‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 146 sur 189 · P CH -A PITRE XXII · texte numérisé non relu

P CH -A PITRE XXII

en entrant dans la Haute-Alfacë par Baie , fut heureufement arrêté près de l'ifie de Neubourg fur le Rhin, par le comte , depuis maréchal du Bourg, Je ne fais par quelle fatalité ceux qui ont porté le nom de Merci , ont toujours été aufïi malheureux qu'eflimés. Celui - ci fut vaincu de la manière la plus compîette. Rien ne fut entrepris du côté de la Savoie : mais on n'en craignait pas moins du côté de h Flandre ; & l'intérieur du royaume était dans un état fi languifTant , que le roi demanda encor la paix en fîïppîiant. Il offrait de reconnaître l'archiduc pour roi d'Efpagne * de ne donner aucun fecours à fon petit-fils, & de l'abandonner à fa fortune ; de donner quatre places en otage ; de rendre Strasbourg & Erifac ; de renoncer à la fouveraineté de l'Aîface, & de n'en garder que la préfecture; de rafer toutes fes places depuis Baie jufqu'à Philipshuurg ; de L combler le port fi îong-tems redoutable de Dunkerque, £ & d'en rafer les fortifications; de laifier aux Etats- g Généraux , Lille , Tournai , Ypres , Menin , Furnes , Condé, Maubeuge. Voilà les points principaux qui devaient fervir de fondement à la paix qu'il implorait. Les alliés voulurent encor goûter le triomphe de difcuter les fcumiffions de Louis XIV. On permit à fes plénipotentiaires de venir, au commencement de 17 10, porter dans la petite ville de Gertrudenberg , les prières de ce monarque : il choifit le maréchal âTxelles , homme froid, taciturne, d'un efprit plusfage qu'élevé & hardi ; & l'abbé depuis cardinal de lolignac , l'un des plus beaux efprits & des plus éloquens de fon fiècle, qui impofait par fa figure & par fes grâces. L'efprit , la fagefTe , l'éloquence \ ne font rien dans des minifires, lorfque le prince n'eft pas heureux : ce font les victoires qui font les rraités. Les ambaffadeurs de Louis XIV. furent plutôt confinés qu'admis à Gertrudenberg. Les députés venaient entendre leurs offres , & lt les rapportaient à la Haye au prince Eugène , au duc de "ô Gga £3

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Marlboroug , au comte de Zin-^indorf ambafîadeur de l'empereur ; & ces offres étaient toujours reçues avec mépris. On leur infultait par des libelles outrageans; tous compofés par des réfugiés Français , devenus plus ennemis de la gloire de Louis XIV. que Marlboroug & Eugène.

Les plénipotentiaires de France poufsèrent l'humilia* tion jufqu'à promettre que le roi donnerait de l'argent pour détrôner Philippe V. & ne furent point écoutés. On exigea que Louis XIV. pour préliminaires , s'enga-* geât feul à chafîer d'Efpagne fon petit - fils dans deux mois par la voie des armes. Cette inhumanité abfurde , beaucoup plus outrageante qu'un refus , était infpirée par de nouveaux fiiccès.

Tandis que les alliés parlaient ainfi en maîtres irrités

contre la grandeur & la fierté de Louis XIV. également

abaiffées , ils prenaient la ville de Douai. Ils s'emparèrent

H bientôt après de Béthune , d'Aire , de Saint - Venant ;

& le lord Stair propofa d'envoyer des partis jufqu'à Paris.

Prefque dans le même tems, l'armée de l'archiduc commandée en Efpagne par Gui de Staremberg , le général Allemand qui avait le plus de réputation après le prince Eugène , remporta près de SarragoiTe une vic«* toire complette fur l'armée en qui le parti de Philippe V. avait mis fon efpérance, à la tête de laquelle était le marquis de Bayy général malheureux. On remarqua encor quelles deux princes qui fe difputaient l'Efpagne , & qui étaient l'un & l'autre à portée de leur armée, ne fe trouvèrent pas à cette bataille. De tous les princes, pour qui on combattait en Europe , il n'y avait alors que le duc de Savoie qui fît la guerre par lui-même. Il était trifte , qu'il n'acquît cette gloire qu'en combattant contre fes deux filles, dont il voulait détrôner l'une pour acquérir en Lombardie un peu de terrain, fur lequel l'empereur Jofeph lui faifait déjà des difficultés > & dont on l'aurait dépouillé à la première occafion,

