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déplaire aux puiffances maritimes, qui auraient moins redouté alors de voir l'Efpagne & la France réunies dans une même main ; & elle aurait apporté moins d'obfhcles à la paix. Le projet fut découvert à Madrid , vers le commencement de 1709 , tandis que le duc d'Orléans était à Verfailles. Ses agens furent emprifonnés en Efpagne. Philippe V. ne pardonna pas à fon parent, d'avoir cru qu'il pouvait abdiquer, & d'avoir eu la penfée de lui fuccéder. La France cria contre le duc d'Orléans. Monfeigneur , père de Philippe V. opinadans le confeil , qu'on fît le procès à celui qu'il regardait comme coupable : mais le roi aima mieux enfevelir dans le filenceun projet informe & excufable, que de punir fon neveu dans le tems qu'il voyait fon petit-fils toucher à fa ruine.
Enfin , vers le tems de la bataille de SarragofTe , le confeil du roi d'Efpagne, & la plupart des grands, voyant qu'ils n'avaient aucun capitaine à oppofer à Staremberg, qu'on regardait comme un autre Eugène, écrivirent en corps à Louis XIV. pour lui demander . le duc de Vendôme. Ce prince , retiré dans Anet , partit, alors ; & fa préfence valut une armée. La grande réputation qu'il s'érait faite en Italie, & que la malheur eu fe campagne de Lille n'avait pu lui faire perdre , frappait les Espagnols. Sa popularité, fa libéralité qui allait jusqu'à la profufion, fa franchife , fon amour pour les foldats , lui gagnaient les cœurs. Dès qu'il mit les pieds en Efpagne , 0 arriva ce qui était arrivé autrefois à Bertrand du Guefclin. Son nom feul attira une foule de volontaires.. Il n'avait point d'atgent : les communautés des villes , des villages & des religieux , en donnèrent., Un efprit cPenthoufiafme faifit la nation. Les débris' de la bataille de SarragorTe fe joignirent fous lui a Yalladolid. Tout s'empreffa de fournir des recrues. Le duc de Ven~ dôme, fans laiiîer rallentir un moment cette nouvelle ardeur , pourfuit içs. vainqueurs , ramène le roi à Madrid^ If G g 4 J
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oblige l'ennemi de fe retirer vers le Portugal, le fuit, parle le Tage à la nage, fait prifonnier dans Brihuega Stamhope avec cinq mille Anglais , atteint le général Staremberg, & le lendemain lui livre la bataille de Villaviciofa. Philippe V. qui n'avait point encor combattu avec (es autres généraux , animéde i'efprit du duc de Vendôme , fe met à la tête de l'aile droite. Le général prend la gauche. Il remporte une victoire entière, de forte qu'en quatre mois de tems , ce prince , qui était arrivé quand tout était défefpéré, rétablit tout, & affermit pour jamais la couronne d'Efpagne fur la tête de Fâilippe. ( i )
Tandis que cette révolution éclatante étonnait les alliés, une autre plus fourde & non moins décifive fe préparait en Angleterre. Une Allemande avait par fa mauvaife conduite fait perdre h la maifon d' Autriche , toute la fuccefïïon de Charles-Quint, & avait été ainfi lé premier mobile de la guerre ; une Anglaife par fes 3 imprudences procura la paix. Sara Janneings, ducheffe de Marlboroug , gouvernait la reine Anne ; & le duc gouvernait l'état. Il avait en fes mains les finances, par le grand tréforier Godolphin , beau-père d'une de fes filles. Sunderland fecretaire^-d'état, fon gendre, lui foumettait le cabinet. Toute la maifon delà reine, où commandait fa femme , était à fes ordres. Il était maître de l'armée , dont il donnait tous les emplois. Si deux partis , les Whigs & les Tons , divifaient l'Angleterre , les Whigs, à la tête defquels il était , faifaient tout pour fa grandeur; & les Torts avaient été forcés à l'admirer & à fe taire. Il n'eft pas indigne de l'hifloire, d'ajouter que le duc & la ducheffe étaient les plus belles perfonnes de leur tems; & que cet avantage féduit en^
(i) On affure qu'après la bataille, Philippe V. n'ayant point de Ht , le duc de Vendôme lui dit : Je vais vous faire donner le plus beau lit fur lequel jamais roi ait couché : & il fît faire un matelas des étendards & des drapeaux pris fur les, ennemis.
cor la mukirude , quand il eu joint aux dignités & à la gloire.
