‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 166 sur 189 · Chapitre XXV, 515 Pi · texte numérisé non relu

Chapitre XXV, 515 Pi

Tous les divertifTemens publics , que !e roi donnait étaient autant d'hommages à fa maîtrelle. On fit en 167a un carroufel, vis-à-vis les tuilleries , (j ) dans une vafre enceinte, qui en a retenu le nom de h place du carroufel. II y eue cinq quadrilles. Le roi était à la tête des Romains; fon frère, desperfans; le prince de Condê , des Turcs; le duc à'Enghien fon fils, des Indiens ; le due de Guife , des Américains. Ce duc de Guife était petit -fils du Balafré. Il s'était rendu célèbre dans le monde , par l'audace malheureufe avec laquelle il avait entrepris de fe rendre maître de Naples. Sa prifon , fes duels, fes amours romanesques , fes profuilons, fes aventures, le rendaient Singulier en tout. Il Semblait être d'un autre ~fiècle. On difait de lui, en le voyant courir avec le grand Condé : Voilà les héros de Vhiftoïre & de la fable.

La reine-mère, la reine régnante , la reine d'Angleterre veuve de Charles I. oubliant alors fes malheurs , étaient fous un dais à ce fpecliçle. Le comte de ïàiilt, \ fils du duc de Lefdigaikns , remporta le prix , & le reçut des mains de la reine-mère. Ces fêtes ranimèrent plus que jamais le goût des devifes & des emblèmes, que les tournois avaient mis autrefois à la mode, & qui avaient fubfifté après eux.

Un antiquaire, nommé d* Ouvrier y inugina alors pour Louis X V. l'emb.ême d'un foleil dardant fes rayons fur un globe, avec ces mots : nec pluribus impar. L'idée était un peu imitée d'une devife espagnole, faite pour Philippe II. & plus convenable à ce roi , qui poiïedait la plus belle partie du nouveau - monde & tant d'états dans l'ancien , qu'à un jeune roi de France , qui ne donnait encor que des efpérances. Cette devife eut un fuccès prodigieux. Les armoiries du roi , les meubles de la cjuronne , les tapifTeries , les fculptures en furent

(1) Non dans la place royale , comme le dit ï'hlftoire de la Mode , fous le nom de la Martinière. fr

S3 Kka Q

ornées, Le roi ne la porta jamais dans fes carroufels. On a reproché injuitement à Louis XIV. le faite de cette devife , comme s'il l'avait choifie lui-même : & elle a été peut-être plus juftement critiquée pour le fond. Le corps ne repréfente pas ce que la légende lignifie ; & cette légende n'a pas un fens afièz clair & alTez déterminé. Ce qu'on peut expliquer de plufieurs manières , ne mérite d'être expliqué d'aucune. Les devifes, ce refte de l'ancienne chevalerie , peuvent convenir à ces fêtes, & ont de l'agrément , quand les illufions font jufles , nouvelles & piquantes. Il vaut mieux n'en point avoir que d'en foufFrir de mauvaifes & de baffes , comme celle de Louis XIV. c'était un porc-épic avec ces paroles : Qui s'y frotte s'y pique. Les devifes font par rapport aux inscriptions , ce que font des mafcaradesen comparaifon des cérémonies augufies.

2 La fête de Verfailles en 1664 farpaflà celle du car-

roufel , par fa fingularité , par fa magnificence , & les pîaiiîrs de l'efprit , qui fe mêlant à la fplendeur de ces diverthTemens , y ajoutaient un goût & des^ grâces dont aucune fête n'avait encor été embellie. Verfailles commençait à être un féjour délicieux , fans approcher de la grandeur dont il fut depuis.

Le 5 Mai le roi y vint avec une cour compofée de fix cents perfonnes , qui furent défrayées avec leur fuite, aulîi-bien que tous ceux qui fervirent aux apprêts de ces enchantemens. il ne manqua jamais à ces fêtes que des monumens confrruits exprès pour les donner , tels qu'en élevèrent les Grecs & les Romains. Mais la promptitude avec laquelle on conftruifit des théâtres, des amphithéâtres, des portiques, ornés avec autant de magnificence que de goût , était une merveille qui ajoutait à l'illulion, & qui diverfifiée depuis en mille manières, augmentait encor le charme de ces fpectacles.

Il y eut d'abord une efpèce de carroufel. Ceux qui devaient courir , parurent le premier jour comme dans

^ jà

Page 1