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Cet empereur était heureux par-tout , & n'était nulle part modéré dans fon bonheur. Il démembrait de fa feule autorité la Bavière ; il en donnait les fiefs à {es parens & à fes créatures. Il dépouillait le jeune duc de la Mirandole en Italie ; & les princes de l'Empire lui entretenaient une armée vers le Rhin , fans penfer qu'ils travaillaient à cimenter un pouvoir qu'ils craignaient, tant était encor dominante dans les efprits la vieille haine contre le nom de Louis XIV. qui femblaic le premier des intérêts. La fortune de Jofeph le fit encor triompher des mécontens de Hongrie. La France avait fufeité contre lui le prince Ragotski , armé pour fes prétentions & pour celles de fon pays. Ragotski fut battu, {es villes prifes , fon parti ruiné. Ainfi Louis XJV, était également malheureux au-dehors , au- dedans, fur mer & fur tetre , dans les négociations publiques , & dans les intrigues fecretes.

Toute l'Europe croyait alors, que l'archiduc Charles , frère de l'heureux Jofeph , régnerait fans concurrent en Efpagne. L'Europe était menacée d'une puilTance plus terrible que celle de Charles - Quint ; & c'était l'Angleterre long-tems ennemie de la branche d'Autriche-Efpagnole , & la Hollande fon efclave révoltée , qui s'épuifaient pour l'établir. Philippe V. réfugié à Madrid , en fortit encor , & fe retira à Valiadolid f tandis que l'archiduc Charles fit fon entrée en vainqueur dans la capitale.

Le roi de France ne pouvait plus fecourir fon petitfils; il avait été obligé de faire en partie ce que fes ennemis exigeaient à Gertrudenberg , d'abandonner la caufe de Philippe, en faifant revenir, pour fa propre défenîé, quelques troupes demeurées en Efpagne. Lui-» même à peine pouvait réfifter vers la Savoie , vers le Rhin, fur-tout en Flandre, où fe portaient les plus grands coups.

L'Efpagne étais encor bien plus à plaindre que k

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France. Prefqae toutes fes provinces avaient été ravagées par leurs ennemis & par leurs défenfeurs. Elle était attaquée par. le Portugal, Son commerce périfïait. La difette était générale : mais cette difette fut plus funefte aux vainqueurs qu'aux vaincus, parce que dans une grande étendue de pays l'affection des peuples refufait tout aux Autrichiens , & donnait tout à Philippe. Ce monarque n'avait plus ni troupes , ni général de la part de la France. Le duc d'Orléans, par qui s'était un peu rétablie fa fortune chancelante, loin de continuer de commnader fes armées, était regardé alors comme fon ennemi. Il-eft certain , que malgré l'afTe&ipn de la ville de Madrid pour Philippe , malgré la fidélité de beaucoup de grands & de toute la Caftille, il y avait contre Philippe V. un grand parti en Efpagne. Tous ks Catalans, nation belliqueufe & opiniâtre, tenaient ^ obstinément pour fon concurrent. La moirié de l'Arragon était auiîi gagnée. Une partie des peuples attendait alors l'événement : une autre haïfTait plus l'archiduc qu'elle n'aimait Philippe. Le duc d'Orléans du même nom de Philippe, mécontent d'ailleurs des miniitres Efpagnols & mécontent de la princeffe des Urfins qui gouvernait , crut entrevoir qu'il pouvait gagner pour lui le pays qu'il était venu défendre; & lorfque Louis XIV. avait propofé lui-même d'abandonner fon petit-fils , & qu'on parlait déjà en Efpagne d'une abdication , le duc d'Orléans fe crut digne de remplir la place , que Philippe V. femblait devoir quitter. Il avait à cette couronne des droits, que le teftam.ent du feu roi d'Efpagne avait négligés , & que fon père avait maintenus par une protefration.

Il fit par fes agens une ligue avec quelques grands d'Efpagne , par laquelle ils s'engageaient à le mettre fur le trône , en cas que Philippe V. en defeendît. Il aurait en, ce cas trouvé beaucoup d'Efpagnpls empreffés à fe ranger fous les drapeaux d'un prince qui favait combattre. Cette entreprife 5 fi elle eût réufîi , pou vait ne pas.

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