‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 163 sur 189 · C.H A P I T R E XXV · texte numérisé non relu

C.H A P I T R E XXV

madame de Sévigné , Félijfon , Gourville , mademoifelle Scudéri , plufieurs gens de lettres fe déclarèrent hautement pour lui , & ie fervirent avec tant de chaleur qu'ils lui fauvèrent la vie.

On connaît ces vers de Hainauît le traducteur de Lucrèce , contre Colbert le perfécuteur de Fouquet,

Minière avare & lâche , efclave malheureux , Qui gémis fous le poids des affaires^ubliques , Viftime dévouée aux chagrins politiques , Fantôme révéré fous un titre onéreux

Vois combien des grandeurs le comble eft dangereuse : Contemple de Fouquet les funeftes reliques ; Et tandis qu'à fa perte en fecret tu t'appliques , Crains qu'on ne te prépare un deftin plus affreux.

Sa chute quelque jour te peut être commune. Crains ton pofte , ton rang , la cour & la fortune. Nul ne tombe innocent d'où l'on te voit monté. i?

W Ceffe donc d'animer ton prince à fon fupplice , Et près d'avoir befoin de toute fa bonté > Ne le fais pas ufer de toute fa juflice.

Monfieur Colbert , à qui l'on parla de ce fonnet injurieux , demanda fi le roi y était offenfé ? On lui dit que non : « Je ne le fuis donc pas, répondit le miniftre.»

Il ne faut jamais erre la dupe de ces réponfes méditées, de ces difcours publics que le cœur défavoue. Lolbert paraifTait modéré , mais il pourfuivait la mort de Fouquet avec acharnement. On peut être bon miniftre , & vindicatif. Il eft trille qu'il n'ait pas fu être aufïï généreux que vigilant.

Le plus ardent & le plus incapable de fes perfécuteurs, était lechef de fes juges , le chancelier Michel le Tellier* Il le traita avec dureté dans la baftilleoù il l'interrogeait, & fit tout ce qu'il put pour le faire condamner à la mort. Quand on lit l'oraifon funèbre de ce chancelier,

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prononcée par Bo(fuety & qu'on ïa compare avec fa conduire , que peut - on penfer , finon qu'une oraifon funèbre n'eft qu'une déclamation ?

Il eft vrai que faire le procès au fur-intendant , c'était acculer la mémoire du cardinal Ma\arin. Les plus grandes déprédarions dans- les finances étaient fon ouvrage. Il s'était approprié en fouverain pîufieurs branches des revenus de l'état. Il avait traité en fon nom & à fon profit des munitions des armées. « Il impofàit , ( dit » Fouquet dans fes défenfes ) par lettres de cachet, des » fommes extraordinaires fur les généralités ; ce qui ne » s'était jamais fait que par lui & pour lui , & ce qui » eft puniffable de mort par les ordonnances. » C'eft ainfi que le cardinal avait amafTédes biens immenfes, que lui-même ne connaiffait plus.

J'ai entendu conter à feu monfieur de Caumartln jf intendant des finances, que dans fa jeunefTe , quelques jji' années après la mort du cardinal, il avait été au palais Maçarin, où logeait le duc fon héritier & la ducheffe Eortenfe ; qu'il y vit une grande armoir2 de marquetterie, fort profonde , qui tenait du haut jufqu'en bas tout le fond d'un cabinet. Les clefs en avaient été perdues depuis long-tems, & l'on avait négligé d'ouvrir les tiroirs. Monfieur de Caumartin , étonné de cette négligence , dit à la ducheffe de Malaria , qu'on trouverait peut-être des curiofités dans cette armoire. On l'ouvrit : elle était toute remplie de quadruples, de jetons d'or, & de médailles d'or. Madame de Ma^arin en jeta au , peuple des poignées par les fenêtres, pendant plus de huit jours. ( 1 )

L'abus que le cardinal Maçarin avait fait de fa puiffance defpotique, ne juftifiait pas le fur-intendant; mais l'irrégularité des procédures faites contre lui , la longueur

(1) J'ai retrouvé depuis cette même particularité dans St. Evre~ ^Lr mont.

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