ■■ ■ "*gg^

23 90 Siècle

Herselot (Barthelemi) né à Paris en 1625, *e premier parmi les Français, qui connut bien les langues & les hiïloires orientales : peu célèbre d'abord dans fa patrie. Reçu par le grand duc de Tofcane, Ferdinand il. avec une diftin&ion qui apprit à la France à connaître fon mérite. Rappelle enfuite & encouragé par Colbert , qui encourageait tout. Sa bibliothèque orientale eït aufïï curieufe que profonde : mort en i6<>5.

Hermant ( Godefroi) né à Beauvais en 161 j. Il n'a fait que des ouvrages polémiques qui s'anéantifîent avec ladifpute : mort en 1690.

Hermant {Jian.) auteur de l'hiftoire des conciles , des ordres religieux , des héréfies. Cette hiftoire des héréfies ne vaut pas celle de M. Pluquet.

LA Hire (Philippe) né à Paris en 1640, fils d'un bon peintre. Il a été grand mathématicien , & a beaucoup contribué à la fameufe méridienne de France : mort

en 1718.

L'Hôpital ( François marquis de ) né en 1661. Le premier qui ait écrit en France fur le calcul inventé par Newton , qu'il appella les infinimens petits : c'était alors un prodige: mort en 1704.

D'Hosier (Pierre ) né à Marfeille en 1 59a , fils d'un avocat. Il fut le premier qui débrouilla les généalogies , & qui en fit une fcience. Louis XIIT. le fit gentilhomme fervant , maître-d'hôtel & gentilhomme ordinaire de fa chambre. Louis XîV, lui donna un brevet de confeii'er d'état. De véritablement grands hommes ont été bien moins récompenfés : leurs travaux n'étaient pas fi nécelîaires à la vanité humaine : mort- en 1660,

DES Houlieres ( Antoinette de la Garde). De toutes les dames Françaifes qui ont cultivé la poéfie , c'eit celle qui a le plus réuflî , puifque c'efr celle dont on a retenu le plus de vers. C'elt dommage qu'elle foit l'auteur du mauvais fonnet contre l'admirable Phèdre de Racine* Ce fonnet ne fut bien reçu du public, que

«H3U ! •hJS&G- =*rr$&ïb

DBLoui.sXIV. 91 ES

1— —mm — — mm»— — ^— — — — 1 1 1 » ■ )— «■■■■■■■■mm» — — —

parce qu'il était fatirîque. N'eft-ce pas affez que les femmes foient jaîoufes en amour , faut-il encor qu'elles le foient en belles-lettres ? Une femme fabrique reflemhle à Médufe & à Scilia, deux beautés changées en monftres : morte en 1694.

Huet (Irierrt-Dankl) né à Caen en 1630. Savant •univerfel , & qui ccnferva ia même ardeur pour l'étude jufqu'à l'âge de quatre-vingt-onze ans. Appelle auprès de la reine Chrijline à Stockholm , il fut enfuite un des hommes illuftres qui contribuèrent à l'éducation du dauphin. Jamais prince n'eut de pareils maîtres. Huet fe fit prêtre à quarante ans; il eut Pévêché d'Avranche, qu'il abdiqua enfuite , pour fe livrer tout entier à l'étude dans la retraite. De tous fes livres , le commerce & la navigation des anciens , & V origine des romans , font le plus d'ufage. Son traité fur la faiblejfe de Vefprit humain a fait beaucoup de bruit , & a paru démentir fa dêmonflration évangélique ; mort en 1721.

JACQJJELOT (Ifaac) né en Champagne en 1647. Calvinifte, pafteur à la Haie & enfuite à Berlin. Il a fait quelques ouvrages fur la religion : mort en 1708.

Joli ( Gui ) confeiller au châteler , fecretaire du cardinal de Ret^ , a laiffé des mémoires , qui font à ceux du cardinal ce qu'eft le domeïtique au maître : mais il y a de particularités curieufes.

