CHAPITRE VINGT-QUATRIEME
Tableau de V Europe, depuis la paix d'Utrecht jufqu'à la mort de Louis XIV.
'Ose appeller encor cette longue guerre, une guerre civile. Le duc de Savoie y fut armé contre fes deux filles. Le prince de Vaudemont, qui avait pris le parti de l'archiduc Charles , avait été fur le point de faire prifonnier dans la Lombardie fon propre père qui te-
(1) Cette ville de Xativa fut rafée en 1707 , après la bataille à' Aimanta , Philippe V. fit bâtir fur fes ruines une autre ville qu'on nomme à préfent S an-Phelipe.
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nait pour Philippe V. L'Efpagne avait été réellement partagée en factions. Des régimens entiers de calviniïtes Français avaient fervi contre leur patrie. C'était enfin pour une fucceflion entre parens , que la guerre générale avait commencé : & l'on peut ajouter, que la reine d'Angleterre, excluait du trône fbn frère, que Louis XIV* protégeait , & qu'elle fut obligée de le profcrire.
Les efpérances & la prudence humaine furent trompées dans cette guerre , comme elles le font toujours. Charles VI. deux fois reconnu dans Madrid , fut chaffé d'Efpapgne. Louis XIV. près de fuccomber, fe releva par les brouilleries imprévues de l'Angleterre. Le confeil d'Efpagne , qui n'avait^appellé le duc d'Anjou au trône, que dans le defTein de ne jamais démembrer la monarchie, en vit beaucoup de parties féparées. La Lombardie , la Flandre , ( 1 ) réitèrent à la maifon à'Au- 4J1 triche : la maifon de PruJJe eut une petite partie de cette même Flandre : & les Hollandais dominèrent dans une autre; une quatrième partie demeura à la France. Ainfi l'héritage de la maifon de Bourgogne reïta partagé entre quatre puifTances ; & celle qui femblait y avoir le plus de droit , n'y conferva pas une métairie. La Sardaigne, inutile à Fempereur, lui refta pour un tems. Il jouit quelques années de Naples; ce grand fief de Rome, qu'on s'eft arraché fi fouvent & fi aifément. Le duc de Savoie eut quatre ans la Sicile, & ne l'eut que pour foutenir , contre le pape, le droit fingulier, mais ancien , d'être pape lui-même dans cette ifle ; c'eft-à-dire , d'être, au dogme près fouverain abfolu dans les affaires eccléfiaftiques.
La vanité de la politique parut encor plus après la paix d'Utrecht , que pendant la guerre. Il efl indubitable , que le nouveau miniftère de la reine Anne voulait
(1) On appelle généralement du nom de Flandre , les provinces des Pays -Bas qui appartiennent à la maifon & Autriche, comme on appelle les fept Provkices-Umes , la Hollande. &
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