Il avait plas de crédit à la Haye que le grand penficnnaire, & il influait beaucoup en Allemagne. Négociateur & général toujours heureux, nul particulier n'eut jamais une puiffance & une gloire fi étendues. Il pouvait encor affermir fon pouvoir par fes richeffes immenfes ; acquifes dans le commandement. J'ai entendu dire à fa veuve , qu'après les partages faits à quatre enfans , il lui reitait, fans aucune grâce de la cour, foixante-dix mille pièces de revenu , qui font plus de quinze cent cinquante mille livres de notre monnoie d'aujourd'hui. S'il n'avait pas eu autant d'économie que de grandeur, il prmvait fe faire un p'.rti, que la reine Anne n'aurait pu dé ruire ; & fi fa femme avait eu plus de complaifance , jamais la reine n'eût brifé fes liens. Mais le duc ne put jamns triompher de fon goût pour les richeffes, ni la ducheffe de fon humeur. La reine ,J$ l'avait aimée avec une tendrelfe qui allait jufqu'à la foumifïïon & à l'abandonnement de toute volonté.
Dans de pareilles liaifons , c'eft d'ordinaire du côté des fouverains que vient le dégoût , le caprice , la hauteur, l'abus de la fupériorité , ce font eux qui font fenrir le joug, & c'était la ducheffe de Marlboroug qui l'appefantiffait. Il fallait une favorite à la reine Anne\ elle fe tourna du côté de mylady Masham ^ fa dame d'atour. Les jaloufies de la ducheffe éclatèrent. Quelques paires de gants d'une façon fingulière qu'elle refufa à la reine, une jatte d'eau qu'elle laiffa tomber en fa préfence, par une méprife affe&ée , fur la robe de madame Masham , changèrent la face de l'Europe. Les efprits s'aigrirent. Le frère de la nouvelle favorite demanda au duc un régiment ; le duc le refufa , & la reine le donna. Les Toris faifirent cette conjoncture, pour tirer la reine de cet efclavage domeftique, pour abaiffer la puiffance du duc de Marlboroug , changer le miniïlère, faire la.
paix , & rappeller , s'il fe pouvait, la maifon de Stuart fur le trône d'Angleterre. Si le cara&ère de la duchefTe eût pu admettre quelque fouplefTe , elle eut encor régné. La reine & elle étaient dans l'habitude de s'écrire tous les jours fous des noms empruntés. Ce myftère & cette familiarité lailfaient toujours da voie ouverte à la réconciliation ; mais la duchefTe n'employa cette reflburce , que pour tout gâter. Elle écrivit impérieufement. -Elle difait dans fa lettre. Rendez-moi juflice, & ne me faites point de réponfe. Elle s'en repentit enfuite : elle vint demander pardon ; elle pleura : & la reine ne lui répondit autre chofe , finon : Vous m'ave^ ordonné de ne vous point répondre , & je ne vous répondrai pas. Alors la rupture fut fans retour. La duchefTe ne parut plus à la cour; & quelque tems après, on commença par ôter le miniftère au gendre de Marlboroug, Sunderland , pour dépofTéder enfuite Godolphin , & le duc |. ; lui - même. Dans d'autres états , cela s'appelle une 3 difgrace : en Angleterre , c'eft une révolution dans les affaires , & la révolution était encor très - difficile à opérer.
Les ToriS) maîtres alors de la reine, ne l'étaient pas du royaume. Ils furent obligés d'avoir recours à la religion. Il n'y en a guère aujourd'hui dans la grande- Bretagne , que le peu qu'il en faut pour diftinguer les factions. Les Wkigs penchaient pour le presbytérianifme. C'était la faction qui avait détrôné Jacques IL perfécuté Charles IL & immolé Charles L Les Toris étaient pour les épifcopaux, qui favorifaient la maifon de Stuart, 8$ qui voulaient établir TobéifTance pafïïve envers les rois , parce que les évêques en efpéraient plus d'obéifTanee pour eux - mêmes. Ils excitèrent un prédicateur a prêcher dans la cathédrale de Saint-Paul cette doctrine, & à défigner d'une minière odieufe Tadminiftration de Marlboroug , & Je parti qui avait donné la. couronne au roi Gyih
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laume. (1) Mais la reine, qui favorifair ce prêtre, ne fut pas affez puhTante pour empêcher qu il ne fût interdit pour trois ans par les deux charobrts dans la falle de "Weitminfler , & que Ion fer mon ne fût brûlé. Elle fentit encor plus fa faibleffe , en n'ofant jamais, malgré (es fecretes inclinations pour fon fang, rouvrir le chemin du trône, fermé à fon frère par le parti des U higs Les écrivains , qui dilent que Marlboroug & fon parti tombèrent, qusnd la faveur de la reine ne les foutint plus, ne connaiffent pas l'Angleterre. La reine, qui dès-lors voulait la paix, n'ofait pas même ôter à Marlboroug le commandement des armées; & au printems de 171 1, Marlboroug preffait encor la France , tandis qu'il était difgracié dans fa cour.