Jouvency (Jofeph) jéfuite né à Paris en 1643. Cett encor un homme qui a eu le mérite obfcur d'écrire en latin aufli-bien qu'on le puifTe de nos jours. Son livre de ratione difcendi & docendi eu un des meilleurs qu'on ait en ce genre , & des moins connus depuis Quintilien. Il publia en 17 10 à Rome une partie de l'hiftoire de ion ordre. Il écrivit en jéfuite & en homme qui était à Rome. Le parlement de Paris, qui penfe tout différemment de Rome & des jéfuites, condamna ce livre, dans lequel on juftifiait le père Guignard condamné à être pendu par ce même parlement pour

«2, Siècle

FarTafïïnat commis fur la perfonne de Henri ïV. par Vécclbr CA^/s/. 11 eft trrès-vrai que Guignard n'était nullement complice , & qu'on le jugea à îa rigueur : nv.is il n'eft pas moins vrai que cette rigueur était nécdftire dans ces tems malheureux, cù une partie de l'Europe aveuglée par îe plus horrible fanatifme regardait comme un a&e de reîigion de poignarder le meilleur des rois & le meilleur des hommes : mort en 17 16,

Labbe {Philippe) né à Dourges en 1607, jéfuite. Il a rendu de grands fervices à l'hiftoire. On a de lui foixante-feize ouvrages : mort en 1667.

Le Laboureur ( Jean ) né à Montmorenci en 16*2,3, gentilhomme fervant de Louis XIV. & enfuite fon aumônier. Sa relation du voyage de Pologne qu'il rit avec madame la maréchale de Guébriant , la feule femme qui ait jamais eu îe titre Se fait les -fondions d'ambaffadrice plénipotentiaire, eu affez curieufe. Les commentaires hiftoriques dont il a enrichi les xnémoires de Cafîelnau ont répandu beaucoup de jour fur l'hiftoire de France. Le mauvais poè'me de Charlemagne n'eft pas de lui, mais de fon frère : mort en 1675.

Laïne ou Lai nez ( Alexandre) né dans le Hainauît en i6$o. Poëte ilnguîier , dont on a recueilli un petit nombre de vers heureux. Un homme qui s'eft donné la peine de faire élever à grands frais un parnaiTe en bronze couvert de figures en relief, de tous les poètes & muficiens dont il s'efi: avifé , a mis ce Laine au rang des plus ilîuftres. Les feuîs vers délicats qu'on ait de lui font ceux qu'il 6t pour madame de Martel :

Le tendre Appelle un jour dans ces jeux fi vantés Qu'Athènes fur fes bords confacrait à Neptune; Vit au fortir de l'onde éclater cent beautés >

Et prenant un trait de chacune, Il fit de fa Vénus le portrait immortel. Hélas! s'il avait vu l'adorable Martel ,

Il n'en aurait employé qu'une» ^fe

de Louis XIV. 93

On ne fait pas que ces vers font une traduction un peu longue de ce beau morceau de VAriofit.

Non avea da torre altra, che cofiel Che tutte le hellène erano in UU

mort en 17 10.

Lai met ou Lenet (Pierre) confeiller d'état, natif de Dijon , attaché au grand Condi a laiffé des mémoires fur la guerre civile. Tous les mémoires de ce tems font éclaircis , & juflifiés les uns par les autres. Ils mettent la vérité de l'hiitoire dans le plus grand jour. Ceux de Lainet ont une anecdote très-remarquable. Une dame de qualité de Franche-Comté fë trouvant à Paris greffe de huit mois en 1664, fon mari abfent depuis un an arrive, elle craint qu'il ne la tue ; elle s'adrefTe à Lainet fans le connaître. Celui-ci confulte l'ambaffadeur d'Efpagne ; tous deux imaginent de faire enfermer le mari par lettre de cachet à la baftille jufqu'à ce que la femme îbit relevée de couche. Ils s'adreffent à la reine. Le roi en riant fait & figne la lettre de cachet lui-même; il fauve la vie de la femme & de l'enfant; enfuite il demande pardon au mari & lui fait un préfent.

