‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 155 sur 189 · Chapitre XXIV · texte numérisé non relu

Chapitre XXIV

préparer en fecret le rétabliffement du fils de Jacques IL fur le trône. La reine Anne elle-même commençait à écouter la voix de la nature, par celle de fes miniftres; & elle était dans le deilein de biffer fa fucceffion à ce frère , dont elle avait mis la tête à prix malgré elle.

Attendrie par les difcours de madame Masham fa favorite, intimidée par les repréfentations des. prélats Toris qui l'environnaient , elle fe reprochait cette proscription dénaturée. J'ai vu la duchefîe de Marlboroug perfuadée que la reine avait fait venir fon frère en fecret, qu'elle l'avait embraffé, & que s'il avait voulu renoncer à la religion romaine , qu'on regarde en Angleterre & chez tous les proteitans , comme la mère de la tyrannie, elle l'aurait fait défigner pour fon fucceiféur. Son averfion pour la maifon de Hanovre augmentait encor fon inclination pour le fang des Stuarts. On a prétendu que la veille de fa mort elle s écria pluileurs fois , Ah mon frère , mon cher frère ! Elle mourut d'apoplexie à l'âge de quarante - neuf ans le 11. Août

Ses partifans & {es ennemis convenaient que c'était une femme fort médiocre. Cependant , depuis les Edouard III. & les Henri V. il n'y eut point de règne fi glorieux , jamais de plus grands capitaines ni fur terre, ni fur mer; jamais plus de minifïres fupérieurs, ni de pirlemens plus inflruits , ni d'orateurs plus éloquens.

Sa mort prévint tous fes defTeins. La maifon de Hanovre qu'elle regardait comme étrangère & qu'elle n'aimait pas , lui fuccéda ; fes minières furent perfécutés.

Le vicomte Bolingbroke qui était venu donner la paix à Louis XIV. avec une grandeur égale à celle de ce monarque , fut obligé de venir chercher un aille en France, & d'y reparaître en fuppliant. Leduc d'Ormond, l'ame du parti du prétendant, cbcifit le même

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refuge. Harlay comte 8 Oxford eut plus de courage. C'était à lui qu'on en voulait; il refta fièrement dans fa patrie ; il y brava la prifon où il fut renfermé , & la mort dont on le menaçait. C'était une ame fereine, inacceflible à l'envie, à l'amour des richefles & à la crainte du fupplice. Son courage même le fauva , & fes ennemis dans le parlement l'eftimèrent trop pour prononcer fon arrêt.

Louis XIV. touchait alors à fa fin. Il eft difficile de croire qu'à fon âge de foixante-dix-fept ans , dans la détreiTe où était fon royaume , il osât s'expofer à une nouvelle guerre contre l'Angleterre en faveur du prétendant reconnu par lui pour roi , & qu'on appeliait alors le chevalier de St. George ; cependant le fait eft très-certain. Il faut, avouer que Louis eut toujours dans l'ame une élévation qui le portait aux. grandes chofes en tout genre. Le comte de Stair ambaffadeur d'An- 3 pleterre l'avait bravé. Il avait été forcé de renvoyer de France Jacques III. comme dans fa jeunefte on avait i chalTé Charles IL & fon frère. Ce prince était caché en Lorraine à Commerci. Le duc â'Ormond & le vicomte de Bolingbroke intérefsèrent la gloire du roi de France ; ils le flattèrent d'un foulévement en Angleterre & fur-tout en EcofTe contre George I. Le prétendant n'avait qu'à paraître; on ne demamdait qu'un vaifleau, quelques officiers & un peu d'argent. Le vaifleau & les officiers furent accordés fans délibérer ; ce ne pouvait être un vaifleau de guerre , les traités ne le permettaient pas. V Epine $ A nie an célèbre armateur fournit le navire de tranfport , du canon & des armes. A l égard de l'argent , le roi n'en avait point. On ne demandait que quatre cent mille écus , & ils ne fe trouvèrent pas. Louis XIV. écrivit de fa main au roi d'Efpagne Philippe V. fon petit-fils , qui les prêta. Ce fut avec ce fecours que le prétendant pafTa fecrétement en EcofTe. Il y trouva en effet un parti confidérable , mais il

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