‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 159 sur 189 · Chapitre XXV · texte numérisé non relu

Chapitre XXV

de Beau-mont , depuis archevêque de Paris. On ne lui avait pfefque rien appris. Il eût été à defirer , qu'au moins on Peut inirruit de l'hi/toire, & fur-tout de Phiftoire moderne ; mais ce qu'on en avait alors était trop mal écrit. Il était tri fie , qu'on n'eût encor réufïï que dans des romans inutiles , & que ce qui était nécefïaire fût rebutant. On fît imprimer feus fon nom une traduction des commentaires de Céfar , & une de Florus fous le nom de fon frère. Mais ces princes n'y eurent d'autre part , que celle d'avoir eu inutilement pour leurs thèmes quelques endroits de ces auteurs.

Celui qui préfidait à l'éducation du roi fous le pre-* mier maréchal de Vilhroi fon gouverneur , était tel qu'il le fallait, favant & aimable. Mais les guerres civiles nuifirent à cette éducation , & le cardinal Ma^arin fouffrait volontiers qu'on donnât au roi peu de lumières,, Lorfqu'il s'attacha à Marie Mancini , il apprit aifément l'italien pour elle ; & dans le tems de fon mariage il *J[ s'appliqua à l'efpagnol moins heureufement. L'étude qu'il avait trop négligée avec fes précepteurs au fortir de l'enfance , une timidité qui venait de la crainte de fe compromettre , & l'ignorance où le tenait le cardinal Ma\arm , firent penfer à toute la cour , qu'il ferait toujours gouverné comme Louis XIII. fon père.

Il n'y eut qu'une occafion , où ceux qui favem juge'- de loin , prévirent ce qu'il devait être; ce fut lor^qu'en 1655, après l'extinélion des guerres civiles , après fa première campagne & fon facre , le parlement voulut encor s'afTembler au fujet de quelques édits ; le roi panit de Vincennes en habit de chafîe , fuivi de toute fa cour ; entra au parlement, en groffes bottes & le fouet à la main , & prononça ces propres mots : c< On » fait les malheurs qu'ont produit vos affemblées ; » j'ordonne qu'on ceffe celles qui font commencées ^ » fur mes édits. Monfieur le premier préfident , \Ô lia

» je vous défends de foufFrir des afTemblées , & à » pas unr de vous de les demander. » ( 1 )

Sa taille déjà majeftueufe , la noblene de fes traits, le ton & l'air de maître dont il parla J imposèrent plus que l'autorité de fon rang , qu'on avait jufques»là peu refpedée. Mais ces prémices de fa grandeur femblèrent fe perdre le moment d'après & les fruits n'en parurent qu'après la mort du cardinal.

La cour , depuis le retour triomphant de Malaria , s'occupait de jeu , de ballets , de la comédie qui à peine née en France n'était pas encor un art , & de la tragédie qui était devenue un art fublime entre les mains de Pierre Corneille. Un curé de St. .Germainl'Auxerrois , qui penchait vers les idées rigoureufes des janféniftes, avait écrit fouvent à la reine contre ces

âfpectacles , dès les premières années de la régence. Il prétendit que l'on était damné pour y afïifter ; il fit $ même figner cet anathême par fept docteurs de forbonne : mais l'abbé de Beaumont , précepteur du roi, fe munit de plus d'approbations de docteurs , que le rigoureux curé n'avait apporté de condamnations. Il calma ainfi les fcrupules de la reine ; & quand il fut archevêque de Paris, il autorifa le fentiment qu'il avait défendu étant abbé. Vous trouverez ce fait dans les mémoires de la fincère madame de Motteville.

Il faut obferver , que depuis que le cardinal de Richelieu avait introduit à la cour les fpectacles réguliers , qui ont enfin rendu Paris la rivale d'Athènes,

(1) Ces paroles fidèlement recueillies ,- font dans tous les mémoires authentiques de ce tems-là : il n'eft permis ni de les omettre , ni d'y rien changer dans aucune hiftoire de france.

L'auteur des mémoires de Maintenon s'avife de dire au hafard dans fa note: «Son difcours ne fut pas tout-à-fait fj beau, & fes yeux en dirent plus que fa bouche. » Où a-t-il pris que le difcours de Louis XIV. ne fut pas totit-à-fait fi beau , puifque ce furent-là (es propres paroles ? Il ne fut ni plus ni moins beau : il fut tel qu'on le Ifc rapporte. 4$

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