Lambert (Anne-Thérefe de Marguenat de CourcelleSy marquife de) née en 1647. Dame de beaucoup d'efprit , a laifîé quelques écrits d'une morale utile & d'un flyle agréable. Son traité de l'amitié fait voir qu'elle méritait d'avoir des amis. Le nombre des dames qui ont ilJuftré ce beau fiècle , eft une des grandes preuves des progrès de l'efprit humain.

Le donne fon venute in ucellen\a

Di ciafeun' aru ove hanno pofio cura. Arioft.

morte à Paris en 1733.

Lami (Bernard) né au Mans en 1640, de l'oratoire. Savant dans plus d'un genre. Il compofa (qs

jÊSaj^Sg»^"^1^ ■,.,..«■ ! rrr§&ï&

rmP^

Elémens de mathématiques dans un voyage qu'il fit à pied de Grenoble à Paris : mort en 171 5.

Lancelot ( Claude) né à Paris en 161 $. Il eut part à des ouvrages très-utiles , que firent les folitaires de Port-Royal pour l'éducation de la jeuneiTe : mort en 1695.

De Larrey (ïfaac) né en Normandie en 1638. Son hifloire d'Angleterre fut eftimée avant Celle de Rapin de Thoiras ; & (on hifloire de Louis XIV. ne le fut jamais : mort à Berlin en 171 9.

Launai ( François) ne à Angers en 161 2. Jurifconfulte & homme de lettres. Il fut le premier qui enfeigna le droit français à Paris : mort en 1693.

Launoi {Jean) né en Normandie en 1603. Docteur en théologie. Savant laborieux & critique intrépide. Il détrompa de plufieurs erreurs, Si fur-tout fur des Saints , dont il nia i'exiftence. On fait qu'un cure de Saint Euflache difait : Je lui fais toujours de profondes révérences , de peur qifil ne m'ote mon Saint Eujlacfie : mort en 1678.

LauriEre (Euskbe) né à Paris en 1659. Avocat. Perfonne n'a plus approfondi la junfprudence &: l'origine des loix. C'eft lui qui dreiTa le plan du recueil des ordonnances : ouvrage immenfe , qui fignale le régne de Louis XIV. C'eit un monument de l'inconftance des chofes humaines. Un recueil d'ordonnances n'eït que l'hiftoire des variations : mort en 1728.

Le Clerc {Jean) né à Genève en 16$ 7, mais originaire de Beauvais. il n'était pas le feul favant de fa famille ; mais il était le plus favant. Sa bibliothèque univerfelle, dans laquelle il imita la république des lettres de Bayle , efl fon meilleur ouvrage. Son plus grand mérite efl d'avoir alors approché de Bayle , qu'il a combattu fouvent. il a beaucoup plus écrit que ce grand homme 5 mais * il n'a pas connu comme lui

~"rrr?%LÀ ^.

£5 deLouisXIV. 95 Q

l'art de plaire & d'inftruire qui eu fi au defïus de la fcience : mort à Amiterdam en 1736.

Lemeri {Nicolas) né à Rouen en 1645, fut le premier chymifte raifonnable , & le premier qui ait donné une pharmacopée univerfelle : mort en 1715.

Lenfant ( Jacques ) né en Beauce en 1661. Pafteur calvinifte à Berlin. Il contribua plus que perfonne à répandre les grâces & la force de la langue françaife aux extrémités de l'Allemagne. Son hifioire du concile de Confiance , bien faite & bien écrite , fera jufqu'à la dernière poftérité un témoignage du bien & du mal , qui peuvent réfulter de ces grandes afiemblées , & que du fein des panions , de l'intérêt & de la cruauté même, il peut encor fortir de bonnes loix : mort en 169a.

Des Lions {Jean) né à Pontoifeen 161 5. Docteur de forbonne , homme fingulier , auteur de pîufieurs ouvrages polémiques. Il voulut prouver, que les réjouiffances à la fête des rois font des profanations , & que le monde allait bientôt finir : mort en 1700.