Sur la fin de Janvier de cette même année 1711 arrive à Verfailles un prêtre inconnu , nommé l'abbé Gautier, qui avait été autrefois aide de l'aumônier du maréchal de Tallarâ dans fon ambaffade auprès du roi Guillaume. Il avait depuis ce tems demeuré toujours à Londres , n'ayant d'autre emploi que celui de dire la mefTe dans la chapelle privée du comte de Galas ambafladeur de l'empereur en Angleterre. Le hafard l'avait introduit dans !a cor fidence d'un lord ami du nouveau miniftère oppofé au duc de Marlboroug : cet inconnu fe rend chez le marquis de Tord , & lui dit fans autre préambule , Voulez-vous la paix? monfieur, je viens vous apporter les moyens de la traiter. C'était , dit M. de Torci , demander à un mourant s'il voulait guérir. ( 2 )
(1) Le marquis de Torci l'appelle dansfes mémoires minijlre prédis cant : il fe trompe ; c'eft un titre qu'on ne donne qu'aux presbytériens. Henri Sacheverel dont il eft queftion était docteur d'Oxford & du parti épifco pal : il avait prêché dans la cathédrale de St. Paul l'obéiffance abfolue aux rois & l'intolérance. Ces maximes furent condamnées par le parlement; mais fes invectives contre le. parti de Marlboroug le furent bien davantage.
(2) Mémoires de Torci , tome III. page 3£> Il ' ->---.--.
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On entama bientôt une négociation fecrete avec le comte <T Oxford^grmà tréforier d'Angleterre, & St. Jean, fecretaire-d'état , depuis lord Bolingbroke. Ces deux hommes n'avaient d'autre intérêt de donner la paix à la France que celui d'ôrer au duc de Marlboroug, le commandement des armées, & d'élever leur crédit fur les ruines du fien. Le pas était dangereux ; c'était trahir la caufe commune des allies, c'était rompre tous fes engagerons , & s'expofer fans aucun prétexte à la haine de la plus grande partie de la nation , & aux recherches du parlement qui auraient pu leur coûter la tête. Il eiî fort douteux qu'ils euflent pu réufîir. Mais un événement imprévu facilita ce grand ouvrage. L'empereur Jofeph mourut , & lailfa les états de la maifon $ Autriche , l'empire d'Allemagne , & les prétentions fur l'Efpagne , & fur l'Amérique , à fon frère Charles , qui fut élu empereur quelques mois après. ( 1 )
Au premier bruit de cette mort, les préjugés, qui armaient tant de nations , commencèrent à fe dilîiper en Angleterre , par fes foins du nouveau miniftère. On avait voulu empêcher que Louis XIV. ne gouvernât l'Efpagne, l'Amérique, la Lombardie , le royaume de Naples & la Sicile fous le nom de fon petit-fils. Pourquoi vouloir réunir tant d'états dans la main de Charles Vil Pourquoi la nation Anglaife aurait-elle épuifé fes tréfors ? Elle payait plus que l'Allemagne & la Hollande
(2) Le lord Bolingbroke rapporte dans fes lettres , qu'alors il y avait de grandes cabales à la cour de France; il ne doute pas , tome II. page 244 , qu'Une fe formât dans fa cour d'étranges projets d'ambition particulière : il en juge par un difcours que lui tinrent depuis à louper les ducs de la Feuillade & de Mortemar : Vous aurie^ pu nous écrafer , pourquoi ne l'ave^-vous pas fait? Bolingbroke, malgré fes lumières & fa philofophie , tombe ici dans le défaut de quelques minières, qui croient que tous les mots qu'on leur dit lignifient quelque cbofe. On connaît affez l'état de la cour de France , ôç celui de ces deux ducs pour favoir qu'il n'y avait, du tems de la paix d'Utrecht , ni defleins s ni faftions , ni aucun homme en fituation de rien entreprendre.
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enfemble. Les frais de la préfente année allaient à fept millions de livres flerlings. Fallait-il qu'elle fe ruinât pour une caufe qui lui était étrangère , & pour donner une partie de la Flandre aux Provinces - Unies rivales de fon commerce ? Toutes ces raifons f qui enhardiffaient la reine , ouvrirent les yeux à une grande partie de la nation ; & un nouveau parlement étant convoqué, la reine eut la liberté de préparer la paix de l'Europe.
Mais en la préparant en fecret , elle ne pouvait pas encor fe féparer publiquement de fes alliés ; & quand le cabinet négociait, Mdrlboroug était en campagne. Il avançait toujours en Flandre; il forçait les lignes, que le maréchal de Villars avait tirées de Montreuil jufqu'à Valenciennes ; il prenait Bouchain ; il s'avançait au Quênoi : & de là vers Paris, il y avait à peine un rempart à lui oppofer.
Ce fut dans ce tems malheureux , que le célèbre du \ $ Gué-Trouin , aidé de fon courage & de l'argent de quelques marchands, n'ayant encor aucun grade dans la marine , & devant tout à lui-même , équipa une petite flotte , & alla prendre une des principales ville du Brefil, St. Sébafben de Rio - Janeiro. Son équipage revint chargé de richefTes ; & les Portugais perdirent beaucoup plus qu'ils ne gagna. Mais le mal qu'on faifait au Brefil , ne foulageait pas les maux de la France.
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