‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 152 sur 189 · Chapitre XXIII. 489 G · texte numérisé non relu

Chapitre XXIII. 489 G

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avec la reine Annsy que l'impératrice & fes troupes, devenues inutiles en Catalogne , feraient tranfportées fur des vaiiTeaux Anglais. En effet la Catalogne avait été évacuée ; & Staremberg en partant s'était démis de fon titre de vice-roi. Mais il laiffa toutes les femences d'une guerre civile , & l'efpérance d'un prompt fecours de la part de l'empereur ik même de l'Angleterre. Ceux qui avaient alors le plus de crédit dans cette province , fe flattèrent qu'ils pourraient former une république fous une proteclion étrangère, & que le roi d'Efpagne ne ferait pas aïfez fort pour les conquérir. Ils déployèrent alors ce caraétère que Tacite leur attribuait il y a fi longtems. « Nation intrépide , dit-il , qui compte la vie pour » rien, quand elle ne l'emploie pas à combattre.»

La Catalogne ef} un des pays les plus fertiles de la terre , & des plus heureufement fitués. Autant arrofé de belles rivières, de ruiffeaux & de fontaines, que la vieille & la nouvelle Caftille en font dénuées, elle produit tout ce qui eft néceffaire auxbefoinsde l'homme, & tout ce qui peut flatter fes,defirs , en arbres, en bleds , en fruits , en légumes de toute efpèce. Barcelone eu un des beaux ports de l'Europe, & le pays fournit tout pour la confrruâion des navires. Ses montagnes font remplies de carrières de marbres, de jafpe, de criftal de roche ; on y trouve même beaucoup de pierres précieufes. Les mines de fer , d'étain , de pîcmb d'alun, de vitriol y font abondantes : la côte oriental, produit du corail. La Catalogne enfin peut fe parler de l'univers entier , & fes voifms ne peuvent fe parler d'elle.

Loin que l'abondance & les délices aient amolli les habitans, ils ont toujours été guerriers , & les montagnards fur - tout ont été féroces. Mais malgré leur valeur & leur amour extrême pour la liberté, ils ont été fubjugués dans tous les tems. Les Romains , les Goths, les Vandales, les Sarrazins les conouirent.

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O 490 Siècle de Louis XIV.

Ils fecouèrent le joug des Sarrazins , & fe mirent fous la prote&ion de Charhmagne. Ils appartinrent à la maifon â'Jrragon & enfuite à celle à' Autriche.

Nous avons vu que fous Philippe I V. pouffes à bout par le comte duc dyOlivarès premier miniftre, ils fe donnèrent à Louis XIV. en 1640. ( 1 ) On leur conferva tous leurs privilèges ; ils furent plutôt protége's que fujets. Ils rentrèrent fous la domination Autrichienne en 165a; & dans la guerre de la fucceffion ils prirent le parti de l'archiduc Charles contre Philippe V. Leur opiniâtre réfiftance prouve que Philippe F. délivré même de fon compétiteur , ne pouvait feul les réduire. Louis XI V, qui dans les derniers tems de la guerre , n'avait pu fournir ni foldats ni vairleaux à fon petitfils contre Charles fon concurrent , lui en envoya alors contre fes fujets révoltés. Une efcadre Françaife bloqua le port de Barcelone ; & le maréchal de Barwick l'affiégea par terre.

La reine d'Angleterre, plus fidèle à fes traités qu'aux intérêts de fon pays, ne fecourut point cette ville. Les Anglais en furent indignés ; ils fe faifaient le reproche que s'éiaient fait les Romains, d'avoir laiiTé détruire Sagante. L'empereur d'Allemagne promit de vains fecours. Les aiîiégés fe défendirent avec un courage fortifié par le fanatifme. Les prêtres , les moines , coururent aux armes & fur les brèches , comme s'il s'était agi d'une guerre de religion. Un fantôme de liberté les rendit fourds à toutes les avances qu'ils reçurent de leur maître. Plus de cinq cents eccléfiaftiques moururent dans ce fiége les armes à la mayi. On peut juger , fi leurs diicours &: leur exemple avaient animé les peuples.

Ils arborèrent fur la brèche un drapeau noir , & foutinren: plus d'un affaut. Enfin les afliégeans ayant pénétré, les aiîiégés fe battirent encor de rue en rue;

(i)Dans VEjff'ai fur les mœurs , &ç.

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