De l'Isle ( Guillaume) né à Paris en 1675. H a réformé la géographie , qui aura long-tems befoin d'être perfectionnée. C'eft lui qui a changé toute la pofition de notre hémifphère en longitude. Il a enfeigné à Louis XV. , la géographie , & n'a point fait de meilleur élève. Ce monarque a compofé, après la mort de fon maître , un traité du cours de tous les fleuves. Guillaume de l'ijle eu le premier qui ait eu le titre de premier géographe du roi: mort en 1726.

Le Long {Jacques) né à Paris en 1655, de l'oratoire. Sa bibliothèque hiftorique de France eit d'une grande recherche & d'une grande utilité, à quelque faute près : mort en 1711.

Lo.ngepierre {Wilaire-Bernard baron de ) né en Bourgogne en 1658. Il poiTédait toutes les beautés de la langue grecque , mérite très-rare en ce tems-lir ; on

H» »■■■ - »"Tfte"' ■ ■ nl^g#

Siècle £5

fe

a de lui des traductions en vers tiAnacréon , Sapho , 27/o/z & Mo f chus» Sa tragédie de Médée , quoiqu'inegule & trop remplie de déclamation , eft fort fupérieure à celle de Pierre Corneille. Mais la Médée de Corneille n'était pas de fon bon tems. Longep'urre fit beaucoup d'autres tragédies d'après les poëres Grecs, & il les imita en ne mêlant pour l'amour à ces fujets févères & terribles ; mais aufii il les imita dans 'a prolixité des lieux communs & dans le vuide d'action :Sl d'intrigue j & ne les égala point dans la beauté de i'élocution qui fait le grand mérite des poètes. Il a compofé plusieurs autres tragédies dans le goût Grec ; mais il n'a donné au théâtre que Médée & Eleclre: mort en 1727.

Longuerue {Louis du Four de) né à Charleville en 165a. Abbé du Jard. Iî favait , outre les langues favantes, toutes celles de l'Europe. Apprendre plufieurs jj langues médiocrement , c'eft le fruit du travail de quelques années ; parler purement & éicqueroment la fienne, c'eft le travail de toute la vie. Il favait l'hiftoire univerfelle ; & on prétend qu'il ccropofa de mémoire la defcription hi/torique & géographique de la France ancienne & moderne : mort vers ïkn 1724.

Longueval {Jacques) né en 1681. Jéfuite. il a fait huit volumes de l'hiftoire de Fêgîife1 gallicane, continuée par le père Fontenay. motf en 173 5,

Loubere ( Simon de la ) né à Tçuîoùiè en 1642 , & envoyé à Siam en 1677. On a de lui des mémoires de ce pays , meilleurs que fes fohnets & les odes : mort en 1729.

M-ABILLON {Jean) né en Champagne en 1632. Bénédictin. C'eft lui qui étant chargé de montrer le tréfcr de St. Denis , demanda à quitter cec emploi , parce qu'il rf aimait pas à mêler la fable avec la vérité. Il a fait de profondes recherches. Colbert l'employa à rechercher les anciens titres: mort en 1707. h

Maignan {Emmanuel) né à Touloufe en 1601. J£ r* Minime £2

i^g* ^ ***** ' ■- ' »»™v?f."" ■ -■ w ^^NtQ#j

£3 d'e Louis XIV. 97 Ç|

Minime. L'un de ceux qui ont appris les mathématiques fans maître. ProfeiTeur de mathématique à Rome , où il y a toujours eu depuis un profeifeur minime Français : mort à Touloufe en 1 677.

Maillet , conful au grand Caire. On a de lui des lettres inftruclives fur l'Egypte , & des ouvrages ma-* nufcrits d'une philofophie hardie.

Maimbourg {Louis) jéfuite , né en 1610. Il y a encor quelques-unes de fes hiftaires qu'on ne lit pas fans plaifir. 11 eut d'abord trop de vogue , & on l'a trop négligé enfuite. Ce qui eiï fingulier, c'eit qu'il fut obligé de quitter les jéfuites , pour avoir écrit en faveur du clergé de France : mort à St. Vi&or en Ï6Ù.

Mainard ( François ) préfident d'Aurillac , né à Touloufe en 1634. On peut 4e compter parmi ceux qui ont annoncé le fiècle de Louis Xiv. Il refte de lui un allez grand nombre de vers heureux , purement écrits. C'efl un des auteurs qui s'eft plaint le plus de la mauvaife fortune attachée aux talens. Il ignorait que le fuccès d'un bon ouvrage eft la feule récompenfe digne d'un artiïle ; que fi les princes & les minières veulent fe faire honneur en récompenfant cette efpèce de mérite, il y a plus d'honneur encor d'attendre ces faveurs fans les demander ; & que fi un bon écrivain ambitionne la fortune , il doit la faire foi-même.

Rien n'efl plus connu que fon beau fonnet pour le cardinal de Richelieu ; & cette réponfe dure du miniftre, ce mot cruel, rien. Le préfident Maignard retiré enfin à Aurillac fit ces vers qui méritent autant d'être connus que fon fonnet.

Par votre humeur le monde eft gouverné , Vos volontés font le calme & l'orage , Vous vous riez de me voir confiné Loin de la cour dans mon petit ménage î Mais , n'eft-ce rien que d'être tout à f oi » 13 Siècle de Louis XIV. Tom. V. G

Siècle

De n'avoir point le fardeau d'un emploi , D'avoir dompté la crainte & l'efpérancë ? Ah ! fi le ciel , qui me traite n bien , Avait pitié de vous & de la France , Votre bonheur ferait égal au mien.

Depuis la mort du cardinal , il dit dans d'autres vers que le tyran eft mort , & qu'il n'en eft pas plus heureux. Si le cardinal lui avait fuit du bien , ce miniftre eût été un dieu pour lui. Il n'eft un tyran que parce qu'il ne lui donna rien. C'eft trop reiïembler à ces mendians qui appellent les paiTans monfdgntur , & qui les maudiffent s'ils n'en reçoivent point d'aumône. Les vers de Mainard étaient tort beaux. 11 eût été plus beau de pafTer fa vie fans demander & fans murmurer. L'épitaphe qu'il fit pour lui-même eft dans la bouche de tout le m£nde.

Las d'efpérer & de me plaindre Des mufes , des grands & du fort, C'eft ici que j'attends la mort , Sans la deurer ni la craindre.

Les deux derniers vers font la traduction de cet ancien vers latin y

Summum nec metuas diem nec optes,

La plupart des beaux vers de morale font des traduclions. Il eft bien commun de ne pas defïrer la mort; il eft bien rare de ne la pas craindre; ck il eût été grand de ne pas feulement fonger s'il y a des grands au monde.

Maintenon ( Francoife d'Aubigni , Scarron , marquifede ). Elle eft auteur comme madame de Sevigné, parce qu'on a imprimé fes lettres après fa mort. Les unes & les autres font écrites avec beaucoup d'efprit, 4 mais avec un efprit différent. Le cœur & l'imagination ^L ont didé celles de madame de Sevigné ; elles ont plus

de Louis XIV,

fe

de gaieté, plus de liberté : celles de madame de Maintcnon font plus contraintes : il femble qu'elle ait toujours prévu qu'elles feraient un jour publiques. Madame de Sevigaéen écrivant à fa fille n'écrivait que pour fa fille. On trouve quelques anecdotes dans les unes & dans les autres. On voit par celles de madame de Maintenait , qu'elle avait époufé Louis XIV, qu'elle influait dans les affaires d'écat , mais qu'elle ne les gouvernait p3s ; qu'elle ne preffa point la révocation de l'édic de Nantes, & les fuites, mais qu'elle ne s'y oppofa point ; qu'elle prit le parti des moliniiïes , parce que Louis XIV. l'avait pris , & qu'enfuite elle s'attacha à ce parti ; que Louis XIV, fur la fin de fa vie portait des reliques ; & beaucoup d'autres particularités. Mais les connahTances qu'on peut puifer dans ce recueil font trop achetées par la quantité de lettres inutiles qu'il renferme; défaut commun à tous ces recueils. Si on n'imprimait que l'utile , il y aurait cent fois moins de livres : morte à Saint-Cyr en 1719.

Un nommé La Beaumelle , qui a été précepteur à Genève , a fait imprimer des mémoires de Maiatenon remplis de faufîetés.

Mallebranche {Nicolas) né à Paris en 1638 > de l'oratoire. L'un des plus profonds méditatifs qui aient jamais écrit. Animé de cette imagination forte qui fait plus de difciples que la vérité, il en eut de fon tems. Il y avait des mallebranchifles. Il a montré admirablement les erreurs des fens & de l'imagination * & quand ii a voulu fonder la nature de l'ame , il s'eft perdu dans cet abyme comme les autres. Il eft , ainfi que D ej cartes , un grand homme avec lequel on apprend bien peu de choie : mort en 171 5.

Malezieux (Nicolas) né à Paris en 1650. Les

élémens de géométrie du duc de Bourgogne , font les "% leçons qu'il donna à ce prince. Il fe fit une réputation 5J G a

&Çjt&r—\. ■ jm.- ,^J3^^. - — =— ivr^Q%

ioo Siècle £5

par fa profonde littérature. Madame la duchefle du Maine fît fa fortune : mort en 172.7.

Mallevilie ( Claude de) l'un des premiers académiciens. Le feul fonnet de la belle matinwfe en fit un homme célèbre. On ne parlerait pas aujourd'hui d'un tel ouvrage ; mais le bon en tout genre était alors aufll rare qu'il eu devenu commun depuis : mort en 1647.

De Marca {Pierre) né en 1594. Etant veuf & ayant plufieurs enfans , il entra dans l'églife & fut nommé à l'archevêché de Paris. Son livre de la concorde de Vempire & du facerdoce eu efîimé : mort en 1662.

De Marolles {Michel) né en Touraine en 1600, fils du célèbre Claude de Marolles capitaine des Cen> SuifTes , connu par fon combat fingulier à la tête de l'armée de Emri IV. contre Marivaux, Michel, abbé ^f de Villeloin , compofa foixante-neuf ouvrages , dont §E plufieurs étaient des traductions très-utiles dans leur tems : mort en 1681.

La Marre {'Nicolas) né à Paris en 1641. ComraifTaire au châtelet. Il a fait un ouvrage qui était de fon reffort , Vhijloire de la -police. Il n'eït bon que pour les Parifiens, & meilleur à confulter qu'à lire. Il eut pour récompenfe une part fur le produit de la comédie, dont il ne jouit jamais ; il aurait autant valu affigner aux comédiens une penfion fur les gages du guer.

Du MARSAIS. Perfonne n'a connu mieux que lui la métaphyfique de la grammaire ; perfonne n'a plus approfondi les principes des langues. Son livre des tropes eit devenu infenfiblement nécefTaire, & tout ce qu'il a écrit fur la grammaire mérite d'être étudié. II y a dans le grand dictionnaire encyclopédique beaucoup d'articles de lui qui font d'une grande milité. Il était du nombre de ces philofophes obicujrs dont Paris eu plein , qui jugent fainement de tout , qui vivent entr'eux

^fctffirçr=-' ■■'." mV"u..i in ■;;«ffi£'tu i .» u , r,,,,,,^. >jt$& ' '*

de Louis XIV. ipi O

dans la paix & dans la communication de la raifon » ignorés des grands , Se très-redoutés de ces charlatans en tout genre qui veulent dominer fur les efprits. La foule de ces hommes fages eft une fuite de l'efpric du fiècle : mort très-âgé en 175 5.

Marsollier {Jacques) né à Paris en 1657. Chanoine régulier de Ste Geneviève. Connu par plufieurs hiftoires bien écrites : mort en 17-14.

Martignac {Etienne) né en 1618. Le premier qui donna une traduction fupportable en profe de Virgile , à' Horace , &c. Je doute qu'on les traduife jamais heureufement en vers. Ce ne ferait pas affez d'avoir leur génie: la différence des langues eft un obftacle prefque invincible: mort en 1698.

MaScaron ( Jules ) de Marfeille , né en 1634. Evêque de Tulles & puis d'Agen. Ses oraifons funè- % bres balancèrent d'abord celles de Bojfuet ; mais aujourd'hui elles ne fervent qu'à faire voir combien Bojfuet étant un grand homme : mort en 1703.

Massillon , né en Provence 1 663 , de l'oratoire. Evêque de Clermont. Le prédicateur qui a le mieux connu le monde ; plus fleuri que Bourdalous , plus agréable , & dont l'éloquence fent l'homme de cour , l'académicien & l'homme d'efprit ; de plus philofophe modéré & tolérant : mort en 174a.

Maucroix {François) né à Noyon en 1619. Hiftorien , poète & littérateur : mort en 1708.

Me'nage ( Gilles) d'Angers , né en 1613. Il a prouvé , qu'il eft plus aifé dé faire des vers en italien qu'en français. Ses. vers italiens font eftimés même en italien ; & notre langue doit beaucoup à fes recherches. Il était favant en plus d'un genre : mort en 1692. La Monnoye a fort augmenté, & re&iâé la menagiana.

Me'nétrier {Claude- François) né en 16*31, a j| 5 G 3 ^Q

Siècle £3

beaucoup fervi à la fcience du blafon , des emblèmes & des devifes : mort en 1705.

Meri {Jean) ne en Berri en 1645, l'un de ceux qui ont le plus iliuflré la chirurgie. Il a laiffé des obfervations utiles : mort en 170.0,.

Mezerai ( François) né à Argentan en Normandie en 16 10. Son hiftoire de France eft très-ccnnue ; fes autres écrits le font moins. Il perdit {es penfions, pour avoir dit ce qu'il croyait, la vérité. D'ailleurs plus hardi qu'exact , & inégal dans fon ityle : mort en 16'i ,.

, Mi meures (îe marquis de) menin de Monfeigneur fils de ^ouïs XIV. On a de lui quelques morceaux de puéiies qiîi ne font pas inférieures à celles de Racan & de Maigdard. Mais comme ils vinrent dans un tems où le K,n était très-rare , & le marquis de Mimeures xians un terns où l'art était perfectionné, ils eurent j& ^i beaucoup de réputation, & à peine fut-il connu. Son <£ ode à Vénus imitée. d'Horace n'eit pas indigne de l'oriffihal.

Le Moine (Pierre) jéfuite, né en 1601. Sa dévotion aifée le rendit ridicule. Mais il eût pu fe faire un g~and nom par fa Loirijiade. Il avait une prodigieufe imagina-ion. Pourquoi donc ne réuflit-il pas ? c' eft qu'il n'aviit ni goût , ni connaifTance du génie de fa langue , ni des amisféveres: mort en 1671.

Molière (jean-Bcpîifïe) né à Paris en 1620. Le meilleur des pcëres comiques de toutes les nations. Cet article a eng-.gé à relire les poètes comiques de l'antiquité. Il faut avouer- , que fi on compare l'art & la régularisé de notre théâtre avec ces fcènes découfues des anciens , ces intrigues faibles , cet ufage groffier de f ire annoncer par des acteurs , dans des monologues froids & fans vraifomblance , ce qu'ils ont fait & ce qu'ils veulent faire; il faut avouer, dis-je , que Molière a tiré la comédie du chaos , ainfi que

de Louis XIV. 103 Çj

. . ■■ . , fl , .... L) „|

Corneille en a tiré la tragédie ; & que les Français ont été fupérieurs en ce point à tous les peuples de la terre. Molière avait d'ailleurs une autre forte de mérite que ni Corneille , ni Racine , ni Boileau , ni La Pontaine n'avaient pas. Il était philofophe , & il Tétai: dans la théorie & dans la pratique. C'eft à ce philofophe que l'archevêque de Paris Uarlai , fi décrié pour fes mœurs , refufa les vains honneurs de la fépulture : il fallut que le roi engageât ce prélat à foufFrir que Molière fût enterré fecrétement dans le cirnedère de la petite chapelle de St. Jofeph fauxbourg Montmartre : mort en 1673.

On s'efl piqué à l'envi dans quelques dictionnaires nouveaux de décrier les vers de Molière en faveur de fa profe, fur la parole de l'archevêque de Cambrai Fénélon , qui femble en effet donner la préférence à la profe de ce grand comique , & qui avait fes raifons

|£ pour n'aimer que la profe poétique ; mais Boileau ne penfait pas ainfi. Il faut convenir qu'à quelques négligence près , négligences que la comédie tolère , Molière eil plein de vers admirables qui s'impriment facilement dans la mémoire. Le Mifantrope , les Femmes favantes , le Tartuffe font écrits comme les fatires de Boileau. U Amphitrion efr un recueil d'épigrammes & de madrigaux faits avec un art qu'on n'a point imité depuis. La bonne poéfie efr à la bonne profe ce que la canfe efr à une fimple démarche noble , ce que la mufique efl au récit ordinaire , ce que les couleurs d'un tableau font à des deffins au crayon. De là vient que les Grecs & les Romains n'ont jamais eu de comédie en profe.

Mongaut (l'abbé). La meilleure traduction qu'on ait faite des lettres de Cicéron efr de lui. Elle eft enrichie de notes judicieufes & utiles. Il avait été précepteur du fils du duc d'Orléans régent du royaume. Momnoye {Bernard h) né à Dijon en 1641 ?

Èj? 104 Siècle

excellent littérateur. Il fut le premier qui remporta le prix de poéfie à l'académie françaife ; & même fon poème du duel aboli qui remporta ce prix , eft à peu de chofe près un des meilleurs ouvrages de poéfïe qu'on ait faits en France : mort en 1732.. Je ne fais pourquoi le do&eur de forbonne , V Avocat dans fon dictionnaire dit , que les noels de la Monnoye en patois Bourguignon , font ce qu'il a fait de mieux. Efl-ce parce que la forbonne qui ne fait pas le patois Bourguignon ; ^ fait-.un décret contre ce livre fans l'entendre ?

Montesquieu ( Charles ) préûdent au parlement de Bordeaux, né en 1689, donna à l'âge de trentedeux ans les lettres perfams , ouvrage de plaifanterie plein de traits qui annoncent un efprit plus folide que fon livre. Ceft une imitation du Siamois de Dufréni & de Vefpion Turc ; mais imitation qui fait voir |s; comment ces originaux devaient être écrits. Ces ouvrages d'ordinaire ne réuffirTent qu'à la faveur de l'air étranger ; on met avec fuccès dans la bouche d'un Afiatique la fatire de notre pays , qui ferait bien moins accueillie dans la bouche d'un compatriote ; ce qui efl commun par foi-même devient alors fingulier. Le génie qui règne dans les lettres perfànes ouvrit au préfident de Montefquieu les portes de l'académie françaife , quoique l'académie fût maltraitée dans fon livre; mais en même tems la liberté avec laquelle il parle du gouvernement , & des abus de la religion , lui attira une exclufion de la part du cardinal de Fleuri, Il prit un tour très-adroit pour mettre le miniftre dans fes intérêts ; il fit faire en peu de jours une nouvelle édition de fon. livre , dans laquelle on retrancha , ou on adoucit , tout ce qui pouvait être condamné par un cardinal & paF un miniflre. Monfieur de Montefquieu porta lui-même ^ouvrage au cardinal , qui ne ljfak guçre^ & qui çn lut une partie. Cet air de confiance

^■.^«A'WuWh.»».»»?^^

Page 1